L'immobilier tchèque à la veille de l'adhésion à l'Union européenne
La presse tchèque consacre, de temps à autre, des dossiers à ce qui attend les Tchèques, après l'adhésion de leur pays à l'Union européenne. Cette adhésion est perçue comme une bonne chose par un grand nombre de citoyens, mais un même grand nombre la craint. En effet, on parle beaucoup d'une hausse des prix. Cette hausse concerne-t-elle l'immobilier par exemple ? C'est le thème que nous avons choisi de développer dans notre chronique consacrée à la vie de chaque jour en Tchéquie.
Le logement et son prix est un élément important de la vie des citoyens d'un pays. Avec la perspective de l'entrée de la Tchéquie à l'Union européenne, les habitants s'intéressent de plus en plus à ce qui les attend. Est-ce que les prix des logements, des terrains, les loyers augmenteront ou non. Une grande majorité des Tchèques est persuadée que oui. Les spécialistes, eux, sont convaincus que cela n'est pas évident. Ils affirment, en ce qui concerne la capitale Prague, par exemple, que les prix du logement augmente régulièrement de 10 à 15 %, lors des cinq dernières années. Cette tendance devrait continuer, après l'entrée à l'Union. La hausse de certains impôts, comme la TVA par exemple, peut influencer aussi les prix des logements, à la location comme à la vente. Naturellement, une hausse des prix touchera certainement le plus, les beaux quartiers, comme le 6ème arrondissement ou le centre. Les spécialistes de l'immobilier restent les pieds sur terre. Il n'y a aucune raison de s'attendre à une forte augmentation des prix. En effet, dans une économie de marché, c'est la loi de l'offre et de la demande qui est le régulateur. Le milieu immobilier tchèque ne pense pas que la demande devrait être beaucoup plus importante qu'aujourd'hui.
L'avis des spécialistes est une chose, celui du Tchèque moyen une autre. Beaucoup de citoyens tchèques un peu plus aisés ne croient pas ce que leur disent les spécialistes. Quand ils disposent de moyens financiers suffisants, ils achètent, des logements, des terrains. Quand ils n'ont pas assez d'argent, ils n'hésitent pas à prendre un crédit, une hypothèque, afin de pouvoir encore acheter de l'immobilier à un «bon prix». Naturellement cela fait monter ce prix, puisque qu'il y a une demande plus importante. Beaucoup de personnes s'efforcent aussi d'acheter le logement où elles habitent, en raison de la levée du contrôle des loyers qui est attendue pour les années à venir. La logique du simple Tchèque habitant un logement appartenant à l'Etat est simple : Je paie déjà assez de loyer. Après l'adhésion à l'Union, ce sera encore plus. Je pourrais rencontrer des problèmes, être obligé de déménager. Pour cela, il faut que j'achète mon appartement, encore avant l'adhésion.
Beaucoup de Tchèques pensent aussi que les prix de l'immobilier augmenteront, après l'entrée de la Tchéquie à l'Union, du fait que les étrangers viendront s'installer en plus grand nombre dans le pays. Ces étrangers disposeront de plus de moyens financiers que les habitants du pays. Les experts refusent un tel argument. En effet, la migration, après l'entrée de la Tchéquie à l'Union, se fera surtout dans le sens inverse. Ce seront les Tchèques qui partiront plutôt à l'étranger, pour gagner plus. En plus de cela, pendant les cinq années suivant l'adhésion, les étrangers, qui ne posséderont pas de permis de séjour en Tchéquie, ne pourront que difficilement acquérir un second domicile en Tchéquie. Tout cela ne fait pas revenir beaucoup de Tchèques sur leur décision d'acheter de l'immobilier. Le ministère de l'Aménagement territorial est pleinement conscient du phénomène, mais l'explique aussi par d'autres facteurs qui influencent la demande sur le marché de l'immobilier. Pour le ministère, entrée à l'Union européenne ou non, les prix sont en hausse en raison de l'augmentation de la demande. Pourquoi une telle augmentation ? En raison des facilités offertes par les banques en matière d'hypothèques et de crédits. Une raison non moins importante : la bonne santé de l'économie tchèque, due aussi à la stabilité politique.
Soyons, maintenant, un peu plus concret. Quel est le prix d'un appartement standard à Prague par exemple ? Peut-on le comparer au prix d'un appartement semblable dans les capitales européennes ? Expliquons donc, tout d'abord, ce qu'est un appartement standard. La définition de l'appartement standard tchèque est la suivante : un appartement appartenant à une personne physique ou à une coopérative, de première catégorie, donc avec le chauffage central par exemple, d'une superficie habitable de 70 m2, avec un amortissement de 40 %. A Prague, vous le paierez dans les 50 000 euros. A Bratislava, capitale de la Slovaquie, il sera de 10 000 euros moins cher, mais à Varsovie, il sera presque deux fois plus cher, à Berlin plus de deux fois plus cher et à Vienne presque trois fois plus cher. Dans les grandes villes, en dehors des capitales, les prix sont plus bas, naturellement. Le même appartement standard vous reviendra dans les 30 000 euros à Brno, en Moravie, un peu moins à Trencin, ville de Slovaquie, mais deux fois plus cher à Cracovie et trois fois plus cher à Dresde.
Quelles sont les localités les plus chères en matière d'immobilier, en République tchèque ? Naturellement, la capitale Prague, surtout son centre, mais aussi certains arrondissements, le 6ème, le 5ème, par exemple. En plus de cela, il faut compter dans les localités chères, les environs de Prague aussi, surtout les communes de la banlieue du sud et du sud-ouest. Disons que c'est un peu comme à Paris, avec la banlieue ouest, par exemple. A Prague, les logements et l'immobilier en général sont chers, tout comme à Brno, Zlin, Strakonice, en Moravie, à Plzen, Ceske Budejovice ou Hradec Kralove, en Bohême. Il faut ajouter à ces régions, le triangle des villes d'eau de la Bohême de l'ouest, donc Karlovy Vary, Marianske Lazne et Frantiskove Lazne, la région de Liberec, en Bohême du nord. D'un autre côté, les prix les plus bas se trouvent en Moravie du nord, dans la région industrielle d'Ostrava, fortement touchée par le chômage, mais aussi en Moravie du sud, une région plutôt connue pour son agriculture et sa viticulture.
En fin de compte, on peut dire que le prix de l'immobilier est beaucoup plus élevé en Europe de l'ouest ou même en Pologne, par exemple, qu'en Tchéquie. Une constatation qui est valable, dans le cas où le prix d'un logement à Paris en euro est comparé à celui du même logement à Prague. La comparaison devient bancale, à partir du moment où l'on commence à comparer, aussi, les revenus. On constate que les revenus du Tchèque moyens sont bien inférieurs à ceux du Français moyen. Le salaire moyen tchèque tourne autour des 500 euros, mais bon nombre de Tchèques ne le touchent pas. Faites donc la comparaison. Les experts le savent et affirment : Les prix de l'immobilier augmenteront, après l'adhésion de la Tchéquie à l'Union, mais seulement dans la mesure où augmenteront les revenus.




