Le théâtre slovaque à Prague : un rendez-vous habituel

Sláva Daubnerová, 'Untitled', photo: Site officiel du théâtre Bez Zábradlí

Le festival du théâtre slovaque se déroule au théâtre pragois Bez Zábradlí depuis la fin du mois de mai jusqu’à la mi-juin. Créé dans un contexte particulier, juste après la division de la Tchécoslovaque, il renoue avec une tradition de manifestations culturelles slovaques dans l’espace public et médiatique tchèque. Radio Prague s’est entretenu avec sa fondatrice et directrice, Hana Heřmánková.

Créé il y a 19 ans, le festival est présidé cette année par l’actrice slovaque Zdena Studenková. Si aujourd'hui il connait un vif succès auprès du public tchèque, l’idée de créer un tel festival n’a d’abord pas fait l’unanimité, comme l’explique Hana Heřmánková :

« Il y a dix-neuf ans, nous étions dans une période où notre pays s’est divisé entre la République tchèque et la Slovaquie et où chercher à organiser un festival du théâtre slovaque à Prague n’était pas une idée très populaire. Beaucoup de personnes ont été découragées. Mais nous avons pensé qu’il était dommage d’abandonner les contacts que nous avions en Slovaquie sachant que le théâtre slovaque était souvent représenté en République tchèque où il avait son public et les acteurs slovaques y étaient toujours très appréciés. »

Hana Heřmánková, photo: Jan Sklenář, ČRo
La première édition du festival a eu son lot de bonnes surprises ainsi que le souligne Hana Heřmánková. Elle se souvient avec une certaine nostalgie du premier spectacle en 1994, dans un contexte où les deux cultures venaient de se séparer :

« La première représentation était « Cyrano » avec Milan Lasica, par les studios L+S et Astorka, sous la direction de Roman Polák. A chaque fois que j’y repense, je me dis que c’est véritablement une expérience qu’il serait impossible de revivre : tout le théâtre s’est levé, les gens applaudissaient. Bien sûr la production le méritait et elle est d’ailleurs revenue donner d’autres représentations par la suite, mais je pense qu’elle a surtout fait comprendre aux spectateurs tchèques qu’ils ont besoin de la culture slovaque et que même si nos Etats sont désormais séparés, nous allons continuer à nous intéresser au théâtre slovaque. »

Depuis dix-neuf ans, les organisateurs du festival proposent donc au public tchèque un riche choix de productions slovaques contemporaines. Pour cela, la programmation du festival privilégie des spectacles ayant obtenu une certaine reconnaissance dans le monde du théâtre slovaque :

« Nous puisons une grande inspiration dans les résultats des prix « Dosky » (« Les Planches » en français) qui sont l’équivalent slovaque des prix tchèques « Thalia » ou « Alfréd Radok ». Il s’agit de récompenser dans le domaine du théâtre la meilleure production de l’année, la meilleure performance, la mise en scène, etc. Nous essayons donc de proposer un théâtre qui a reçu une certaine reconnaissance à travers ces prix. »

Sláva Daubnerová, 'Untitled', photo: Site officiel du théâtre Bez Zábradlí
Le festival, qui mobilise notamment la communauté slovaque, importante à Prague, se déroule souvent à guichet fermé. Cette année, chose rare, quatre pièces sont issues directement du répertoire slovaque. En ce qui concerne la clôture du festival, Hana Heřmánková promet pour cette année un spectacle original :

« La cérémonie de clôture du festival sera une sorte de bonus car elle ne correspondra pas à quelque chose de traditionnel. Il s’agira d’une performance visuelle qui est inspirée du travail de la photographe américaine Francesca Woodman. La performeuse, qui est d’ailleurs la metteuse en scène, Sláva Daubnerová, a reçu pour ce spectacle le prix Dosky de la meilleure production 2013. Cette performance qui s’appelle « Untitled » a déjà fait le tour du monde et s’arrêtera donc chez nous à Prague après les États-Unis et Moscou où elle a eu beaucoup de succès. »

'Sčista-jasna', photo: Site officiel du théâtre Bez Zábradlí
Pour assister au festival, deux spectacles sont encore prévus au programme d’ici fin juin. Il y aura « Sčista-jasna » dirigé par Ondrej Spišák avec Stanislav Štepka, une pièce qui retrace le destin des habitants d’un village slovaque à partir des années 50 avec l’arrivée du communisme jusqu’au début des années 2000. Enfin, le spectacle de clôture du festival, « Untitled », mis en scène par Sláva Daubnerová, aura lieu le mardi 17 juin.

Pour plus d’informations il est possible de consulter le site du festival : www.bezzabradli.cz/slovenske-divadlo-2014