Les mystères des noms de famille en République tchèque (IIe partie)

Božena Němcová
0:00
/
0:00

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha! Après nous être intéressés dans notre dernière émission à la différence de forme et de genre qui existe dans la catégorie des noms de famille, selon que ceux-ci soient portés par un homme ou une femme, nous allons poursuivre notre série consacrée aux noms de famille portés en République tchèque. Et pour cette fois, nous allons nous pencher plus particulièrement sur les origines allemandes de certains de ces noms. Une découverte plus passionnante et moins évidente qu'on ne pourrait le croire...

Tout comme les prénoms - jména, et les noms de baptême - křestní jména, la majorité des noms de famille - příjmení, qu'ils soient tchèques ou non, possèdent leur propre origine et leur histoire. Comme dans les autres pays, les noms portés et existant dans ce qui est aujourd'hui la République tchèque possèdent donc un rapport avec l'histoire du peuple qui occupe et habite les territoires de Bohême, Moravie et Silésie. Tout au long de l'histoire de cet espace que l'on appelle aussi parfois les Pays tchèques, les invasions, guerres, décisions politiques et autres mouvements d'immigration et d'émigration ont toujours influencé la composition de la population.

Un constat que confirme la présence d'un certain nombre de noms d'origine allemande dans les registres d'état civil tchèques A ce titre, remarquons, par exemple, que quatre des rédacteurs tchèques des émissions en langue française de Radio Prague portent un nom « allemand », à savoir Gebertova, Segertova, Gissubelova et Richter. Une présence qui s'explique certes par la proximité de l'Allemagne et de l'Autriche, pays frontaliers, mais aussi par les rapports (pour le moins tumultueux) qu'ont longtemps entretenus Tchèques et Allemands, principalement sur le territoire de la Bohême, puis Tchèques et Autrichiens. Précisons d'ailleurs qu'avant même que des tribus slaves n'apparaissent sur la plaine morave puis dans le bassin de la Bohême au tournant des Ve et VIe siècles, d'autres tribus, celtes et germaniques, se trouvaient déjà sur ce territoire. Par la suite, pendant environ sept siècles, depuis le peuplement des régions inhabitées le long des frontières qui entraîna l'arrivée massive de colons allemands aux XIIe et XIIIe siècles et marqua le début du bilinguisme tchéco-allemand sur le territoire tchèque, en passant par le règne de la dynastie des Habsbourg et l'emploi imposé de la langue allemande, jusqu'au transfert (ou expulsion pour dire les choses comme elles sont) des Allemands des Sudètes en 1946, la place et l'influence de la population et de la langue allemandes dans toutes les sphères de la vie tchèque furent incontestables.

Bref, une plongée dans l'histoire indispensable si l'on veut retrouver les origines de certains noms tchèques à résonance germanique et bien comprendre que l'onomastique, c'est-à-dire l'étude des noms propres et de personnes, entretient un rapport étroit avec la linguistique, la plupart des noms possédant, en effet, une signification précise.

Toujours à propos de l'allemand, signalons que parmi les dix noms de famille les plus portés en République tchèque figure le nom Němec, soit « l'Allemand » en français. On pourrait donc penser que les origines sont assez simples. Elles le sont effectivement, mais sont également multiples En fait, la majorité des Němec, qui sont aujourd'hui près de 23 000 en République tchèque, portent ce nom parce qu'un jour, un de leurs ancêtres, en provenance d'Allemagne - Německo, est venu s'installer parmi les Tchèques. D'autres s'appellent également ainsi parce qu'autrefois un de leurs ancêtres a effectué une tournée d'apprentissage en Allemagne, pratique courante à une ceratine époque. Enfin, il n'était pas rare que quelqu'un soit appelé Němec, par ses voisins par exemple, parce qu'il faisait l'éloge de l'Allemagne et de l'ordre qui y régnait ou au contraire parce qu'il n'avait de cesse de critiquer le pays voisin (ce qui, n'en doutons pas, doit sembler plus probable à un certain nombre de nos auditeurs, notamment français et belges). Enfin, dernière possibilité, logique, pouvait devenir Němec celui qui épousait une demoiselle de famille allemande.

Parmi les personnalités tchèques qui portent ou portaient le nom Němec, retenons notamment l'écrivain Božena Němcová, dont le roman intitulé Babička - « Grand-mère », fait partie des grands classiques de la littérature tchèque. Vous pouvez d'ailleurs lire en français le chef-d'oeuvre de celle qui fut, au milieu du XIXe siècle, l'une des toutes premières féministes tchèques. Et puis comment ne pas mentionner que Božena Němcová a épousé un grand patriote tchèque qui s'appelait... Němec.

C'est donc sur ce paradoxe (et quel paradoxe !) que prend fin ce « Tchèque du bout de la langue ». Dès la semaine prochaine, nous poursuivrons notre recherche et notre découverte de quelques-uns des mystères des noms de famille en République tchèque et tacherons encore d'expliquer pourquoi « Allemand » se dit justement Němec en tchèque. Une origine, vous le verrez, curieuse, étonnante et surtout amusante. En attendant ces nouvelles réjouissances, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !