« L’Indiscipline » : un collectif franco-tchèque pour la première fois au Festival d’Avignon Off

Threepenny Collective

Du 5 au 26 juillet, soit pendant toute la durée du Festival d’Avignon, le collectif franco-tchèque Threepenny présentera sa pièce L’Indiscipline inspirée des leçons du professeur Charcot à la Pitié Salpêtrière au XIXe siècle. Pour parler de la pièce, Radio Prague Int. a interrogé Ariel De La Garza Davidoff, co-fondateur avec Michal Vojtěch, du collectif, Pierre Ollivier, autre auteur et membre de la troupe, Raphael Ruiz qui incarne le professeur Charcot et Nathan Saudek qui s’est chargé de la musique.

ADLGD : « Le collectif Threepenny est un collectif britannique que nous avons formé au sortir de l’université de Cambridge. C’est un groupe formé de Michal, qui est tchèque, puis moi, Ariel, qui suis mexicain, et un troisième membre, Ilya, qui est kazakh et britannique. C’est donc un collectif très international qui fait du théâtre et du film, du cinéma. Alors, on aime beaucoup nous inspirer dans nos films du théâtre et dans le théâtre du film et du cinéma. »

Parlons de votre pièce, « L’indiscipline », qui a été écrite spécialement pour le festival d’Avignon Off. Comment est née cette pièce ?

Threepenny Collective | Source: Centre tchèque de Paris

PO : « Comme l’a dit Ariel, le Threepenny, c’est Michal, Ariel et Ilya, que je connais depuis un certain temps. J’ai rencontré Michal à Prague quand j’y habitais pour mon Erasmus. Cela faisait longtemps qu’ils avaient envie de venir à Avignon, parce qu’on a un festival de théâtre très réputé. Ils m’ont contacté, et après de longs échanges, on s’est beaucoup intéressé à la psychiatrie au XIXe siècle, un univers très intéressant qu’on a voulu mettre au théâtre ensemble, et ça a été l’occasion de le faire à Avignon. »

Votre pièce tourne autour de cette figure importante de la médecine au XIXe siècle, le professeur Charcot. C’est une période où certaines femmes étaient considérées comme hystériques et internées pour cette raison. Certaines souhaitaient juste parfois s’extraire du carcan de la société du XIXe siècle, sans être nécessairement malades au sens médical du terme.

PO : « C’est toute la question, effectivement, de savoir ce qu’est la maladie, et particulièrement l’hystérie. C’est une maladie qui est très dure à définir et qui est largement contestée aujourd’hui. C’est justement cela qui nous a beaucoup intéressés, d’essayer de représenter ce qui est dû, dans le comportement des patientes à l’époque, au conditionnement médical de l’asile, quelle est l’influence que peuvent avoir ces médecins sur toutes ces patientes, et de montrer aussi un peu le basculement que cela représente dans l’histoire des idées et de la médecine aussi, puisque c’est très important pour la psychanalyse qui arrive juste après. Freud était un admirateur de Charcot, et s’en est beaucoup inspiré. C’est cette période de basculement qu’on cherche à représenter dans la pièce, qui résonne avec ce titre, ‘l’indiscipline’ qui rappelle comment les patients ne réagissent pas exactement comme le souhaiteraient les médecins. »

Puisque vous mentionnez la psychanalyse et Freud, il faut dire que ça nous ramène, dans la région d’où je parle, c’est-à-dire en Europe centrale : la psychanalyse est née à Vienne, et Sigmund Freud est né en Moravie.

PO : « C’est très juste de le mentionner. D’abord, ce pont avec l’Europe centrale, mais surtout ce pont avec le monde, parce que Charcot était vraiment une célébrité. Au XIXe siècle, il était connu aux États-Unis, dans toute l’Europe, et les gens se déplaçaient de toute l’Europe pour venir assister aux leçons du mardi que nous mettons en scène, c’est-à-dire entre le cours et le rendez-vous mondain qui avait lieu le mardi soir. Il mettait en scène ses patientes, principalement des hystériques, qui faisaient l’objet de tout un tas d’articles dans la presse, en France et ailleurs. »

