Revue de presse : Jan Hus, Jakub Hrůša, Vltava, sondages et châtiments corporels

La prêche de Maître Jan Hus

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse aux différentes interprétations données à Jan Hus, prêtre et théologien universitaire, dans l’histoire tchèque. D’autres sujets sont également au menu : Jakub Hrůša, prochainement à la tête de la Philharmonie tchèque ; les défis liés aux prochaines élections législatives ; le surtourisme nautique sur la Vltava ; et une nouvelle approche à l’égard des châtiments physiques.

Hussitisme et manipulation politique de l'histoire

« Jan Hus est un exemple typique de la manipulation politique de l’histoire. » Tel est le titre percutant d’un texte publié en lien avec la fête de Jan Hus, célébrée le 6 juillet, dans le journal en ligne echo24.cz. Son auteur trouve paradoxal que les Tchèques, en tant que nation hautement sécularisée, célèbrent comme l’un des plus grands Tchèques un prêtre catholique ayant œuvré pour la réforme de l’Église :

« Mais les fêtes, tout comme les monuments, en disent plus sur nous-mêmes que sur le passé. Nous érigeons des monuments à notre propre image, ou plutôt à nos valeurs, et nous cherchons dans le passé des arguments pour leur donner plus de poids. Ainsi, nous ne célébrons pas en Jan Hus un prêtre catholique, mais un révolutionnaire progressiste qui, en tant que Tchèque, a lutté contre les Allemands pour les idéaux de liberté et d’humanisme. C’est ainsi qu’il avait été dépeint, d’abord lors du Réveil national, puis par l’historien František Palacký et l’écrivain Alois Jirásek. Le premier président tchécoslovaque, T. G. Masaryk, quant à lui, a fait de Hus le plus grand combattant tchèque pour la démocratie. Les événements de la Deuxième Guerre mondiale ont ensuite renforcé dans les mémoires le courage personnel de Hus et son sacrifice pour une grande idée ».

Le chroniqueur se souvient que les communistes avaient un problème avec Jan Hus, car ils n’arrivaient pas à accepter l’image d’un martyr religieux. Ils ont pourtant fini par reprendre l’interprétation de Masaryk, renforçant le sens social de Hus et faisant de lui un « premier prolétaire ». Tout cela a été couronné par la Constitution de 1948, qui fait directement référence au hussitisme.

« Mais au fond, notre société a besoin de tels mythes historiques, car ils peuvent avoir un énorme potentiel justificatif et mobilisateur. Ce sont précisément les mythes historiques qui disent simplement à une nation qui elle est et où elle va », conclut-il.

Jakub Hrůša à la tête de la Philharmonie tchèque

« Pour la première fois depuis les années 1990, la Philharmonie tchèque ne sera pas dirigée par un sexagénaire ou un septuagénaire » : c’est par ces mots que le site Seznam Zprávy salue le fait qu’à partir de l’automne 2028, Jakub Hrůša, alors âgé de 48 ans, en deviendra le chef d’orchestre principal, lui qui est actuellement « le chef d’orchestre tchèque le plus connu au monde » :

Jakub Hrůša avec la Philharmonie tchèque | Photo: Petra Hajská,  Philharmonie tchèque

« Membre honoraire de l’Académie royale de musique britannique, il prendra en septembre les fonctions prestigieuses de directeur musical du Royal Opera House de Covent Garden à Londres. Il remporte des prix prestigieux tels que le Gramophone Award ou l’Opus Klassik du chef d’orchestre de l’année. Il est régulièrement invité à collaborer avec les ensembles les plus respectés, notamment les orchestres philharmoniques de Berlin et de Vienne ou, cette année, l’Orchestre symphonique de Chicago et l’Orchestre philharmonique de New York. Depuis 2016, Jakub Hrůša est chef d’orchestre principal de l’Orchestre symphonique de Bamberg en Bavière, où il est sous contrat jusqu’en 2029. Il vit cependant à Londres. »

Le chroniqueur rappelle également que la Philharmonie tchèque, dont Jakub Hrůša prendra les rênes dans trois ans, a entamé son retour parmi les meilleurs orchestres du monde en 2012, lorsque Jiří Bělohlávek en a pris la direction, mettant fin à une période difficile marquée par toutes sortes de problèmes.

