Les adieux du magicien de la lumière Josef Svoboda

Josef Svoboda, photo: CTK

Sans le scénographe tchèque, Josef Svoboda, le théâtre contemporain, tchèque, européen, américain... bref, mondial, ne serait sans doute pas ce qu'il est. Ce "magicien de la lumière", auteur de plus de 700 scénographies, réalisées dans les théâtres les plus prestigieux du monde entier, titulaire de la Légion d'honneur et créateur du fameux théâtre pragois Laterna magika, vient de nous quitter. Dans un mois, le 10 mai, il aurait fêté ses 82 ans. Un survol de sa brillante carrière, avec Magdalena Segertova.

Josef Svoboda, photo: CTK
Les hommes de théâtre tchèques, connus et reconnus sur les cinq continents, peuvent se compter sur les doigts d'une main. Ce n'est pas par hasard que trois parmi eux, le scénographe Josef Svoboda et les metteurs en scène Otomar Krejca et Alfred Radok, étaient amis et collaborateurs.

C'est après la Deuxième Guerre mondiale, que le jeune architecte, Josef Svoboda, se lance dans la scénographie. Sa carrière s'avère très prometteuse : ses débuts artistiques, Svoboda les fait, tout comme Alfred Radok, à L'Opéra du 5 mai (aujourd'hui L'Opéra d'Etat de Prague), puis au Théâtre national, où il fut, pendant une vingtaine d'années, le directeur - scénographe. Y a-t-il, dans le périple artistique de Josef Svoboda, une année décisive, "cruciale", porteuse de chance ? L'année 1958, semble-t-il. Svoboda et Radok triomphent, à l'Expo 58 de Bruxelles, avec un spectacle appelé Laterna magika (Lanterne magique). Ce succès fracassant encourage Josef Svoboda à fonder, à Prague, rue Narodni, le théâtre du même nom. Plus de quarante ans après sa création, Laterna magika continue à séduire le public tchèque et étranger avec ses symbioses, hors du commun, entre le théâtre, la musique, la danse et des techniques audiovisuelles les plus modernes. N'oublions pas non plus, qu'à partir de 1958, Josef Svoboda crée d'inoubliables scénographies pour les spectacles d'Otomar Krejca, notamment pour ses adaptations de Tchekhov, montées au théâtre Divadlo Za branou.

"La lumière est ma matière préférée, je l'adore. Sans la lumière, on ne peut pas créer l'espace sur la scène", disait Josef Svoboda, artiste qui a su marier la tradition avec la modernité, qui n'avait pas peur d'expérimenter, qui a inventé des rideaux de lumière et des projecteurs spéciaux, connus, à Prague, comme à Londres, à Paris, ou à New York, sous le nom de "Svoboda".

Il y a tout juste un an, le scénographe a été nommé docteur honoris causa de l'Université catholique de Louvain. A cette occasion, le comédien, metteur en scène et ami de Svoboda, Armand Delcampe, a dit : "Il m'a appris mille choses, sans jamais avoir l'air d'enseigner. Il vomit la prétention doctorale et magistrale comme on recrache une viande avariée. Ce véritable maître est le plus fidèle compagnon - ouvrier, le meilleur artisan et, par là même, le plus grand artiste de théâtre qu'il m'ait été donné de connaître durant quarante années de pratiques théâtrales diverses..."

Auteur: Magdalena Segertová
lancer la lecture