Le Musée du communisme de Prague : une histoire entre rêve, réalité et cauchemar
Situé en plein cœur de Prague, à deux pas de la place de la République, le Musée du communisme retrace, depuis désormais près de vingt-cinq ans, l’histoire du communisme en Tchécoslovaquie, depuis le coup de Prague en 1948 jusqu’à la révolution de Velours en 1989. Reportage dans un lieu qui, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas un attrape-touristes.
Fondé par l’homme d’affaires américain Glenn Spicker et le designer tchèque Jan Kaplan au début des années 2000, le Musée du communisme est à ce jour l’unique musée en Tchéquie consacré à l’histoire du communisme dans l’ancienne Tchécoslovaquie.
Afin de comprendre l’avènement au pouvoir du Parti communiste en Tchécoslovaquie, il faut remonter à la libération de Prague par l’armée soviétique en 1945. L’idéologie communiste se diffuse alors progressivement dans la société tchécoslovaque avant de devenir l’idéologie d’État après le coup de Prague en février 1948, une prise de contrôle du pouvoir qui hisse à la tête du pays, quelques mois plus tard, Klement Gottwald, premier président de la Tchécoslovaquie communiste.
L’exposition du musée s’amorce ainsi par une partie consacrée au « rêve » promis par l’idéologie communiste au profit des Tchécoslovaques et de la Tchécoslovaquie. Toutefois la « réalité », qui constitue le deuxième volet de la visite, rattrape rapidement le pays et les aspirations de sa population. Un régime autoritaire est, en effet, instauré. Toute pensée divergente est proscrite et scrupuleusement traquée par la StB, la police secrète à la merci de l’autorité politique. La propagande, longuement abordée dans le musée, constitue également une autre caractéristique majeure du régime, comme le relève cette jeune visiteuse française :
« Quelque chose m’a marquée : il y avait beaucoup de propagande par le régime communiste en Tchécoslovaquie, le peuple n’était pas au courant de certaines réalités. L’industrie a largement été mise en avant pour s’enrichir mais ni l’environnement, ni la santé des êtres humains n’étaient pris en compte. L’exploitation de la terre au profit d’une minorité de la population m’a choquée. À l’origine, je pense que les idées communistes visent à l’égalité, à l’accès aux besoins primaires de tout le monde. En réalité, certaines personnes instrumentalisent ces idées dans leur propre intérêt. Il est donc triste de voir la tournure que cela a pris pendant les quarante années de cette dictature. »
Cette expérience du régime communiste se transforme effectivement en un véritable « cauchemar », comme l’explique le dernier volet de l’exposition. Les procès politiques et les camps de travail se multiplient, en dépit d’une brève tentative de libéralisation portée par le premier secrétaire du Parti, Alexander Dubček, en 1968.
La visite du musée se conclut avec la révolution de Velours et la chute du régime communiste en novembre 1989, puis l’accession à la présidence du dissident Václav Havel.
Le musée expose l’ensemble de ces évènements à travers des écrits, des photographies d’archives, des documents historiques, des installations - telles que la reproduction d’une épicerie socialiste, une salle de classe soviétique ou encore un cinéma - et des témoignages de personnes ayant vécu à Prague sous le régime communiste.
« On peut voir différents volets de la vie, que ce soit la manière de s’habiller, le sport, la culture, le quotidien, la valorisation du travail, donc tous les pans de la société et de l’économie », remarque ainsi la visiteuse française que nous avons rencontrée ce jour-là.
Le musée présente, en effet, divers versants de la vie sous le communisme, l’objectif étant, pour les jeunes et les moins jeunes, de mieux comprendre cette période difficile, et encore douloureuse, de l’histoire de la Tchéquie mais également, d’une grande partie de l’Europe.