En anglais et bientôt en tchèque, du stand-up sur la vie d’expat en Tchéquie
Centré sur la vie d’expat à Prague, « Czechmates ! Comedy show » est sûrement le spectacle de stand-up en anglais le plus populaire en Tchéquie, depuis sa création en 2018. Un show qui ne cesse de faire salle comble grâce à une formule simple mais efficace, et qui est de nouveau en tournée !
Plusieurs comédiens étrangers résidant dans le pays se réunissent au cours d’une soirée pour enchaîner de nombreuses blagues éprouvées sur leur vie en Tchéquie, sur les situations drôles et absurdes qu’ils y ont vécues et les décalages inévitables qui se produisent avec leurs pays d’origine. L’Irlandais Luke Ryan, l’Écossais Grant Gallacher et l’Américain Brian Lennon, trois comédiens qui participent au show depuis plusieurs années au show, nous parlent de son succès.
Luke Ryan, qui a impulsé le projet, revient sur sa création :
« Je fais de la comédie à Prague depuis longtemps. Au fil du temps, j’ai ajouté de plus en plus de blagues à ce qui était initialement un sketch de trois à quatre minutes consacré à ma vie d’étranger en Tchéquie. J’ai remarqué que de nombreux autres comédiens faisaient de même. Ces blagues n’étaient bien sûr jamais offensantes, le but n’est pas de blesser les Tchèques, mais plutôt de montrer à quel point ce pays est culturellement différent des nôtres d’une façon très belle et étrange à la fois. De nombreux Tchèques viennent d’ailleurs assister au spectacle et l’adorent. En voyant tous ces comédiens faire ces blagues autour du même sujet, je me suis dit que monter un grand spectacle tous ensemble pourrait être une bonne idée. »
L’idée a fait son chemin, les comédiens ont organisé leurs premiers spectacles ensemble, le tout avec un succès conséquent. Un succès qui, selon Brian Lennon, s’explique en partie par le type d’humour qu’ils emploient.
« Une des choses que l’on finit par saisir après avoir fait de la comédie pendant plusieurs années, c’est que les gens adorent écouter ce que l’on pense d’eux, de leur pays et de leur culture. C’est pour ça que Luke a eu une très bonne idée avec son spectacle. Cela nous permet de nous épancher quelque peu sur les choses que l’on trouve ici étranges et incroyables, mais d’une manière inclusive et dans un esprit bon enfant. C’est un bon exutoire pour nous et les gens trouvent toujours cela drôle. »
Les blagues des stand-uppers ne s’arrêtent cependant pas seulement aux gentilles remarques sur le pays et ses étranges habitudes. Ils aiment pousser le bouchon un peu plus loin, une chose possible car les Tchèques ont un humour assez noir. Brian Lennon :
« Cela nous rend assez libres en tant que comédiens. Je suis totalement d’accord avec Luke : quand on fait partie d’un petit pays entouré de plus grandes nations, on a tendance à se permettre plus de choses au niveau de l’humour. Mon pays, les États-Unis, se permet cependant lui aussi beaucoup à ce niveau-là malgré sa taille ! L’humour devient en quelque sorte un mécanisme de défense. C’est extrêmement libérateur pour un comédien d’avoir une audience qui accepte de vous accompagner dans ces franges plus sombres de l’humour. Je pense que cela se reflète assez bien dans la langue tchèque. Le groupe Some Like It Czeck, qui produit des films tchèques pour les étrangers, fait généralement appel à une personnalité pour introduire les films. Il y a quelques semaines, j’ai eu l’honneur de le faire, et j’ai parlé des différences entre les langues. En anglais, nous avons l’expression ‘barking at the wrong tree’ - littéralement ‘aboyer contre le mauvais arbre’ -, ce qui signifie faire fausse route, se tromper, là où, en tchèque, on emploie l’expression ‘pleurer sur la mauvaise tombe’. On voit bien, à travers cet exemple, à quel point la langue tchèque est plus sombre ! Brian a une blague où il parle de la première fois où il a entendu de l’allemand à un arrêt de bus en Tchéquie. C’est une blague très noire, mais quand arrive la chute, la tension se libère d’un coup. Cette blague a toujours fonctionné ici parce que les Tchèques connaissent leur histoire et celles des nations autour. Le rire a alors un effet cathartique, ce qui est particulièrement appréciable pour un comédien. »
