A Prague, un monument en mémoire des victimes de la fusillade du 21 décembre 2023
A Prague, les noms des 14 victimes de la fusillade du 21 décembre 2023 survenue à l’Université Charles sont désormais rappelés sur un monument installé en face du bâtiment de la Faculté des Lettres. Cette plaque, faite à la demande des familles en deuil, se trouve à côté d’une sculpture commémorative en pierre de trois mètres de haut déjà érigée en souvenir des morts et des blessés en juin 2024.
Les familles endeuillées, des étudiants, des universitaires et de simples habitants de Prague, se sont réunis il y a une dizaine de jours sur la place Jan Palach afin de rendre hommage aux victimes de la fusillade la plus meurtrière jamais survenue en Tchéquie. Le 21 décembre 2023 un jeune étudiant ouvrait le feu au sein de la Faculté des lettres de l’Université Charles causant la mort de 14 personnes, en grande partie des étudiants, mais aussi du personnel enseignant, et blessant 25 autres personnes dans sa folie meurtrière.
Désormais les noms des 14 victimes sont donc gravés dans la pierre, en face de leur alma mater : en effet, à la lecture des dates de naissance, on prend conscience que la plupart des victimes, nées aux alentour de 2002 ou 2003, étaient de jeunes gens qui commençaient à peine leur vie d’adulte.
La rectrice de l’Université Charles, Milena Králíčková, a déclaré à Radio Prague Int. que cette tragédie avait laissé des traces durables et que l’université avait commencé à donner la priorité à la formation à la sécurité des étudiants et du personnel. Interrogé un an plus tard, David Vichnar, enseignant à la Faculté des Lettres au département d’études anglophones, qui s’était retrouvé coincé dans un ascenceur au moment du drame avant de pouvoir s’en sortir, fort heureusement indemne, avait témoigné du soutien apporté par son université après le drame :
« Je considère le soutien et l’accompagnement de la direction comme suffisant. Une intervention thérapeutique gratuite nous a été proposée à l’époque, que ce soit en présentiel ou en ligne. La session d’examens d’hiver a été annulée pour donner aux gens du temps. Et le bâtiment principal de la faculté est resté fermé jusqu’à la mi-février. Je tiens également à souligner les initiatives positives des associations étudiantes. Le 4 janvier, soit deux semaines après la tragédie, un événement intitulé ‘Des câlins pour la faculté’ a été organisé. Et le 21 janvier, soit un mois après la tragédie, s’est déroulée la réouverture partielle du rez-de-chaussée et du premier étage du bâtiment. Pas à pas, cela nous a permis de revenir sur le lieu du drame, de commencer à nous réconcilier avec cet espace et d’entamer un long processus de guérison. »
Une législation relative aux armes très libérale
La tragédie a également ouvert un débat sur la législation tchèque relative aux armes à feu, une des plus libérales au monde. En effet, depuis 2023, la Tchéquie est un des quatre pays au monde, aux côtés des Etats-Unis, du Honduras et du Yémen, à avoir inscrit le droit de porter des armes dans sa constitution. Près de 317 000 personnes sont officiellement détentrices d’un permis de port d’armes dans le pays.
Neuf mois après la fusillade, David Vichnar et plusieurs autres personnes liées à la faculté avaient lancé une initiative citoyenne appelant à renforcer la législation sur le port d’armes. En décembre 2024, le Parlement tchèque avait finalement renforcé le contrôle des armes à feu en adoptant un amendement obligeant les armuriers et les stands de tir à signaler les clients suspects, prélude à une refonte massive de la législation sur les armes à feu qui entrera en vigueur l’année prochaine. Toutefois, ces quelques avancées ne sont pas considérées comme suffisantes par de nombreux observateurs, pas plus que par les membres de cette initiative qui critiquaient notamment l’accès quasi libre aux armes semi-automatiques ou aux silencieux.
Le 21 décembre 2025, deux ans se seront écoulés depuis la tragédie : une date qui ira de pair avec une cérémonie du souvenir qui pourra désormais se dérouler face aux noms des victimes.
