Mériter une décoration - un enjeu difficile à trancher

Photo: ČTK

A l’instar des années précédentes, le choix des personnalités auxquelles le président de la République, Miloš Zeman, a remis dans la soirée du 28 octobre, jour de fête nationale, de hautes distinctions d’Etat, a été largement commenté et discuté dans la presse locale. Nous en avons retenu quelques exemples. Aujourd’hui, la cote de la Tchéquie auprès des Ukrainiens ne semble pas être très élevée. Un article publié dans un grand quotidien local, dont nous apportons un extrait, explique pourquoi. Et quelques mots enfin sur un nouveau site qui a été lancé afin d’animer le débat sur un thème tabou – les dernières choses de la vie.

Photo: ČTK
L’édition de ce jeudi du quotidien Lidové noviny a effectué une enquête auprès des représentants politiques tchèques, toutes orientations confondues, concernant leur regard sur le choix des personnalités récompensées par le président de la République. Tandis que la majorité d’entre eux ont vu ce choix d’un œil assez positif, soulignant notamment que celui-ci est pleinement dans la compétence du président, les commentaires publiés dans la presse écrite et électronique ont été moins indulgents. Petr Honzejk du quotidien économique Hospodářské noviny a par exemple écrit :

« La liste des personnes qui ont été décorées par le président Zeman le jour de fête nationale n’a guère surpris. On y voit inscrites les personnalités dotées de qualité indéniables, comme Winston Churchill, Nicholas Winton, Natalya Gorbanievskaya, ou le prêtre Toufar (torturé à mort par les communistes), ainsi que celles auxquelles on ne saurait opposer une objection, comme le groupe de héros de l’Afghanistan, des médecins et des scientifiques. Toutefois, on y trouve aussi des personnes dont le seul mérite résidait dans le fait qu’elles avaient sous telle ou telle forme soutenu Miloš Zeman, ou des personnes qui lui sont tout simplement sympathiques ».

Selon l’auteur de l’article, les distinctions d’Etat attribuées par Zeman se présentent dans ce contexte comme une récompense pour ses fidèles. Cet aspect de la chose est examiné, aussi, par le journaliste Jiří Leschtina qui admet que même les prédécesseurs de Zeman au poste présidentiel, Václav Havel et Václav Klaus, avaient l’habitude d’attribuer des médailles aux personnes avec lesquelles ils étaient liés par amitié ou par autres sympathies ; des personnes qui avaient pourtant le mérite de s’être opposées au totalitarisme. Or, selon l’éditorialiste, les critères de ce choix semblent être cette année plus douteux que jamais auparavant. Il précise plus loin :

« Comparé à l’expérience des précédents présidents, les deux premières fêtes du 28 octobre orchestrées sous la baguette de Miloš Zeman ont apporté deux changements fondamentaux. En accordant des distinctions à deux jeunes cinéastes, dont l’un a réalisé pour lui un spot électoral et l’autre un film documentaire consacré à sa précédente vie à la campagne, on peut penser à des manières pas très éloignées de celles d’un despote oriental... Tout indique également que le public devrait s’habituer à ce que soient décorées dorénavant, aussi, des personnes qui étaient à l’époque de la dite normalisation des communistes actifs. »

Miloš Zeman, photo: ČTK
L’auteur de l’article conclut sur un ton ironique, quant au fait d’avoir peut-être des surprises à l’occasion du 25ème anniversaire du début de la révolution dite de Velours, du 17 novembre. Dans un texte publié dans le quotidien Mladá fronta Dnes, l’historien et publiciste Vladimír Kučera s’interroge sur les causes de la popularité dont Miloš Zeman jouit toujours auprès d’une grande partie de la société tchèque:

« Je pense que cette popularité découle en premier lieu du respect dont la fonction présidentielle jouit traditionnellement chez nous, car nous la percevons de façon féodale en quelque sorte. Nous avons beaucoup d’estime pour elle, négligeant un peu, à quelques exceptions près, pour savoir qui est-ce qui la remplit. Force est également de souligner que Miloš Zeman a remporté les présidentielles qui ont eu lieu, pour la première fois, au suffrage universel direct. De ce fait, un désaccord de l’électeur avec lui témoignerait du fait qu’il s’est trompé. Et qui aimerait avouer s’être trompé ?... Mais il existe aussi l’hypothèse qui veut que Zeman réponde aux attentes de la société majoritaire ».

Dans un commentaire publié sur le site aktualne.cz, Martin Fendrych rappelle pour sa part l’absence à la cérémonie du 28 octobre de plusieurs recteurs universitaires, les uns n’ayant pas été invités, les autres s’étant avec eux solidarisés. Selon lui, il s’agissait pourtant d’un boycotte trop faible. L’auteur évoque aussi l’absence de Viktor Faïnberg et Pavel Litvinov au Château de Prague, deux des huit dissidents russes ayant protesté en 1968, en plein centre de Moscou, contre l’occupation de la Tchécoslovaquie par l’armée soviétique. Une absence motivée d’après leur déclaration par la position du président Zeman à l’égard de la Russie de Poutine.

La cote des Tchèques en Ukraine en baisse

« Pour les Ukrainiens, nous sommes des lâches ». Tel est le titre d’un long article publié dans l’édition de jeudi dernier du quotidien Mladá fronta Dnes dans lequel Luboš Palata explique pourquoi la cote de la République tchèque en Ukraine n’est pas très élevé à présent. Citant d’abord des témoignages directs de quelques habitants ukrainiens qui prouvent de façon éloquente cet état de choses, il poursuit :

« En Ukraine, un pays de plus de quarante millions d’habitants, avec lequel la Tchéquie a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de près de deux milliards de dollars, les Tchèques, la République tchèque et ses représentants sont pris, dans le meilleur des cas, pour des lâches. Dans le pire des cas, ils sont pris pour des traîtres qui ont tendance à porter préjudice aux démarches prises par l’Union européenne et par l’Occident contre l’agression de Poutine. On l’écrit dans les journaux et dans les hebdomadaires ukrainiens, on en parle à la télévision, on en discute sur internet. »

Luboš Palata remarque que la « Tchéquie prorusse » est maintenant un grand thème en Ukraine. Et ce ne sont pas seulement les élites, mais ce sont aussi les Ukrainiens ordinaires qui y prêtent attention. Les résultats des récentes élections législatives dans ce pays, lors desquelles tant les communistes que les extrémistes de droite ont échoué, devraient alors constituer une impulsion à la correction de la politique étrangère tchèque à l’égard de l’Ukraine. Luboš Palata écrit enfin :

« On veut croire que ceux de la représentation politique tchèque qui défendent les valeurs de la démocratie et de notre orientation prooccidentale vont prédominer. Il suffirait peut-être de très peu. Il suffirait, par exemple, que le mouvement ANO, qui est aujourd’hui en Tchéquie la force politique la plus populaire, ne fasse pas semblant d’ignorer la politique étrangère et qu’elle s’exprime à l’égard de l’Ukraine, car il s’agit là d’une question clé... Sinon, si les choses continuent comme cela, le prestige de la Tchéquie en Ukraine et ailleurs ne cessera de se détériorer. »

Un nouveau site veut animer le débat sur un thème tabou : la mort

Photo: Archives de Radio Prague
La dernière édition de l’hebdomadaire Respekt informe d’une nouvelle page internet qui, tout en traitant de la mort, est loin d’avoir un caractère funèbre ou encore moins morbide. Lancée par l’équipe d’un hospice et l’agence Yinachi, la page qui s’intitule mojesmrt.cz (ma mort) invite ses visiteurs à ouvrir un débat sur les dernières choses de la vie, sur comment ils voudraient organiser leur départ. L’auteur de l’article Hana Čápová explique :

« Le site mojesmrt.cz s’inscrit dans la campagne de vulgarisation dont le but consiste à ouvrir le thème tabou de la mort. Les auteurs de ce projet estiment que les gens ne partent pas comme ils le souhaiteraient, car ils n’en parlent à personne... Ainsi, le visiteur du site est invité à exprimer sur ce site ses ultimes vœux concernant la forme de ses adieux, aussi bizarre soit-elle, ou encore, par exemple, le choix de la musique et des vêtements pour ses funérailles ou le dessin de son faire-part, éventuellement à confier ses angoisses sur ce que l’idée de la mort provoque en lui. »

L’auteur de l’article constate que selon les statistiques, les trois quarts des Tchèques meurent dans des hôpitaux ou dans d’autres établissements sanitaires, bien que la majorité souhaite rester à la maison. Et de conclure :

« A deux mois à peine de son lancement, le site a reçu près de trente mille visites, près de six cents visiteurs ayant complètement rempli la liste de vœux. Les auteurs du site préparent désormais sa version en anglais pour pouvoir la diffuser dans d’autres pays européens. Cela est dû à l’initiative de la présidente de l’Association européenne des soins palliatifs, Sheila Payne, qui accorde son soutien à ce nouveau site. »