Presse : la politique étrangère, au cœur des prochaines élections législatives tchèques ?
Les élections législatives qui se dérouleront en Tchéquie à l’automne prochain auront pour sujet principal la politique étrangère. Un sujet qui, dans toutes les élections précédentes, était plutôt marginal. C’est du moins ce qu’estime le chroniqueur du site Seznam Zprávy qui explique :
Les élections législatives qui se dérouleront en Tchéquie à l’automne prochain auront pour sujet principal la politique étrangère. Un sujet qui, dans toutes les élections précédentes, était plutôt marginal. C’est du moins ce qu’estime le chroniqueur du site Seznam Zprávy qui explique :
« Jusqu’à présent, ce sont les questions liées aux finances comme les impôts, les pensions de retraite, l’inflation, les prix, les frais médicaux qui prédominaient. S’y ajoutait régulièrement la lutte contre la corruption ou contre Bruxelles. A l’heure actuelle, à quelque six mois des élections, on entend plus souvent que jamais des noms comme Trump, Poutine, Fico ou Orbán, soit pour s’en revendiquer, soit pour les dénoncer. Les politiciens de l’opposition semblent rivaliser en affichant une casquette rouge MAGA, tandis que les représentants gouvernementaux et leurs sympathisant mettent en garde contre la voie slovaco-hongroise et les camaraderies avec Moscou. »
Cela ne veut pas dire que les questions socio-économiques aient complètement disparu, car elles sont d’une grande importance notamment pour les électeurs du mouvement ANO. « Ses dirigeants, Andrej Babiš en tête, sont pourtant bien conscients de l’importance de la politique étrangère dans les élections de cette année. La prudence qui marque leurs déclarations sur les événements dramatiques en Slovaquie ou sur leur soutien à l’Ukraine en est une preuve marquante », observe l’éditorialiste avant de conclure :
« L’accent mis sur les questions d’ordre international est logique. En Tchéquie comme ailleurs, les gens s’aperçoivent que le monde sûr et prévisible tel qu’ils l’ont connu au cours des trente dernières années est révolu. Soudain, ils voient un monde fracturé, plein de guerres, réelles et commerciales, de vagues migratoires, de batailles énergétiques, ainsi que l’affaiblissement de l’Europe. Un avenir incertain, tout simplement ».
Une alliance antilibérale en Europe centrale ?
« La lutte contre la migration et le Green Deal ne sont pas les seules choses qu’Andrej Babiš, Viktor Orbán et Robert Fico ont en commun. » Tel est le titre d’un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny dans lequel son auteur revient sur la récente visite non officielle à Prague de Péter Szijjártó, ministre des Affaires étrangères et du Commerce de la Hongrie, au cours de laquelle il a rencontré Andrej Babiš, le leader du mouvement ANO, et son vice-président, Karel Havlíček. « Si le chef de la diplomatie hongroise était venu pour des raisons de travail, il aurait rencontré en premier lieu son homologue Jan Lipavský », écrit-il avant d’examiner ce qu’ANO et le Fidesz d’Orbán, « auquel on peut ajouter le parti Smer de Fico en Slovaquie », partagent :
« Il ne s’agit pas tellement de l’immigration, car le principal parti de droite tchèque ODS, tout comme ANO et le Fidesz sont d’accord sur la nécessité de limiter fondamentalement l’arrivée de migrants en provenance du Moyen Orient et d’Afrique. Il en va de même pour le Green Deal. Ici aussi, il existe désormais en Europe centrale un large consensus sceptique. Ce qui unit ANO, le Fidesz et Smer, c’est leur orientation idéologique générale et, notamment, leur attitude à l’égard de la guerre en Ukraine. La Hongrie complique l’aide européenne accordée au pays envahi, Fico considère Zelensky comme un ennemi personnel, tandis que le mouvement ANO flirte avec l’idée de stopper l’initiative tchèque de livraison de munitions. Dans le contexte européen, ces trois forces politiques s’orientent plus à l’Est que leurs rivaux. »
L’opposition aux institutions, l’aversion à la forme actuelle de l’intégration européenne et des accents nationalistes. Autant d’autres points qui, selon l’éditorialiste de Hospodářské noviny, unissent ces trois formations :
