L'Institut national du patrimoine a obtenu le prix Europa Nostra pour le projet de restauration des peintures du maître Théodorique

La chapelle de la Sainte-Croix au château de Karlstejn, photo: Lucie Zemanová / ČRo

Le très précieux ensemble de 129 peintures gothiques sur panneaux, oeuvre du maître Théodorique, qui orne la chapelle de la Sainte-Croix, au château de Karlstejn, s'est vu décerner le prix Europa Nostra Award 2006, attribué par l'Union européenne pour la sauvegarde du patrimoine culturel. Le prix a été remis à l'Institut national du patrimoine, pour son projet de restauration de ce chef-d'oeuvre de l'art gothique tchèque et européen. A noter que le projet de l'Institut tchèque a été sélectionné parmi 214 projets de 30 pays, et que la fédération Europa Nostra, fondée en 1963, a depuis mars 2005 une succursale à Prague, patronnée par l'ancien président tchèque, Vaclav Havel. Retour, dans ces chapitres de l'histoire, sur la collection de tableaux gothiques mise cette année à l'honneur par cette fédération, et sur l'ère de l'empereur Charles IV à l'initiative duquel elle a vu le jour.

Karlstejn, photo: CzechTourism
Le château fort de Karlstejn, à 30 km à l'ouest de Prague, a été consacré le 27 mars 1357. Par son fondateur, le roi de Bohême et empereur germanique, Charles IV, le château a été prédestiné à devenir un siège royal et trésor des objets les plus précieux du royaume : la couronne de saint Venceslas, les joyaux de l'empire germanique romain, et les reliques des sains dont un fragment de la Croix du Christ. Dans la partie la mieux protégée du château, la Grande tour, Charles IV fait édifier la chapelle de la Sainte-Croix où les joyaux et les reliques ont été déposés. Il a jugé indispensable de doter la chapelle d'une décoration exceptionnelle correspondant à cette mission tout aussi exceptionnelle.

La tâche a été confiée au peintre Théodorique qui s'est parfaitement acquitté de la réalisation de l'image que Charles avait de cette chapelle : celle d'une armée céleste appelée à garder les joyaux de la couronne. Ainsi, la voûte de la chapelle imite le ciel où brillent des milliers d'étoiles en or. Les murs sont incrustés de pierres fines et au-dessus, les figurines monumentales de 129 personnages nous regardent : rois, apôtres, évêques, soldats, saints, évangélisateurs, papes, saintes vierges et saintes veuves. Toute une armée céleste de Jésus Christ, gardiens des trésors du royaume.

La chapelle de la Sainte-Croix au château de Karlstejn, photo: Lucie Zemanová / ČRo
Le complexe gothique de peintures sur panneaux en bois que le maître Théodorique nous a laissé à Karlstejn est le plus grand en son genre. Si la chapelle est un bijou de notre pays, l'ensemble de tableaux est une perle dans ce bijou, dit Dagmar Martincova, auteur du projet qui a obtenu le prix Europa Nostra :

« Au fil des siècles, la chapelle et les panneaux sur bois ont beaucoup souffert à la suite de différentes interventions extérieures : d'abord, le roi Sigismond, sur le trône de Bohême depuis 1410, n'a pas hésité à utiliser une partie de l'ornement de la chapelle pour financer ses croisades, ensuite le château a été endommagé pendant les guerres hussites et, plus tard, durant les expéditions de troupes suédoises, sans oublier la défaveur du climat et le désintérêt total des propriétaires de Karlstejn. Des dégâts considérables ont également été créés par les visiteurs du château qui, jusqu'aux années 1980, y affluaient en nombres illimités dépassant la capacité de la chapelle. »

Les travaux de restauration des tableaux et de la chapelle ont commencé en 1982 : une partie a eu lieu directement au château de Karlstejn, et la plus grande partie dans les ateliers de restauration de la Galerie nationale de Prague. Le point central de la collection des 129 tableaux sur panneaux, la Crucifixion du Christ. La crucifixion est non seulement le motif central de l'ensemble créé par le maître Théodorique, mais aussi son idée centrale. Ce tableau, qui est le plus grand créé sur bois en Bohême, a connu un sort dramatique : pendant plus d'un siècle, il a été caché dans un dépôt à Vienne. Lors des travaux, les restaurateurs de la Galerie nationale ont trouvé directement à la surface plusieurs trous creusés intentionnellement pour servir de caches des reliques, alors que dans le cas des autres panneaux, les châsses reliquaires étaient disposées dans les cadres.

La plus difficile, parmi les 129 tableaux, a été la restauration du Chevalier de Thèbes, dit Dagmar Martincova :

« Le professeur Slansky, le premier à l'avoir restauré dans les années 1930, a remplacé la moitié du visage détruit du chevalier par un plombage de couleur neutre. Cette conception de restauration a finalement été abandonnée, ce qui s'est avéré comme une solution heureuse. Après avoir enlevé la couche de liants, les restaurateurs ont découvert les points de repère selon lesquels il était possible de restituer le visage dans son aspect d'origine. Le projet soumis par l'Institut national du patrimoine au jury de la fédération pan-européenne Europa Nostra est une étude comparative de l'état d'avant et d'après la restauration des tableaux sur bois de hêtre créé au XIVe siècle par le maître Théodorique. Ce projet documente, d'une part, l'exigence de cette réalisation et, de l'autre, la splendeur des différents portraits que les panneaux représentent dans la série de l'armée céleste. »

La restauration de la chapelle de la Sainte-Croix au château de Karlstejn a été chiffrée par Dagmar Martincova à près de 10 millions de couronnes, aux coûts d'avant 1989. Six tableaux se trouvent dans les collections permanentes de la Galerie nationale, c'est dire que 6 panneaux des 129 dans la chapelle sont des copies. Ajoutons encore que le prix Europa Nostra sera remis aux représentants de l'Institut national du patrimoine, lors d'une cérémonie de distribution des Prix du patrimoine européen, qui aura lieu le 27 juin prochain au Palais royal de Madrid.