Les grands moments du festival Printemps de Prague

Antoni Witt, photo: Ivan Malý, www.festival.cz

Le festival international de musique Printemps de Prague bat son plein et il sera bientôt à sa moitié. Une occasion de se retourner pour évoquer les concerts ayant suscité la plus grande attention du public et de la critique.

Le festival a commencé dans l’incertitude car il fallait changer les interprètes du concert inaugural. Au lieu de la Philharmonie tchèque c’est l’Orchestre de la radio tchèque qui a ouvert le festival par le cycle de poèmes symphoniques Ma Patrie de Bedřich Smetana. Le chef d’orchestre estonien Neeme Järvi, souffrant, a été remplacé au pied levé par le Polonais Antoni Witt. C’était une manoeuvre périlleuse car les critiques pragois ne pardonnent pas les interprétations bâclées des poèmes symphoniques de Smetana qui font partie du trésor de la musique nationale. Pourtant, selon le musicologue Petr Weber, le résultat a été tout à fait satisfaisant:

«Nous connaissons Antoni Witt avant tout comme connaisseur et interprète de la musique de Witold Penderecki. Il a cependant démontré à Prague que l’éventail de ses possibilités est beaucoup plus large. Il a compris « Ma patrie » comme une oeuvre très romantique, une oeuvre de grands contrastes. C’était, en somme, une interprétation très intéressante.»

On a attendu avec beaucoup de curiosité la prestation de l’Orchestre des Champs Elysées sous la direction de Philippe Herreweghe venu au festival pour jouer Mendelssohn et Schuman avec des instruments authentiques. Selon le musicologue Jindřich Bálek c’était une belle soirée pleine de charmantes trouvailles sonores. Le musicologue déplore cependant quelque peu que le concert ait été donné dans la grande salle de la Maison municipale car le son fragile des instruments authentiques s’épanouirait mieux dans un cadre plus intime.

Deux récitals de chant ont été accueillis avec enthousiasme par le public et par la critique – ceux de Juan Diego Flores et de Martina Janková. Nous avons déjà parlé dans cette émission du chanteur péruvien, spécialiste du style rossinien qui est venu pour la première fois à Prague. Comme il fallait s’y attendre, son succès a été triomphal et pour beaucoup c’était le sommet du festival. Quant à la chanteuse tchèque Martina Janková, elle a consacré toute une soirée aux lieder de Joseph Haydn sans craindre la monotonie. Chanter ce répertoire est pour elle une espèce de confession intime :

«Interpréter les mélodies est pour moi une chose très intime. Je n’ai pas le courage d’y plonger sans retenue et d’utiliser tout le volume de ma voix. C’est ainsi que je sens cette musique. J’essaie plutôt murmurer ces mélodies, les raconter d’une façon tout à fait intime comme si c’était une soirée à la bougie.»

Martina Janková, photo: CTK
Le public a applaudi debout cette prestation très stylée qui ne manquait ni de beauté ni de sincérité. Selon Petr Weber, il sera intéressant de suivre cette chanteuse dont la voix évolue et dont le répertoire s’élargit:

«Je pense que du point de vue de son répertoire, de ce qui l’attend encore et ce qui figure déjà dans le calendrier de ses futures prestations, il y a beaucoup de choses qui pourraient nous faire plaisir. Je rappelle seulement que cet été elle chantera sous les direction de Nicolas Harnoncourt dans l’oratorio Jephta de Georg Friedrich Haendel et nous désirons diffuser cette prestation en différé en en juillet prochain.»

Parmi les mélodies de Joseph Haydn chantées par Martina Janková il y a eu aussi celle que nous vous proposons maintenant: