80 ans depuis la mort à Bergen-Belsen de Josef Čapek, artiste, écrivain et inventeur du mot "robot"
Le peintre et écrivain Josef Čapek est mort à 58 ans au début du mois d’avril 1945 (selon certaines sources, le 10 avril) dans le camp de concentration nazi de Bergen-Belsen, emporté par le typhus.
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Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels des essais comme Le Pèlerin boiteux, le roman L’Ombre de la fougère, ou encore le livre pour enfants Histoires de Chien et de Chat, qu’il a écrit et illustré pour sa fille Alena. Son œuvre fut cependant bien plus vaste : il fut également journaliste, dramaturge, scénographe, critique et théoricien d’art. Il a longtemps collaboré avec son frère cadet, Karel Čapek, écrivain et dramaturge de renommée internationale, pour lequel il a notamment inventé le mot « robot » utilisé pour la première fois dans la pièce R.U.R.
Zdeněk Vacek, directeur du mémorial Čapek :
« Le mot robot n'a pas été inventé par Karel Čapek, il lui a été suggéré par le peintre Josef Čapek, son frère aîné. Josef travaillait à son chevalet lorsque Karel lui a parlé du sujet de sa nouvelle pièce de théâtre. Il ne savait cependant pas encore comment appeler ces nouveaux êtres artificiels dans sa pièce. Il lui est venu à l'idée de les appeler 'labors' mais ce mot ne le satisfaisait pas tout à fait. Et Josef lui a suggéré le mot robot, dérivé du mot roboty, le mot désignant les corvées datant du féodalisme. Il faut rappeler aussi que les deux frères avaient écrit deux ans avant le texte intitulé System, en 1918, qui posaient les bases de la pièce R.U.R. »
Josef Čapek est né le 23 mars 1887 à Hronov, dans la famille d’un médecin de campagne. Après des études à l’école de tissage de Vrchlabí, il fréquente à partir de 1910 l’école des arts décoratifs de Prague (UMPRUM). Très vite, il commence à exposer et à éditer des revues artistiques. Il travaille à Paris et, avec son frère Karel, découvre les paysages méditerranéens. Il s’inspire également des beautés de l’Espagne, puis voyage en Allemagne et en Union soviétique.
En 1919, Josef épouse son amour de longue date, Jarmila. Le couple s’installe d’abord avec Karel dans l’appartement familial, puis dans une maison du quartier pragois de Vinohrady, avec jardin partagé.
C’est là que se réunissait chaque vendredi le cercle des « vendredistes » (pátečníci), qui rassemblait des figures culturelles et politiques de la Première République tchécoslovaque, comme Tomáš Garrigue Masaryk, Edvard Beneš, Ferdinand Peroutka, Eduard Bass, Karel Poláček ou Vladislav Vančura.
Partisan de l’expressionnisme et du cubisme, Josef Čapek fut membre du Groupe des artistes plastiques et de l’association Mánes. Avec son frère, il coécrit entre autres les récits Les profondeurs rayonnantes, Le Jardin de Krakonoš, ainsi que les pièces de théâtre De la vie des insectes et Adam, créateur.
Il est aussi l’un des fondateurs du groupe artistique des « Têtus » (Tvrdošíjní). Il est connu aussi pour ses dessins pour enfants, aux couleurs pastel, exprimant la joie et l’insouciance de l’enfance. Mais il exprime également un fort sentiment social, dans des œuvres représentant les marges urbaines et humaines.
Opération Albrecht : arrêté par la gestapo à la campagne
À partir de 1921, il devient également rédacteur du quotidien Lidové noviny. Il s’intéresse aux valeurs, aux grandes questions du sens de l’existence, et à la compréhension du monde. Il alterne les formes littéraires : essais, récits lyriques, réflexions philosophiques. Il mène ses lecteurs à travers des dialogues critiques, leur laissant toujours le libre arbitre.
Face à la montée du danger hitlérien, Čapek répond par des caricatures du fascisme, qui culminent dans ses séries Feu (Oheň) et Désir (Touha). C’est en raison de ses activités antifascistes qu’il est arrêté dès le premier jour de la guerre, le 1er septembre 1939. La Gestapo vient le chercher à Želiv, dans la région de Pelhřimov, où il louait un logement d’été. Des amis l’avaient pourtant averti et lui avaient proposé une aide pour fuir, sans succès.
L’écrivain Vladimír Doležal avait évoqué les circonstances de l’arrestation de Josef Čapek qui est une des premières victimes des représailles organisées par les nazis contre les intellectuels tchèques dans le pays occupé :
« Le 1er septembre 1939 au matin commence l’opération Albrecht. C’est une action commune des services secrets allemands et de la gestapo. Les Allemands procèdent à l’arrestation de plusieurs centaines d’intellectuels, prêtres catholiques, membres de l’association gymnastique Sokol et d’anciens membres des légions tchécoslovaques. Ce jour-là Josef Čapek participe avec ses amis, le député Karel Moudrý, l’historien Jan Slavík et autres, à une chasse à la caille. Lors de la chasse, la gestapo arrête Karel Moudrý puis, sur le chemin de retour, Josef Čapek est aussi arrêté. Il est d’abord transporté à la prison de Pankrác à Prague puis il est déporté au camp de concentration de Dachau où il retrouve son ami Karel Moudrý. »
Josef Čapek sera transféré de camp en camp par les nazis : Dachau, Buchenwald, Sachsenhausen, Berlin, et enfin Bergen-Belsen. Même prisonnier, il parvient à écrire des poèmes (Básně z koncentračního tabora). Il travaille dans un atelier de calligraphie, où il est contraint de dessiner des armoiries et arbres généalogiques décoratifs pour les SS.
Dernier témoignage de sa survie : il est vu vivant le 4 avril 1945, alors qu’une épidémie de typhus éclate dans le camp. Il meurt dans les jours qui suivent. Lors de la libération de Bergen-Belsen, le 15 avril, il ne fait plus partie des vivants. Ses restes reposent quelque part dans une fosse commune. Sa tombe symbolique se trouve au cimetière Slavín des personnalités du pays dans l’enceinte de Vyšehrad, à Prague. « Ici reposerait Josef Čapek » est-il écrit sur sa tombe, sa dépouille n’ayant pu être retrouvée.
La tombe de son frère Karel, mort juste avant la guerre, se trouve dans ce même cimetière.
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