« On assiste donc à une sorte d’alliance antilibérale d’Europe centrale qui, très probablement, achèvera son triomphe en Tchéquie lors des élections législatives qui auront lieu à l’automne prochain. Le titulaire de l’Ordre de l’amitié avec la Fédération russe, Péter Szijjártó, pourra alors se rendre à nouveau à Prague, désormais officiellement. »
Les menaces liées à l’indépendance des médias publics
Le journal en ligne Forum24.cz avertit qu’il n’y a pas de meilleure preuve de ce que l’opposition antilibérale actuelle représente un danger fatal pour la démocratie que la façon dont Andrej Babiš et la communiste Kateřina Konečná, cheffe du mouvement Stačilo! (Assez !), perçoivent la Télévision publique tchèque :
« Kateřina Konečná a fait savoir qu’en cas de prise de pouvoir, de préférence avec Andrej Babiš, elle liquiderait la Télévision tchèque. Andrej Babiš, quant à lui, a déclaré lors d’une réunion parlementaire consacrée au projet d’augmentation de la redevance audiovisuelle qu’il entendait nationaliser les médias publics, en les fusionnant en une seule et même institution et en fermant une grande partie de leurs chaînes. Afin de justifier sa motivation visant à détruire leur indépendance, il a même énuméré combien de fois tel ou tel journaliste de la Télévision publique lui aurait porté préjudice. Une façon de montrer que ce sont les critiques apparues dans ces médias qui dérangent, beaucoup plus que leur situation financière. »
Certes, les médias publics ont des défauts et des aspects discutables. Pourtant, comme le souligne l’éditorialiste du journal, cela n’a rien à voir avec la volonté de représentants autoritaires de liquider les médias qui ne répondent pas à leur vision du monde et à leurs intérêts.
Etre traducteur en Tchéquie
« Une espèce en voie de disparition. » C’est ainsi que le chroniqueur du journal en ligne lidovky.cz caractérise les traducteurs tchèques, tout en constatant que la traduction est une discipline et un art d’une grande importance pour la langue et la culture. L’occasion pour lui de rappeler un discours prononcé par le romancier tchèque Josef Škvorecký lors de la conférence des écrivains tenue en 1967 et qui est toujours d’actualité :
« Josef Škvorecký parlait de l’importante contribution d’une pléiade de grands traducteurs tchèques au développement de la langue tchèque moderne et au maintien des contacts avec les tendances et les influences culturelles mondiales, le tout dans des conditions politiques et technologiques extrêmement difficiles. L’écrivain a rappelé que les traducteurs littéraires faisaient partie des intellectuels les moins bien payés du pays. Une plainte qui, en 2025, est toujours valable. »
Le fait que la traduction littéraire en tant que profession soit menacée de disparition est due en grande partie à l’intelligence artificielle qui sait s’y prendre plus bêtement, mais aussi plus rapidement et à moindre coût. Mais surtout, comme le déplore encore le chroniqueur, parce que, en dépit de toutes les belles paroles, la traduction est sous-estimée et les traducteurs, même talentueux et bons, sont peu appréciés et très mal récompensés. « Pour gagner leur vie, ils ne leur reste qu’à avoir dans la plupart des cas une deuxième profession », écrit-il.
L’automutilation chez les jeunes
L’automutilation est désormais un problème répandu et alarmant, comme le révèle une enquête unique menée auprès de jeunes Tchèques âgés de 11 à 16 ans par une équipe de recherche du département de psychologie de l’Université Palacký. Un constat fait par le site Seznam Zprávy qui précise :
« Le problème est loin d’être marginal. Selon les estimations, il touche plus de 70 000 adolescents, majoritairement les filles. C’est à l’âge de 13 ans que le risque est le plus élevé. Les données que les chercheurs ont recueillies en personne dans les écoles primaires et secondaires du pays au cours de l’année écoulée, montrent qu’environ 16 % des adolescents s’automutilent à un niveau et à une fréquence qui sont inquiétants. Elles indiquent également que jusqu’à 40 % des enfants ont essayé au moins une fois, d’une manière ou d’une autre, de s’automutiler par curiosité ».
Le site rapporte que le problème de l’automutilation chez les jeunes avait déjà surgi au tournant du millénaire en lien avec les styles « emo » et « gothique ». A l’époque, cependant, il ne s’agissait pas d’un phénomène très répandu comme c’est le cas aujourd’hui.