Les coopératives d'épargne

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La dernière fois, nous vous avons parlé des coopératives d'épargne, lesquelles ont fait faillite en grand nombre en Tchéquie, ces dernières années. Nous continuons, aujourd'hui, d'en parler car l'Etat s'est mis à rembourser les victimes de ces faillites qui se comptent par milliers. Tout cela à cause de failles dans la loi et le système de contrôle.

Cette crise est aussi due au fait que certaines de ces coopératives ne voulaient pas solutionner ou reportaient la solution des effets négatifs de ce secteur, qui ont fini par prendre des dimensions énormes. Si toutes ces défaillances ont pu être possibles, c'est d'abord grâce à :

1 - Une législation imparfaite, qui n'a pas favorisé la régulation de ce secteur et n'a même pas défini le statut de la surveillance, laquelle n'a d'ailleurs commencé à fonctionner que trop tard.

2 - L'incapacité du personnel des coopératives d'épargne et son manque de professionnalisme.

3 - Le manque d'information des membres sur leurs droits et obligations et leur attitude passive envers ce qui était leur propriété. Il s'agit là d'une mentalité qui est, en fait, un legs du passé communiste. C'est d'ailleurs pour aboutir à cette conclusion que nous vous avons fait cette énumération rébarbative. Personne n'était prêt et préparé au changement de 1989.

A l'incompétence s'ajoute un facteur, impardonnable celui-là, bien qu'il soit lui-même le corollaire du premier : la triche. Certains responsables de coopératives déformaient les résultats économiques en vue d'obtenir d'avantage de dépôts d'argent. Cela, avec des taux d'intérêt alléchants, soit un moyen très attractif, s'agissant de fructifier son argent.

Pourtant il y a une certaine similitude entre une Tchéquie de la 1ère République, sortie affaiblie de la guerre et une Tchéquie sortie affaiblie du communisme. Dans les deux cas, il a fallu créer un système coopératif pour aider une population ne disposant pas de beaucoup de liquidité et à laquelle il fallait prêter au taux le plus bas possible. Dans le premier cas, la coopérative a aidé à une meilleure évolution économique et une amélioration notoire des conditions de vie des citoyens, dans le second cas, elle n'a pas marché.

Pourtant les coopératives postcommunistes avaient renoué avec le système des coopératives de la 1ère République par la forme et par le fond, mais pas forcément dans le but de raviver l'économie ou le niveau de vie des habitants. La législation a été manipulée ou mal manipulée, disent les spécialistes. De plus, le lancement des coopératives, pendant la décennie quatre-vingt-dix, va subir l'influence néfaste du manque de crédibilité des banques en raison de l'hécatombe de faillites dans ce secteur. C'est aussi est un élément nouveau.

La faillite des coopératives n'était donc pas seulement un hasard. D'autant que parallèlement à ces faillites, certaines petites coopératives d'épargne fonctionnaient, selon le modèle de la 1ère République, à la pleine satisfaction de leurs membres. Voyons un cas concret avec Ivan FENZ. La 1ère coopérative d'épargne syndicale et de crédit à Brno a été créée pour fournir aux syndicalistes, sans égard à leur appartenance, des services financiers abordables. Il s'agit d'un moyen légal d'entraide économique des employés syndiqués. Par son adhésion, chaque membre a droit, hormis des services standard, à toute une série d'autres services, notamment le paiement de toutes ses cotisations d'assurance et autres.

Mais la crise de confiance envers les coopératives d'épargne et de crédit va tout de même stopper l'évolution de la 1ère coopérative d'épargne syndicale et de crédit, à Brno. Il n'empêche qu'elle a pu tenir le coup. Elle a échappé à toutes les raisons ayant entraîné des faillites, comme le dépassement des pouvoirs et le laxisme des organes de contrôle. Car les syndicalistes se connaissent de longue date, décident en groupe, ce qui est nécessaire pour une coopérative, et veillent au grain. La connaissance personnelle des uns par les autres permet de vérifier la solvabilité d'un membre et diminuer le risque. Les grandiloquentes promesses de 20% d'intérêts, les primes statutaires et autres sont impossibles ici.

Vous parler des coopératives à ce moment précis, a d'autant plus de sens, que l'heure de "la douloureuse" a sonné. Le Fonds d'assurance des coopératives a commencé, ce jeudi, à payer les milliers d'anciens membres de coopératives ayant perdu leur argent. La coopérative d'Ostrava, la plus grande, comptait pas moins de 23.000 coopérateurs, tandis que le montant des dépôts y avait atteint 3,4 milliards de couronnes. Elle a fait faillite. Les modalités de remboursement sont définies par la loi. Les coopérateurs assurés pourraient percevoir auprès du Fonds d'assurance des coopératives 80% de leurs dépôts avec un plafond de 125.000 couronnes, soit plus de 22.500 FF. La somme destinée au remboursement est de l'ordre de 6 milliards de couronnes, soit un peu plus de un milliard de FF. Où l'Etat a-t-il trouvé cet argent ? Il a emprunté par l'émission d'un emprunt obligataire. En somme, l'Etat va s'endetter pour payer les dettes d'un fonds d'assurance défaillant qui sont, en fait, les dettes de l'Etat.

Auteur: Omar Mounir
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