L'oeuvre inachevée de Pavel Dostal

Pavel Dostal (mai 2005), photo: CTK
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Depuis septembre dernier, le ministre tchèque de la Culture, Pavel Dostal, luttait contre une grave maladie. Il a perdu ce combat inégal dans la matinée de dimanche emplissant de tristesse ses innombrables amis parmi les artistes et les hommes politiques.

Pavel Dostal (janvier 2004), photo: CTK
Cheveux en bataille, boucle d'oreille, écharpe nonchalamment jetée sur l'épaule, Pavel Dostal était loin de l'image qu'on se fait normalement d'un ministre. Il est venu à la politique du monde du théâtre, et les artistes le considéraient toujours comme un des leurs. Sa carrière d'homme de théâtre et de journaliste a commencé déjà dans les années soixante: "A cette époque-là, le directeur du Théâtre d'Olomouc m'avait dit qu'il aurait besoin d'une pièce ou plutôt d'une comédie musicale pour les jeunes d'environ quinze ans. J'ai accepté cette offre et, je le jure, en l'espace d'une semaine, pendant les heures de travail dans le laboratoire chimique où je travaillais à l'époque, j'ai écrit la comédie musicale Vytecnici - Les Beaux merles, ma première pièce de théâtre. Et comme on cherchait aussi un metteur en scène pour cette pièce, et comme j'avais quelques expériences de cabaret, j'ai eu le culot de me proposer. Et c'est ainsi que je suis devenu metteur en scène."

Pavel Dostal (mai 2005), photo: CTK
Chimiste de profession ayant adhéré au parti communiste dès l'âge de 19 ans, dissident après l'invasion soviétique en 1968 réduit à travailler dans une chaufferie, Pavel Dostal ressurgit sur les scènes théâtrale et politique après la chute du communisme en 1989. Très vite, il s'impose comme un représentant important de la social-démocratie tchèque et devient proche collaborateur et ami du futur chef du parti, Milos Zeman, qui sera le premier à lui proposer le poste de ministre. Cette amitié ne se démentira pas malgré des divergences de vues sur certains problèmes et les périodes de froid entre les deux hommes. Milos Zeman ne l'abandonnera pas même pendant sa lutte contre la maladie : " Nous, ma femme et moi, avons rendu visite à Pavel Dostal, il y a à peu près un mois à l'hôpital Masaryk de Brno. A ce moment-là, il était encore plein d'optimisme vital et je croyais un peu qu'il pourrait s'en sortir malgré les pronostics médicaux qui, déjà à cette période-là, ne laissaient pas beaucoup d'espoir. Malheureusement, il s'est avéré que malgré la volonté de Pavel Dostal de lutter contre la mort, c'est la mort qui a été plus forte."

Ministre de la Culture Pavel Dostal (à gauche) et le comédien Radek Brzobohaty (novembre 2004), photo: CTK
Bien que la vie de Pavel Dostal ait été relativement courte, sa longévité politique a été exceptionnelle. Quatre chefs de gouvernement lui ont successivement confié le poste de ministre de la Culture au cours de ces dernières années. Le dernier en date, Jiri Paroubek, a constaté :"Il y a peu de pays dans le monde où un ministre de la Culture reste à son poste pendant sept ans. Pendant ces sept ans, Pavel Dostal n'est jamais entré en conflit important avec les représentants de la communauté artistique."

On est unanime à constater que la culture tchèque doit beaucoup à Pavel Dostal. Explosif, opiniâtre et persévérant, il savait souvent trouver des solutions originales à des problèmes difficiles. Il a réussi à consolider plusieurs institutions culturelles dont la Galerie nationale, le festival Printemps de Prague, les studios de cinéma de Barrandov et même la télévision publique tchèque. Le seul domaine où ses initiatives se heurtaient souvent au refus ou à la réticence était la politique de l'Etat vis-à-vis des Eglises. Parti en plein travail, il laisse une grande oeuvre inachevée et un vide dans la vie de ses amis, au sein de son parti et même chez ses adversaires politiques. Vaclav Klaus, président de la République tchèque: "Il est parti à soixante-deux ans. Tôt. C'est un départ prématuré et je ne suis certainement pas le seul dans notre pays à qui Pavel Dostal manquera."