Les mystères des noms de famille en République tchèque (IIIe partie) et « l'Allemand tchèque »

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha! Après nous être intéressés au féminin des noms de famille puis aux origines allemandes de certains d'entre eux, nous allons poursuivre notre série consacrée aux noms de famille en République tchèque. Mais avant cela, ouvrons une petite parenthèse pour découvrir pourquoi un Allemand se dit « Němec » en tchèque...

Le combattant Alaman
Comme promis dans notre dernière émission, nous allons commencer en nous penchant sur l'étymologie du nom « Allemand » - Němec. Une découverte intéressante car l'origine du mot ne se rattache pas au nom de la tribu qui a peuplé le territoire de l'actuelle Allemagne - Německo, comme cela est souvent le cas pour la plupart des autres pays et peuples. En fait, il faut savoir que l'Allemagne et les Allemands son un pays et un peuple qui ne sont pas appelés de la même manière selon les langues. En français, par exemple, l'appellation « Allemagne » est un dérivé de l'Alamannie, pays des Alamans, confédération de tribus germaniques établies entre les fleuves du Rhin et du Danube au IIIe siècle. « Allemand » provient donc du mot latin Alemanni (ou Alamanni). Dans la langue tchèque, l'origine est tout autre, puisqu'elle est à mettre en rapport avec l'adjectif « němý », soit littéralement « muet » en français.

Alors, pourquoi ? Les Germaniques étaient-ils muets ? Non, pas du tout, bien sûr. En fait, ce mot est apparu tout simplement parce qu'à une certaine époque, les Slaves désignaient ainsi tous ceux qui ne savaient pas parler slave et dont des sons indistincts, étranges que l'on ne comprenait pas sortaient de la bouche. Bref, l'homme au langage incompréhensible était considéré comme un étranger, terme que l'on peut comparer à « barbare » en français. Alors, pas le barbare comme on se le représente le plus souvent aujourd'hui, à savoir un homme qui n'est pas civilisé, au comportement primitif, cruel et même inhumain, mais le Barbare (avec une majuscule) de l'Antiquité, dans le sens justement d'étranger comme l'évoquaient les Grecs et les Romains, puis plus tard la chrétienté. Or, précisons encore pour bien comprendre que Grecs et Romains appelaient justement Barbares tous ceux qui ne parlaient pas leur langue.

Quant aux Slaves, l'adjectif « němý » désignait, qualifiait donc à la base les étrangers d'une manière générale. Mais parce que dufait de la proximité géographique ces étrangers étaient alors avant tout ceux qui sont aujourd'hui devenus des Allemands - Němci, l'adjectif « němý » s'est peu à peu transformé en un nom, « Němec », qui désigne donc l'Allemand, l'habitant de l'Allemagne. Et signalons encore que cette explication n'est pas seulement valable pour le tchèque, mais aussi pour d'autres langues slaves comme le polonais et même le russe, le mot « němý » appartenant en effet à toutes les langues slaves.

Voilà, vous savez donc désormais pourquoi « Allemand » se dit « Němec » en tchèque, mais tout cela nous a quelque peu éloigné de l'étude des noms de famille tchèques. Tout d'abord, il convient de savoir que les gens n'ont pas toujours possédé un nom de famille. Pendant très longtemps, le seul prénom, ou nom de baptême, suffisait pour être identifié et être reconnu. Mais avec l'augmentation du nombre d'habitants et étant donné le nombre restreint de noms de baptême qu'il était possible de donner à un nouveau-né, le besoin de « différencier différemment » les individus s'est fait ressentir.

Voilà pourquoi, dès le XIIIe siècle, sont apparus des surnoms qui, au fil du temps, se sont transmis de génération en génération. Ces « petits noms », comme on pourrait également les appeler, faisaient le plus souvent référence à l'origine géographique de la personne en question, à une de ses caractéristiques physiques ou morales, à son métier ou encore à un élément naturel, par exemple s'il habitait près d'un bois ou d'un arbre particulier.

Il faut d'ailleurs remarquer que dans ce domaine, celui de l'invention des surnoms et sobriquets, les gens ne manquaient déjà pas d'imagination au Moyen-Âge, même si aujourd'hui encore, le principe de l'attribution des surnoms n'a guère évolué. Enfin, beaucoup de patronymes proviennent également de la déformation d'un prénom, par exemple par l'emploi d'un diminutif. En cela, comme pour tout ce que nous venons d'évoquer, le tchèque ne diffère finalement guère des autres langues partout ailleurs dans le monde.

C'est la fin de ce « Tchèque du bout de la langue », troisième partie de notre série consacrée aux mystères des noms de famille en République tchèque. Dès la semaine prochaine, nous nous replongerons dans cette étude passionnante en démarrant à la fin du XVIIIe siècle, quand l'empereur Joseph II publia un édit fixant l'emploi d'un deuxième nom s'ajoutant au nom de baptême. D'ici-là, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp!, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !