Miroslav Caban sur les toits des sept continents de la planète

Miroslav Caban, photo: svajcr, Creative Commons 3.0

Le 22 février dernier, Miroslav Caban est devenu le premier alpiniste tchèque de l'histoire à avoir accompli les « seven summits », étonnant défi qui consiste à gravir les sommets les plus hauts des sept continents de la planète. Actuellement, Miroslav Caban se trouve au Népal à la tête d'une expédition de sept membres en quête d'une autre performance d'envergure. S'il parvenait au sommet du mont Everest pour la deuxième fois de sa carrière, il deviendrait par la même occasion le deuxième alpinsite au monde à avoir enchaîné les sept sommets en un an sans oxygène. Avant que l'alpiniste ne prenne la direction de Katmandou, nous l'avons rencontré pour qu'il nous raconte son aventure.

Miroslav Caban, photo: svajcr, Creative Commons 3.0
Confortablement installé dans un salon de thé du centre de Prague, Miroslav Caban est d'abord revenu sur une année qui l'a donc vu, depuis le mont Mc Kinley, en Amérique du Nord, en juin 2004, jusqu'au mont Kosciuszko, en Australie, en février 2005, grimper sur les toits de six continents :

« Le premier sommet que j'ai gravi a été celui du mont Mc Kinley en Amérique du Nord, en juin. C'était magnifique, sauf que j'ai été surpris par la météo. Il faisait chaud et pendant les deux premiers jours, il a plu. La deuxième montagne a été l'Elbrouz, plus haut sommet européen, en juillet. Là-bas, j'ai été décontenancé par le fait que l'Elbrouz ressemble pratiquement à une longue piste de descente de ski. Vous marchez dans la neige et il n'y absolument aucune difficulté technique. D'un autre côté, il est nécessaire de bien s'acclimatiser parce que le temps peut changer très vite et du coup, le grimpeur peut rencontrer des gros problèmes. Ensuite, en décembre, je suis passé au Kilimandjaro, pour le continent africain. C'est une montagne très intéressante en raison de sa forêt tropicale brumeuse. Il y a une telle humidité que même aucun animal n'y vit. En plus, nous avons rencontré des problèmes à l'approche du sommet à cause de plaques de glace et nous n'avions aucun matériel prévu à cet effet, ce qui a rendu l'ascension encore plus intéressante, surtout que notre guide, qui est obligatoire en Afrique, avait perdu son chemin. Ensuite, nous nous sommes envolés pour l'Antarctique et le mont Vinson. Ce fut assez exceptionnel à cause de la neige et des incroyables masses de glace qu'il y a. Par exemple, la glace sur laquelle nous avons atterri avait 1600 mètres de profondeur. Non, non, pas d'épaisseur, mais bien de profondeur. Se promener en Antarctique nous a donc procuré une grosse dose d'adrénaline. Pour l'ascension, nous avions choisi une voix relativement difficile, mais malgré cela, nous sommes quand même parvenus au sommet. De là, nous avons pris la direction de l'Aconcagua, plus haut sommet d'Amérique du Sud. Comme nous étions déjà acclimatisés après le mont Vinson, l'ascension a été magnifique. Nous avons pu profiter de toute la beauté et de la palette de couleurs qu'offre la Cordillière des Andes. D'ailleurs, je dis toujours que les Andes sont les montagnes les plus colorées au monde, c'est quelque chose d'époustouflant. Ensuite, après le retour en République tchèque, j'ai décidé de me rendre seul en Australie pour le mont Kosciuzsko. Mais c'était presque ridicule, parce que le sommet dépasse à peine les 2000 mètres et qu'il y a une route qui mène pratiquement jusqu'au sommet. Il était donc impossible de trouver un endroit pour au moins un peu escalader. Le dernier sommet a donc été le plus facile. »

A ce propos, rappelons qu'il existe une polémique sur l'identité du plus haut sommet en Océanie. En effet, si certains considèrent que le mont Kosciuszko est la cime la plus élevée, d'autres, en revanche, ne sont pas d'accord avec cette théorie. Car pour ces derniers, géographiquement, l'Océanie ne se limite pas à l'Australie, mais s'étend aussi sur un important nombre d'îles. Parmi celles-ci se trouve la Nouvelle-Guinée, où se dresse la Pyramide de Carstensz, haute de 4884 m.

A l'origine, ces considérations n'importaient que peu à Miroslav Caban. Initialement, « les sept sommets », projet également baptisé « couronne de la planète », ne devait servir que de préparation à un défi d'une toute autre envergure, le « 448 - Four Four Eight ». Explications par Miroslav Caban :

« Au départ, « les 7 sommets » devaient constituer une préparation pour une tentative de record du monde. Je voulais être le premier alpiniste au monde à gravir quatre sommets à plus de 8000 mètres en quatre mois. Malheureusement, ce record en est resté à l'état de projet. Au mont Elbrouz, je me suis cassé la main lors d'une chute et cette blessure m'a empêché de réaliser ce que j'avais en tête. Cette blessure était d'autant plus gênante que parmi les quatre sommets que j'avais prévus, il y avait le K2 qui est la montagne la plus difficile au monde. Or, cette ascension était impossible sans des mains et des bras sur lesquels je pouvais compter à 100% »

Finalement, l'Everest ne constituera donc que le seul sommet à plus de 8000 m. Un sommet que l'alpiniste connaît déjà, puisqu'en mai 2002, il était devenu le deuxième Tchèque de l'histoire à le conquérir sans oxygène. Une expédition que Miroslav Caban n'a, bien entendu, pas oubliée, pas uniquement pour des raisons sportives, mais aussi humaines. L'ascension du « toit du monde », il l'a en effet effectuée presque main dans la main avec deux autres alpinistes français qu'il ne connaissait pas :

« C'était très intéressant avec ces deux Français. Nos tentes étaient plantées l'une à côté de l'autre. Nous ne nous sommes pas beaucoup visités, nous nous faisions seulement signe de temps en temps pour nous saluer. Mais en fait, nous avons fait pratiquement toute l'ascension ensemble, jusqu'au sommet. C'était assez drôle. Nous ne parlions presque pas ensemble, nous ne pouvions pas tellement, mais nous nous sourions, nous donnions quelques tapes dans le dos et nous relayions pendant la montée. Ensuite, nous nous sommes encore rencontrés à Katmandou, mais sinon, nous sommes loin les uns des autres, même si nous nous sommes envoyés des photos prises au sommet. C'est très agréable de savoir que même si nous ne nous connaissons pas personnellement, nous avons été au sommet de l'Everest ensemble. »