Deux partis tchèques représentés à un meeting de l’extrême-droite européenne en France
Ce lundi, le Rassemblement national organisait en France un grand meeting avec ses alliés européens, dont Andrej Babiš (ANO) et Robert Šlachta (Přísaha). À Mormant-sur-Vernisson, petit village du Loiret, le Rassemblement national de Jordan Bardella a organisé un meeting un an après les élections européennes, qui ont abouti à la création d’un nouveau groupe au Parlement européen, nommé Patriotes pour l’Europe.
Trois formations politiques tchèques font partie de ce groupe d’extrême-droite formé l’année dernière : ANO, dont le chef est l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, le mouvement Přísaha (Serment) dirigé par l’ancien officier de police Robert Šlachta et Motoristé (Automobilistes) dirigé par Filip Turek.
Peut-être à cause de la réputation trop sulfureuse de ce dernier, seuls les deux premiers étaient présents au meeting de ce lundi et la veille sur la photo officielle prise lors d’une rencontre organisée à Fontainebleau.
Parmi les dirigeants de partis étrangers invités figuraient également, entre autres, le chef du parti espagnol Vox Santiago Abascal, Matteo Salvini d’Italie et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, présenté comme la tête d’affiche tant par les hôtes que les médias français.
Dans une Europe de nouveau meurtrie par la guerre, la première référence à l’Ukraine dans la déclaration commune publiée dimanche soir est faite dans le cadre du sixième point pour « rejeter l’escalade de la guerre et l’envoi de troupes en Ukraine, qui conduirait à une extension et une généralisation du conflit actuel aux frontières de l’Europe, généré par la Russie avec l’invasion du territoire ukrainien ».
Plus loin, les leaders d’extrême-droite « soulignent que l’adhésion de l’Ukraine à l’UE poserait des problèmes majeurs aux conséquences imprévisibles, notamment en ce qui concerne l’agriculture, la sécurité alimentaire, le marché du travail et la sécurité des États membres ».
« Immigration et défense de l'identité, diktats de Bruxelles »
« Et nous au Vlaams Belang on dit clairement aux étrangers : vous vous adaptez ou vous partez ! », a scandé dimanche le président du parti flamand, Tom Van Grieken, sous les applaudissements de la foule dimanche midi, avant la prise de parole du Premier ministre tchèque Andrej Babiš, car c’est aussi et avant tout de l’immigration dont il a été question ce lundi dans le Loiret. « Immigration, défense de l’identité, lutte contre les diktats de Bruxelles, démographie… Avec nos alliés européens des Patriotes pour l’Europe (…) nous poursuivons un objectif commun : bâtir l’Europe des Nations pour défendre les peuples ! », affirme le Rassemblement national sur les réseaux sociaux.
Pour celui qui caracole en tête des sondages en vue des prochaines législatives tchèques, ces alliés de l’extrême-droite européenne sont de nouveaux partenaires, sa formation ANO ayant fait partie du groupe Renew jusqu’à l’année dernière, aux côtés des eurodéputés du parti d’Emmanuel Macron.
Andrej Babiš avait d’ailleurs obtenu du président français une rencontre - critiquée à l’époque - pendant la campagne pour l’élection présidentielle qu’il a perdue face à Petr Pavel.
Aujourd’hui, le chef de l’opposition tchèque est résolument dans un autre camp politique, ce que rappelait le politologue Jacques Rupnik sur nos ondes l’année passée :
« Au départ, Babiš représentait ce que j'appelais le populisme entrepreneurial, c'est à dire un peu le modèle Berlusconi : un entrepreneur qui réussit dans les affaires, qui rachète des médias et qui ensuite se lance dans la politique et devient un entrepreneur politique. Donc c'est une sorte de populisme ni droite ni gauche et comme le voulait la formule de Babiš : un État, ça doit se gérer comme une entreprise. Donc ça c'est le populisme entrepreneurial et puis on a vu au fil des années le glissement de Babiš vers le national-populisme, vers quelque chose qui ressemble à ce que préconise Orban. D'ailleurs Orban est venu soutenir sa campagne il y a deux ans, ils ont fait campagne ensemble en République tchèque. »
« Il y a donc ce rapprochement sur le thème national, anti migration pour soi-disant protéger l'Europe et puis il y a maintenant aussi ce thème des ‘candidats de la paix’, c'est-à-dire ceux qui cherchent un compromis avec Moscou. »
Divergences sur l’attitude à adopter avec Moscou ou non, les observateurs auront noté que l’une des grandes absentes de ce meeting de l’extrême-droite européenne n’était autre que Georgia Meloni, cheffe du gouvernement italien.
Force est de constater qu’il faudrait plus d’un épisode de la série à succès Parlement (et la pédagogie d’Eamon) pour décortiquer les alliances et mésalliances des partis d’extrême-droite au niveau européen : la formation de Giorgia Meloni siège en effet dans le même groupe (CRE) que Marion Maréchal-Le Pen et que l’ODS du Premier ministre tchèque Petr Fiala, tandis que le SPD tchèque (ancien allié du RN de Marine Le Pen) siège dans le même groupe (ENS) que Sarah Knafo (élue, comme Marion Maréchal, sur la liste du parti Reconquête d'Eric Zemmour).