Possible nouveau gouvernement tchèque : une semaine de négociations et déjà de vives contestations
Un peu plus d’une semaine après la tenue des élections législatives, les négociations entre le mouvement ANO, net vainqueur du scrutin, le SPD et les Automobilistes, deux formations d’extrême droite, se poursuivent pour la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale. Mais diverses controverses menacent déjà sa viabilité.
« Un nazi aux affaires étrangères, un ancien agent de la StB (la police secrète sous l’ancien régime communiste) à la culture et un climatosceptique à l’environnement. (Voici) le gouvernement d’experts d’Andrej Babiš. » Tel est le contenu du message que le ministre sortant des Affaires étrangères, Jan Lipavský, a publié sur les réseaux sociaux dimanche, deux jours après qu’ANO, le SPD et les Automobilistes (« Motoristé » en tchèque) ont annoncé être parvenus à un terrain d’entente pour la répartition des différents ministères.
Dans ce nouveau cabinet dont Andrej Babiš occuperait de nouveau les fonctions de Premier ministre, comme cela a déjà été le cas entre 2017 et 2021, le mouvement centriste et populiste ANO disposerait de huit sièges (finances, industrie, santé, travail, éducation, intérieur, développement régional et justice), tandis que le SPD et les Automobilistes, deux partis eurosceptiques, auraient la responsabilité de respectivement trois et quatre portefeuilles (défense, agriculture et transports pour les premiers - affaires étrangères, culture, environnement et sports pour les seconds).
Si le SPD envisage de confier leur direction à des experts, ce n’est pas le cas, en revanche, des Automobilistes. Et c’est ainsi que Petr Macinka, leader d’une formation opposée à toutes les initiatives proposées dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, est pressenti pour occuper les fonctions de ministre de l’Environnement, tandis que son président d’honneur, Filip Turek, se verrait confier celles de chef de la diplomatie, et le musicien Oto Klempíř, ancien agent de la StB sous le régime communiste, celles de ministre de la Culture.
Aussitôt cette annonce, une vingtaine d’organisations écologistes, ainsi que plusieurs centaines de personnalités issues des milieux de la recherche et de l’enseignement supérieur, ont critiqué ce choix et adressé une lettre ouverte au probable futur Premier ministre Andrej Babiš pour lui demander de revenir dessus. Un choix que Greenpeace, affirmant ne pas comprendre que la direction du ministère de l’Environnement puisse être confiée à un parti opposé aux énergies renouvelables et favorable à la poursuite de l’exploitation des combustibles fossiles, a qualifié également de « mépris de l’intérêt public ».
Plus retentissant encore, vendredi toujours, le quotidien libéral Deník N, spécialisé dans le journalisme d’investigation, a publié un article, captures d’écran à l’appui, selon lequel Filip Turek, déjà soupçonné d’être un adorateur du régime nazi, aurait, par le passé, publié différents contenus sexistes, homophobes, racistes ou antisémites sur les réseaux sociaux, messages qu’il aurait ensuite fait supprimer.
Si l’intéressé s’est empressé de rejeter ces accusations, affirmant qu’il s’agissait là d'une « tentative éhontée de [le] discréditer », Andrej Babiš considère l’affaire comme suffisamment « grave » pour avoir demandé des explications à Filip Turek et à Petr Macinka.
Une réunion entre les trois hommes devait se tenir ce lundi après-midi (après publication de cet article), alors que, comme dans le cas du SPD, Andrej Babiš a déclaré qu’il serait préférable que les Automobilistes confient la direction des ministères dont ils auront la charge à des experts plutôt qu’à des membres du parti. Une recommandation que le leader des Automobilistes, invité de la Télévision tchèque, a toutefois balayée d’un revers de la main dimanche, affirmant que Filip Turek restait le candidat des Automobilistes pour les fonctions de chef de la diplomatie.
En attendant de voir ce qu’il ressortira de cette réunion, ce lundi, alors qu’il s’exprimait dans le cadre de la conférence internationale Forum 2000 qui se tient à Prague ces jours-ci, le président de la République, Petr Pavel, qui sera chargé de nommer le nouveau gouvernement une fois celui-ci formé, a déclaré que si les informations concernant les propos haineux tenus par Filip Turek étaient confirmées, cela constituerait « un problème majeur ».
De même, alors qu’au moins deux pétitions ont déjà été lancées et signées par plusieurs dizaines de milliers de personnes, la plateforme RomanoNet, qui regroupe dix-huit organisations roms et pro-roms actives dans le pays, a appelé Andrej Babiš à ne pas proposer Filip Turek au poste de ministre des Affaires étrangères, estimant qu’une telle nomination serait « moralement et politiquement indéfendable ».