Les Tchèques dans des goulags soviétiques

r_2100x1400_radio_praha.png

Une page encore récemment blanche de l'histoire tchèque - la tragédie des milliers de nos citoyens internés dans des camps de travaux forcés soviétiques - les fameux goulags. Le sort des Tchèques dans des goulags a été le thème d'une conférence qui s'est réunie au mois de février à Prague. Des historiens y ont présenté les résultats inédits des recherches effectuées dans les archives de Moscou sur les persécutions des citoyens tchécoslovaques en Union soviétique dans les années 1919 - 1956.

Une page encore récemment blanche de l'histoire tchèque - la tragédie des milliers de nos citoyens internés dans des camps de travaux forcés soviétiques - les fameux goulags. Le sort des Tchèques dans des goulags a été le thème d'une conférence qui s'est réunie au mois de février à Prague. Des historiens y ont présenté les résultats inédits des recherches effectuées dans les archives de Moscou sur les persécutions des citoyens tchécoslovaques en Union soviétique dans les années 1919 - 1956.

Les recherches dans les archives soviétiques ont pu être réalisées grâce à une initiative du ministère tchèque des Affaires étrangères. Les témoignages sur les destinées des Tchécoslovaques en URSS sont fournis avec beaucoup de retard. Avec beaucoup de retard, le parlement a adopté la loi sur l'indemnisation des citoyens tchèques déportés dans des camps d'internement soviétiques lors des années quarante et cinquante. Or, les citoyens tchécoslovaques étaient victimes des représailles soviétiques depuis 1919, jusqu'aux années cinquante. Les recherches ont apporté de nouveaux faits qui permettent de distinguer entre les différentes étapes des déportations et de préciser le nombre de victimes. Les chiffres publiés jusqu'ici et parlant des centaines de milliers de Tchécoslovaques persécutés se sont avérés exagérés. Le nombre de Tchèques internés dans des goulags est évalué à 1000, le nombre de Slovaques à 6000. Le plus grand nombre de victimes provenait de la Russie subcarpatique qui faisait partie de la Tchécoslovaquie jusqu'à 1945, où elle a été annexée par l'URSS. A partir de la Russie subcarpatique, au moins 40 000 personnes ont été déportées.

Les données des archives ont démontré que le plus grand nombre de Tchécoslovaques, près de 10 000, étaient déportés dans des goulags soviétiques lors des premières années du second conflit mondial. La majorité d'entre eux étaient des Juifs et des Russiens de Russie subcarpatique réfugiés en URSS par crainte de la persécution hongroise. Parmi ces 10 000 Tchécoslovaques, il y avait 1500 Juifs du protectorat et des régions des Sudètes qui se sont retrouvés sur le territoire soviétique après la déportation nazie. Il y avait aussi plusieurs centaines d'émigrés politiques tchécoslovaques, ayant cherché en URSS un refuge devant le nazisme, et qui furent envoyés dans des goulags pour passage illégal de frontière. Le 15 décembre 1944, un record de triste notoriété est tombé - en cette seule journée - un total 4 250 ressortissants tchécoslovaques ont été internés sur le territoire soviétique.

Dans des goulags, il y avait beaucoup d'émigrés tchécoslovaques d'avant-guerre venus travailler en URSS et qualifiés par le régime stalinien d'espions. D'autres Tchécoslovaques, qui défrichaient les terres incultes en URSS, étaient persécutés comme des koulaks, c'est-à-dire riches paysans propriétaires. Les persécutions ont frappé plusieurs milliers de prisonniers de la Première Guerre mondiale, originaires de Tchécoslovaquie. Les tout premiers prisonniers des goulags étaient les légionnaires tchécoslovaques qui, dans les années 1918 - 1920, se frayaient un passage par les bolcheviques en Extrême Orient. Les internés ont subi le même sort. Par contumace, ils étaient condamnés à des travaux forcés et transportés dans des goulags. Par rapport aux autres prisonniers, ils avaient un régime beaucoup plus rigoureux, impliquant l'interdiction totale du courrier. Pour cette raison, leurs proches n'avaient pas de leurs nouvelles pendant de longues années.

Les prisonniers de guerre ne sont pas inclus au nombre des victimes des représailles soviétiques, bien que leurs souffrances aient été non moins grandes. Ils étaient 70 000, des prisonniers de guerre du territoire tchécoslovaque, à être internés dans des goulags soviétiques.

Un événement de la plus triste mémoire, l'assassinat de quelque 300 citoyens tchécoslovaques, arrêtés au printemps 1940 comme prisonniers de guerre en URSS et mis à mort, à Katyn, par les agents soviétiques du NKVD, ancêtre du KGB.

En parlant des persécutions des Tchèques, on ne peut pas omettre celles subies par la minorité tchèque sur le territoire soviétique, notamment à Volyni, en Crimée, en Caucase, en Moldavie et au Kazakhstan, qui ont frappé plusieurs milliers de personnes.

Dès après la fin du second conflit mondial, 2 370 prisonniers tchécoslovaques ont été rapatriés. En 1950, 106 autres vont été enfermés dans des goulags. Il existe des preuves selon lesquelles des Tchèques vivent toujours à Minusinsk, au nord de la Russie. La propagande locale les a effrayés au point qu'ils craignaient de rentrer dans leur patrie, par peur d'être traduits devant le tribunal.

A propos des déportations entre 1945 - 1947, donc après la guerre, Vladimir Bystrov, journaliste et président du comité de son nom : Ils étaient les premiers, précise que la société tchèque de l'époque n'avait pas empêché les déportations de ses citoyens en URSS ce qui montre que la liberté était déjà très limitée après 1945, bien que le régime démocratique ait duré jusqu'au putsch communiste en février 1948. Lors de cette période, les victimes des déportations étaient surtout les citoyens de la Slovaquie orientale. Les raisons ont été aussi monstrueuses que la logique du régime stalinien. Bien entendu, il s'agissait de prétextes. il suffisait, pour se trouver dans un goulag, de donner un morceau de pain à un membre des groupes de nationalistes ukrainiens et qui fuyaient l'Ukraine, à travers la Tchécoslovaquie, vers l'Occident.