Le succès de Jenufa de Leos Janacek, présenté à Prague par le Théâtre national de Moravie et de Silésie

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Le festival Opéra 2005, dans la capitale tchèque, touche à sa fin. L'ambition de ce festival, organisé à Prague tous les deux ans, est de présenter au public pratiquement tous les ensembles d'opéra professionnels de République tchèque. La soirée de ce dimanche a été réservée à l'opéra Jenufa de Leos Janacek, présenté par le théâtre national de Moravie et de Silésie de la ville d'Ostrava, donc de la région où se trouve aussi Hukvaldy, village natal de Leos Janacek.

Le public pragois a eu donc l'occasion de voir comment on joue Janacek dans son pays. Cependant, la distribution a été internationale. Eva Drizgova-Jirusova qui a campé Jenufa a su donner à son rôle non seulement le lyrisme et la tendresse, mais aussi les accents dramatiques qui donnaient à son personnage une plasticité poignante. La "cantabilité" italienne du ténor Gianluca Zampieri a fait merveille dans le rôle de Steva. Le rôle de la sacristine a été confié à la cantatrice polonaise, Agniezska Zvierko, qui a eu quelques problèmes avec l'articulation des récitatifs, mais a su s'imposer dans les passages dramatiques.

La mise en scène est signée de Michael Tarant qui avait travaillé, dans le passé, surtout pour le théâtre dramatique. Avec cette Jenufa, il s'affirme, cependant, comme un homme de théâtre ayant une rare sensibilité pour la mise en scène d'opéra. Inspiré par le caractère passionné de la musique de Janacek, il a créé un drame lyrique plein de mouvement et de brusques changements, un opéra dans lequel les passions et les conflits entre les personnages révèlent les profondeurs de leurs caractères. Il n'a pas cherché à occulter le caractère cru et naturaliste du livret, ce que lui a permis de donner, par contraste, une grande force à la catharsis finale. Cette production de Jenufa, très applaudie par le public pragois, a donc été, non seulement un grand succès d'un théâtre de province, mais aussi une promesse. L'opéra tchèque, qui manque de bons metteurs en scène, disposera désormais d'un artiste sensible à la musique et capable de donner à ses productions la force dramatique, tout en respectant les spécificités du genre.