Avec le SPD et les Automobilistes, Andrej Babiš prêt à s’allier avec deux partis très eurosceptiques
La victoire aux élections législatives, samedi 4 octobre, du mouvement ANO, affilié aux Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, s’est accompagnée de la défaite du camp libéral et proeuropéen, et d’un gouvernement qui avait fait du soutien à l’Ukraine une priorité.
Alors que les premières négociations postélectorales laissent à penser qu’ANO et son leader Andrej Babiš sont prêts à s’allier avec deux partis très eurosceptiques pour former une coalition majoritaire, la question se pose de savoir ce qu’il pourrait advenir de la politique du prochain gouvernement tchèque en matière d’affaires étrangères.
Lundi, devant les médias réunis au Château de Prague, et après avoir achevé la série de consultations avec les chefs des huit partis qui seront représentés à la prochaine Chambre des députés, le président de la République, Petr Pavel, n’a guère laissé planer de doute quant à la composition du prochain gouvernement : si les pourparlers entre les trois groupes aboutissent - ce qui n’est pas encore une certitude -, c’est bien une coalition tripartite ANO-SPD-Automobilistes (« Motoristé » en tchèque) qui, très probablement, dirigera le pays dans un proche avenir.
Avec un total de 108 députés, l’union de ces trois forces permettrait au gouvernement de disposer d’une confortable majorité à la Chambre basse du Parlement. Une perspective qu’Andrej Babiš, probable futur Premier ministre, a lui-même confirmée :
« Cette majorité à 108 avec le SPD et les Automobilistes est la seule solution que j’envisage et je garantis que je serai un Premier ministre fort, que je ne me laisserai pas imposer quoi que ce soit et que nous ne trahirons jamais ce que que nous avons promis. »
Avec la participation du SPD (Liberté et Démocratie directe), affilié au groupe d’extrême droite de l’Europe des nations souveraines au Parlement européen, et des Automobilistes, dont le président d’honneur, Filip Turek, a, lui, rejoint les rangs des Patriotes pour l’Europe, Andrej Babis ferait alliance avec deux formations dont l’euroscepticisme est une des principales composantes du programme.
Après le gouvernement proeuropéen et pro-Ukraine dirigé depuis 2021 par Petr Fiala, cette coopération pourrait ainsi remettre en cause, comme l’explique par exemple le quotidien Hospodářské noviny dans son édition de ce mardi, « l’appartenance à l’Occident de la Tchéquie, son affinité avec l’Union européenne et l’OTAN, son soutien à l’Ukraine agressée et à la démocratie libérale en tant que telle ».
Dans un entretien accordé lundi à la Télévision tchèque, Filip Turek, candidat au poste de chef de la diplomatie, a rappelé quelles étaient les priorités des Automobilies en matière de politique européenne :
« Pour nous, le programme a toujours été absolument essentiel, ce qui signifie que le rejet du pacte migratoire est une condition préalable à notre participation au gouvernement, tout comme le rejet du SEQE-UE 2 (Système d’échange de quotas d’émission de l’UE - phase 2) ou encore celui de toutes les politiques autour du Pacte vert européen. Mais ce n’est pas là quelque chose de nouveau. C’est ce que nous avons déclaré avant les élections et nous ne faisons que nous y tenir. Nous avons donc une idée très claire de la nécessité de respecter les principaux points de notre programme. »
Malgré cette ligne dure, les Automobilistes, à la différence du SPD, ne sont toutefois pas favorables à l’organisation d’un référendum qui porterait sur la sortie de la Tchéquie de l’UE et de l’OTAN, deux organisations considérées comme une garantie pour la sécurité du pays par une très large majorité tant de la classe politique que de la population tchèques.
Bien que souvent présenté par les médias étrangers comme un possible « Robert Fico tchèque » ou un « Viktor Orban tchèque », en référence à ses possibles futurs homologues slovaque et hongrois, Andrej Babiš lui-même, partisan d’une approche très pragmatique en la matière, n’entend certainement pas mener une politique susceptible de remettre en cause les nombreux avantages, notamment financiers, que tire la Tchéquie - et Andrej Babiš lui-même à travers son groupe Agrofert - de son appartenance à l’UE.
Plus incertaine, en revanche, est la suite qui pourrait être donnée au soutien à l’Ukraine, et plus particulièrement à l’initiative pour les munitions. Une initiative souvent critiquée par Andrej Babiš durant la campagne électorale, le chef d’ANO - même s'il n'envisage pas, par exemple, de boycotter les sanctions contre la Russie - souhaitant s’intéresser de plus près au mode de fonctionnement de cette plateforme de financement de munitions pour l’Ukraine.
Lundi, toutefois, le président Petr Pavel, à l’origine de cette initiative et qui n’entend faire aucun cadeau à son adversaire lors du deuxième tour de l’élection présidentielle il y a deux ans, a déclaré qu’en réduisant ou en abandonnant le projet, la Tchéquie porterait atteinte d’abord à ses propres intérêts sur la scène internationale.