Les Tchèques ne sont cependant pas les seuls à rire aux blagues des comédiens. Grant Gallacher se souvient avoir joué devant des spectateurs de multiples nationalités :
« Généralement, le public est très diversifié, il n’y a pas seulement des Tchèques et des anglophones natifs. Nous avons déjà fait des représentations où il était difficile de trouver des Tchèques dans le public. Les gens venaient des pays Baltes ou d’Allemagne. Bien sûr, de nombreux Tchèques et anglophones viennent nous voir, mais en réalité, tout immigré peut également assister au spectacle et trouver amusant ce qui nous faire rire en Tchéquie. Des gens issus de différents pays viennent nous voir. »
Une diversité du public qui s’explique aussi par la grande accessibilité du show :
« Ma copine, qui n’avait alors pas un très bon niveau d’anglais, est venue voir le spectacle il y a trois ans. Et elle me parle jusqu’à aujourd’hui des blagues que Luke a faites ce jour-là. Je pense que c’est important de souligner que les gens n’ont pas besoin d’avoir un niveau d’anglais exceptionnel pour apprécier, il suffit d’avoir un niveau décent. »
Prochain objectif : gagner sa vie avec des spectacles en tchèque
Un anglais accessible, donc, des sketchs qui parlent à tous et des comédiens expérimentés, voilà peut-être la recette miracle du succès. Cependant, loin de se reposer sur leurs lauriers, les humoristes travaillent déjà à de nouveaux concepts pour renouveler le spectacle et conquérir un public plus large encore. Brian Lennon surtout, mais aussi Luke Ryan, nous expliquent ainsi se tourner vers la comédie en langue tchèque. Luke Ryan nous explique ce que cela pourrait représenter pour le spectacle :
« J’ai déjà fait quelques sketchs en tchèque, entre cinq et dix minutes, mais jamais un spectacle entier. L’idée de faire tout le spectacle en tchèque m’est déjà venue à l’esprit, mais même si ce serait intéressant, cela demande un énorme effort. Bryan aurait alors plutôt le rôle principal, car il est celui qui a le plus l’habitude de jouer en tchèque. Nous irons en mars à Brno, où nous aurons deux spectacles le même jour. Nous réfléchissons à faire le spectacle principal en anglais et un autre pour une audience plus restreinte en tchèque. Ce serait une expérience intéressante et probablement très amusante. Entendre des étrangers parler tchèque amuse toujours les Tchèques. Et pour nous, ce serait un bon défi ! »
Brian Lennon, quant à lui, fort de ses nombreux spectacles en tchèque, incluant notamment une participation à l’émission « La Tchéquie et la Slovaquie ont un incroyable talent », compte poursuivre sa carrière dans la langue du brave soldat Švejk :
« Je vais continuer autant que possible à faire des sketchs en tchèque, car on a réellement la possibilité de gagner sa vie en le faisant dans cette langue en Tchéquie. C’est mon objectif principal. Bien évidemment, j’adore aussi jouer en anglais et je n’arrêterai jamais de faire des sketchs en anglais. Mais j’espère que d’ici deux ans, je serai capable de réellement faire de l’humour mon métier en me produisant en tchèque. »
Si vous souhaitez assister au spectacle « Czechmates ! Comedy show », rendez-vous le 21 mars au théâtre Divadlo Dobeška à Prague. Des dates sont également prévues à Hradec Králové, en Bohême de l’Est, et à Brno, en Moravie.






