L’éternel renouvellement artistique d’Adriena Šimotová

Adriena Šimotová, photo: ČTK

L’artiste, peintre, graphiste et sculpteur, Adriena Šimotová, est décédée ce lundi à l’âge de 87 ans. Faisant partie de la génération d’artistes de la seconde moitié du 20e siècle qui a marqué de façon indélébile le milieu artistique, Adriena Šimotová, s’est principalement focalisée sur les matériaux du papier et du textile et a également cultivé une grande passion pour la France.

Adriena Šimotová, photo: ČTK
Diplômée de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Prague, Adriena Šimotová se fait connaître du milieu par son travail innovateur, lié à la compression, à la coupe et à la superposition de couches de papier. Par la suite, c’est le toucher physique qui deviendra son moyen d’expression premier. Elle ne s’est pas contentée de la peinture et des arts graphiques sur support papier et allait au-delà des techniques existantes ; elle comparait le papier au cuir, matériau qui répondait à toutes ses attentes. Elle avait fait savoir à propos de son œuvre :

« Ce qui compte pour moi, c’est la rencontre avec l’être humain, la rencontre avec soi-même, et puis de nouveau avec son prochain.(…) Mais je ne voudrais jamais être considérée comme une ‘artiste du papier’. Je l’utilise parce qu’il réagit de façon très sensible au toucher. »

Que ce soit du papier calque, du papier chinois, du papier fait main, il occupe une place principale. Adriena Šimotová se concentre sur les procédés de perforation, arrachage, collage, et frottage. Elle désertera la peinture conçue sous forme classique, pour insérer son propre corps dans son processus de création. Malgré la fragilité de la forme de ses œuvres, Adriena Šimotová y cherchait la profondeur des relations humaines, et son œuvre peut ainsi être considérée à juste titre comme très existentielle. Dans un entretien accordé à Radio Prague en avril 2011, Adriena Šimotová a dévoilé pourquoi elle s’intéressait tant à l’être humain :

« C’est parce que je l’aime, j’aime l’homme. Je l’aime infiniment, même avec toutes ses fautes. Ce n’est pas un idéalisme, parce que je connais le bien comme le mal. Peut-être que je connais le bien un peu plus peut-être. Mais je ne peux pas me débarrasser de la passion pour l’homme et pour son empreinte. »

Son expression artistique était qualifiée de féministe, même si elle-même ne se considérait pas adepte de ce courant de pensée. Ce qui était déterminant pour elle, c’était la résistance au régime totalitaire, période pendant laquelle elle ne pouvait exposer ses œuvres que de façon non-officielle. Mais malgré cela, elle se fait connaître du public étranger : en 1970 elle est récompensée de la médaille d’or à la biennale de Florence et en 1979 du Grand prix à la biennale de Ljubljana.

Dans les années 1950, Adriena Šimotová et son mari, l’artiste Jiří John, étaient à l’origine du groupement artistique UB12 et faisaient partie de la plus ancienne association, rétablie à l’époque, Umělecká beseda. La mort de son conjoint en 1972 la marque profondément et l’incite à exploiter et à découvrir de nouvelles techniques. Cet évènement tragique de même que le décès de son fils Martin en 1994, laisse une empreinte ineffaçable dans son œuvre, qui traduit ses émotions et ses propres sensations physiques. Elle évoque cette transition :

« Je ne savais pas comment survivre. Alors j’ai commencé à évoquer les visages de mes parents, de mon mari, qui est mort jeune. Finalement, cette évocation est devenue un bonheur, quelque chose de très positif. Car avant, j’avais un regard existentialiste et un peu dépressif. A cette époque-là, lorsque ma tristesse était la plus profonde, quelque chose a éclairé ma vie. »

Adriena Šimotová se rend également à de nombreuses reprises en France et ce même pendant le régime communiste. Selon ses propres paroles, elle retrouve dans la culture française « l’équilibre entre la vie et l’art, le sentiment et la raison, entre le contenu et la forme ». En 1991, Adriena Šimotová est décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française. Elle est également l’une des rares artistes tchèques dont le travail fait partie des collections du Musée d’Art Moderne de Paris et du célèbre Centre Pompidou. Parlant de cette œuvre comme d’un travail en quête de vérité, Jiří Šetlík, l’historien de l’Art et ami d’enfance d’Adriena Šimotová a dévoilé :

« Elle était extrêmement intriguée par la vie, elle l’aimait énormément. Evidemment les blessures dont elle a souffert, elle les a surmontées, même si elles l’avaient profondément touchée. Mais on ne peut pas dire, que c’est la seule chose qui l’aurait façonnée. »

Ce n’est qu’après la Révolution de velours, que ses œuvres sont redécouvertes et qu’elles réintègrent les galeries tchèques. En 1997, elle reçoit le Prix d’Etat de la République des mains du président Václav Havel. En 2005, le ministère de la Culture la récompense pour sa contribution dans le domaine des arts plastiques. Malgré des problèmes persistants de santé, Adriena Šimotová resta active jusqu'à la fin de ses jours.

Pour découvrir le lien fort qu’Adriena Šimotová avait tissé avec la France, retrouvez son entretien dans la rubrique « Les Tchèques célèbres et moins célèbres » en date du 14 avril 2011, réalisé à l’occasion de son exposition au Musée Kampa.

http://radio.cz/fr/rubrique/celebres/adriena-simotova-la-magie-du-corps-humain-sur-papier