RR : « En effet, c’est intéressant, car Charcot met en scène ses patientes or finalement, sur scène, on voit une autre mise en scène. Pendant la moitié de la pièce, je suis dans un mode un peu représentatif où je parle toujours à un public qui est un deuxième public, en fait. Je suis un peu entre les deux mondes tout le temps. Donc, c’est un rôle très intéressant pour moi parce que j’ai plein de choses à faire, plein de comportements à gérer et je ne suis jamais tout à fait à l’aise. »

ADLGD : « Charcot voulait trouver la lésion anatomique associée à l’hystérique comme il l’avait fait pour Parkinson et beaucoup d’autres conditions mentales. Aujourd’hui, même dans la psychiatrie et la philosophie de la psychiatrie, il y a beaucoup de débats sur cette question n’est-ce pas ? Est-ce que des syndromes ou des conditions comme la dépression ou l’anxiété ont une corrélation anatomique dans le cerveau que l’on serait capables de trouver ? Charcot n’a jamais trouvé cette corrélation anatomique directe pour l’hystérie. À la fin de sa vie, il a pensé que peut-être l’hystérie n’en avait pas. Il était vraiment un personnage fascinant parce que je pense qu’il se sentirait très à l’aise dans le monde de la psychiatrie d’aujourd’hui. Ce n’est pas vraiment de l’histoire ancienne. C’est vraiment, c’est vraiment quelque chose de contemporain. »

Un mot sur la musique. Nathan Saudek, on s’était rencontrés il y a quelques mois pour parler évoquer votre père compositeur. Et là, c’est vous qui avez composé la musique de cette pièce…

NS : « J’ai eu une idée en lisant la pièce. Au tout début, il y a une expérience avec une hypnose ce qui ça m’a donné l’idée de faire des boucles musicales, en utilisant une sorte de dispositif électronique où les boucles vont se répéter un peu comme un système de nappe et d’hypnose. Donc, j’ai enregistré tout ça, j’ai fait des enregistrements de voix avec quatre chanteurs différents, et mon piano aussi. J’ai fait des sortes de motifs, les notes et aussi les cordes, pour donner une forme de basse à la musique. J’ai trois types d’instruments : la voix, les notes et les cordes. Ça crée des nappes et par-dessus, j’ai aussi un synthétiseur sur lequel je peux créer des instruments. Cela va être intéressant car on va pouvoir mettre de la musique et jouer avec la voix des acteurs et la présence des acteurs et la présence d’une atmosphère avec la musique. »

Vous jouerez à Avignon du 5 au 26 juillet. C’est important pour un ensemble de se retrouver à Avignon, même en off. Qu’est-ce que cela représente pour votre collectif ?

PO : « Ça représente beaucoup. D’abord, à titre personnel, j’ai grandi à Avignon, donc c’est un vrai plaisir d’avoir quelque chose ici. Et puis, sinon, pour le collectif, c’est quelque chose qu’on avait évoqué de nombreuses fois. J’étais d’ailleurs très heureux avec Raphael, Ariel et Michal, qui m’avaient rendu visite à Avignon, de voir leur enthousiasme et l’intérêt qu’ils portaient au festival. Ça m’avait rendu très fier. Donc nous sommes tous très heureux. Et on compte beaucoup aussi sur ce festival d’Avignon, parce que c’est une opportunité d’être exposé, de montrer notre travail. »

RR : « Moi, en tant qu’acteur, ça toujours été un rêve d’y aller. Les deux fois où j’y étais en tant que visiteur, j’ai adoré l’atmosphère du festival. Et j’adore le théâtre depuis que je suis petit. Donc, j’ai vraiment très hâte de faire partie de cette communauté artistique. »

Votre collectif est très international, et un des membres est tchèque : peut-on s’attendre à ce que la pièce soit traduite et jouée ici, en Tchéquie ?

PO : « Il y a en effet un Tchèque à la tête du collectif. Mais aussi Raphael Ruiz qui joue dans la pièce, et Daniela Hirsh qui sont tchèques, ainsi que Nathan. Donc, ça fait plusieurs Tchèques investis dans le projet. C’est tout à fait égalitaire : quatre Tchèques et quatre Français ! Effectivement, on pourrait tout à fait traduire la pièce qui existe en anglais et en français. On aimerait beaucoup la jouer à l’étranger, si on a l’opportunité, et je pense qu’on le fera. Et, effectivement, en République tchèque, on va réfléchir à la traduction ! »

Auteur: Anna Kubišta
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