Les Tchèques, les Allemands et.... les nains

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Les touristes étrangers achètent, en République tchèque, des centaines de milliers de nains par an. Les Tchèques, pourtant, ne n'en sont ni grands fabricants, ni grands amateurs. Magdalena Segertova explique pourquoi.

La République tchèque est le royaume des nains : voilà la première impression que peut avoir un étranger après avoir franchi la frontière tchéco-allemande. Car en effet, les gnomes à la barbe blanche et aux habits en couleurs éclatantes sont partout : ils attendent sagement leurs futurs propriétaires au bord des routes et sur les parkings, exposés sur des bancs. Il y en a de toute sorte : des minuscules pour enfants, des moyens et des géants qui font presque un mètre. Vous pouvez en acheter un « classique », avec une pipe, une pelle ou une lanterne clignotante, ou un « moderne » qui vous montre impoliment son derrière dénudé. Le marché des nains en République tchèque est vraiment international : ils sont fabriqués en Pologne, vendus par les Vietnamiens et achetés par les Allemands. Et les Tchèques dans tout cela ? Pour eux, le nain trop commercialisé n'est plus le gardien sympathique des jardins, mais le symbole du mauvais goût. Il existe, évidemment, des exceptions : Jan Snelzer, habitant d'un petit village au sud du pays, fabrique les nains depuis quinze ans, chez lui, à la maison. Il prend son travail au sérieux, pour lui, c'est de l'art appliqué. Il s'amuse à donner aux nains les visages de ses amis, mais il se soucie aussi de leur qualité. Alors que les nains de Pologne sont en plâtre et perdent rapidement leurs couleurs sous les effets conjugués du soleil et de la pluie, Jan Snelzer les fait en béton. « Mes nains sont éternels », affirme-t-il. Il n'empêche que ce sont encore une fois les étrangers qui viennent frapper à sa porte, et pas les Tchèques...

Dans les jardins, le nain est parfois remplacé par un petit moulin à vent ou par un château minuscule. Mais en général, les Tchèques se contentent de fleurs, de rocailles, de petits lacs aux nénuphars et peuvent très bien se passer de décorations artificielles. Au nord-est du pays, dans les Monts des Géants, le nain a quand même un rival. Et de taille ! Car comme le dit le nom des montagnes, c'est un géant. Dans presque chaque ménage ont trouve une statuette de ce protecteur des montagnards barbu, en large manteau et en grand chapeau, fumant une pipe. Il vaut mieux se laisser protéger par un géant que par un nain, estiment-on ici.

Auteur: Magdalena Segertová
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