Madame Zatopek fête ses 85 ans

Dana Zatopkova, photo: CTK
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Une grande dame de l'histoire du sport tchèque a fêté, mercredi, ses 85 ans. Après avoir vécu pendant plus de cinquante ans aux côtés du plus célèbre des sportifs tchèques de l'histoire, Emil Zatopek, Dana Zatopkova, née le même jour, le 19 septembre 1922, et sacrée championne olympique le même jour que son mari, en 1952 aux Jeux d'Helsinky, passe aujourd'hui une retraite tranquille dans sa maison de Troja, un des beaux quartiers de Prague. Nous sommes allées à sa rencontre pour évoquer quelques souvenirs.

Dana Zatopkova avec son javelot victorieux (transformé en balai), photo: CTK
Dana Zatopkova a épousé Emil en 1948, au retour des Jeux de Londres. Le même jour et dans la même heure que son mari sur 5000 m, elle a été sacrée championne olympique du lancer du javelot à Helsinky. Huit ans plus tard, à Rome, elle a remporté une médaille d'argent. Double championne d'Europe en 1954 et 1958, elle a également battu le record du monde et réalisée la meilleure performance féminine de tous les temps avec un javelot en bois (55,73 m). Après la fin de sa carrière, elle a été entraîneur jusqu'à l'âge de 80 ans. Aujourd'hui, elle reste une dame appréciée et respectée pour sa gentillesse, sa vitalité, son franc-parler et son amour du sport. Depuis la disparition d'Emil en 2000, elle répond toujours avec la même disponibilité aux questions des journalistes du monde entier. Et si elle n'aurait sans doute pas été aussi célèbre sans son mari, la question reste de savoir si Emil serait, lui, devenu éternel sans Dana.

Le grand triomphe de la carrière d'Emil, mais aussi de la vie commune de sportifs du couple Zatopek, reste bien entendu les Jeux d'Helsinky, où Emil a réalisé le triplé depuis jamais inégalé 5000 - 10 000 m et marathon. En Finlande, Dana et Emil sont aussi devenus immortels avec ce fameux baiser à l'arrivée du marathon dont la photo a fait le tour du monde. Une histoire que Dana Zatopkova a déjà racontée des centaines de fois, mais qu'elle nous a narrée encore une fois.

Dana et Emil Zatopek
« En 1952, Emil était déjà relativement célèbre. Lors de cette olympiade, il a d'abord gagné le 10 000 mètres et tout le monde attendait alors ce qu'il allait faire sur 5000 mètres. Au moment de la course, juste avant le début de mon concours, je me suis réfugiée dans les vestiaires pour me concentrer, cachée sous une couverture, mais j'entendais quand même les cris de la foule. Quand la course fut terminée, j'ai demandé à un entraîneur soviétique qui avait gagné. « Emil, bien sûr ! », m'a-t-il répondu visiblement très étonné. Je devais être la seule à ne pas le savoir... Puis lorsque je suis entrée sur le stade, j'ai eu à peine le temps de féliciter Emil et de lui glisser : « Prête-moi ta médaille pour qu'elle me porte chance ! ». Je l'ai mise dans mon sac et mon premier lancer fut le bon, victorieux ! Mais Emil non plus n'a pas vu mon concours. Les organisateurs l'avaient emmené au village olympique pour échapper aux sollicitations. »

Dana Zatopkova avec Jan Zelezny, photo: CTK
« Lorsque nous nous sommes enfin rencontrés, il m'a regardé en donnant l'air de tomber du ciel. Il ne lui était pas venu à l'idée que je puisse gagner, moi aussi. Il m'a dit : « Maintenant, rends-moi ma médaille ! Et rends-toi bien compte que si tu as gagné, c'est aussi grâce à moi. Dans l'euphorie de ma victoire, tu as lancé plus loin que tu ne lances d'habitude. » Bien entendu, Emil plaisantait, il parlait souvent sur ce ton-là lorsque nous étions entre nous, mais des journalistes l'ont entendu et on a commencé à raconter que j'avais remporté l'or grâce aux performances de mon mari. Cela m'a vraiment déçue et j'étais même fâchée. Ensuite, Emil a encore pris part au marathon, le premier de sa carrière, et après l'avoir gagné, il a couru jusqu'à moi, assise dans les tribunes, et il m'a tendu les lèvres. C'est ainsi qu'a vu le jour cette photo nous montrant nous embrassant. Durant ces Jeux, l'hymne tchécoslovaque a été joué quatre fois en notre honneur. A la fin, les Finlandais, un peuple qui aime vraiment l'athlétisme, nous disaient qu'à force de l'entendre, ils avaient même fini par l'apprendre. C'était fantastique ! »

Pourtant, bien que ce jour de 1952 reste un des plus beaux de sa vie, si Dana Zatopkova pouvait aujourd'hui se faire un cadeau au moment de fêter ses 85 ans, s'échapper du présent et revenir dans le passé le temps d'une journée, elle aurait un souhait beaucoup plus simple : pouvoir s'entraîner encore une fois, se doucher et rentrer d'un pas lent à la maison avec le sentiment d'avoir passé une bonne journée.