Les intentions de vote : un grand défi pour les partis démocratiques

À trois mois des élections législatives, l’éditorialiste du journal en ligne Forum24.cz constate que le parti d’extrême droite SPD de Tomio Okamura s’est solidement établi à la troisième place dans les sondages, la première place étant encore plus fermement occupée par le mouvement ANO d’Andrej Babiš. Compte tenu des préférences dont sont crédités les autres partis extrémistes et nationalistes, au moins la moitié des électeurs voteraient, selon lui, contre le système actuel de démocratie libérale et la politique étrangère pro-européenne :

Des sympathisants du parti SPD | Photo:  Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Ces électeurs souhaitent soit un système de gouvernement complètement différent de celui offert par la démocratie parlementaire actuelle, soit au moins un gouvernement dirigé par un leader fort. En outre, le SPD leur propose de mettre fin à l’aide à l’Ukraine, d’améliorer les relations avec la Russie et de quitter l’UE et l’OTAN », explique-t-il, avant de prévenir que les partis démocratiques vont traverser une période difficile :

« Inutile de se demander qui est responsable de cette situation ou de chercher une réponse à la question de savoir s’il s’agit d’un rejet de la mondialisation, comme on l’observe dans tout le monde occidental, ou de l’échec de nos élites démocratiques. En tout état de cause, les forces démocratiques devront réagir rapidement pour éviter que le résultat des élections ne les décime, comme la victoire de Donald Trump l’a fait avec le Parti démocrate aux États-Unis. Leur responsabilité sera alors grande, d’autant plus que les règles démocratiques ne sont pas aussi solidement ancrées dans notre société que dans les pays occidentaux, et que le pays est en outre menacé par l’agressivité russe. »

L’éditorialiste souligne que tous les partis pro-occidentaux devraient donc mettre de côté leurs intérêts partisans et faire tout leur possible pour que la Tchéquie ne rejoigne pas le groupe des régimes autoritaires et pro-russes d’Europe de l’Est, qui souhaitent une Union européenne affaiblie.

Le « surtourisme » nautique sur la Vltava

Le chroniqueur du site info.cz s’intéresse à ce qu’il appelle le « surtourisme nautique » sur la Vltava, qui a un effet dévastateur surtout sur les environs de la rivière :

Des bateaux sur la Vltava | Photo: Petr Lundák,  MF DNES,  LN/Profimedia

« Des images de la Vltava totalement encombrée, où l’on ne voit presque plus l’eau à cause du nombre de bateaux, apparaissent régulièrement, notamment pendant les deux jours fériés de la première semaine de juillet. Cela concerne en premier lieu la partie de la rivière située en Bohême du Sud. Mais cette année, le tsunami de fréquentation de la rivière a commencé à culminer beaucoup plus tôt. »

La première raison en est le manque d’eau dans la grande majorité des rivières tchèques : la Vltava est pratiquement la seule où il est encore possible de naviguer sans trop de problèmes. Dès la seconde moitié du mois de juin, elle connaît donc un afflux de « surtourisme » comparable à celui de Venise, Rome, Český Krumlov et d’autres destinations populaires.

Comme dans ces autres lieux, la question revient chaque année : comment empêcher la création sur la Vltava d’un « Disneyland nautique », qui n’a plus rien à voir avec un moment de détente dans la nature ou des loisirs sportifs ?

Inacceptable au travail, une gifle tolérée à la maison

« Plus de 40 % des personnes quitteraient leur emploi ou envisageraient de démissionner si leur supérieur leur donnait une gifle. Mais cette pratique est acceptable, voire considérée comme nécessaire, dans de nombreuses familles. »

Photo illustrative: Freya Spargo,  Flickr,  CC BY 2.0

C’est ce que rapporte un texte publié sur le site de l’hebdomadaire Respekt, qui s’appuie sur de nouvelles données de la clinique psychiatrique de la Première Faculté de médecine de l’Université Charles. Ces données montrent que la moitié des personnes interrogées soutiennent le droit des parents de punir physiquement leurs enfants.

On pourrait alors penser que les avertissements répétés des experts — selon lesquels les coups réguliers infligés aux enfants augmentent le risque de dépression, d’anxiété, de symptômes post-traumatiques ou de comportement agressif — restent lettre morte. Mais ce n’est pas le cas :

« Le Sénat s’apprête à examiner un amendement au Code civil qui ajoutera à la formulation existante — selon laquelle les moyens éducatifs ne doivent pas porter atteinte à la dignité de l’enfant — que cela concerne précisément les châtiments corporels, les souffrances mentales ou toute autre mesure humiliante. »

Si les sénateurs approuvent cette modification la semaine prochaine, aucun nouveau délit ne sera créé, et les parents ne risqueront donc aucune sanction en cas d'infraction. Cela constituera néanmoins un signal clair, indiquant que notre société a franchi une nouvelle étape.