Věra Fichant : « Dans le sud de la France, je me suis enfin sentie accueillie »

Věra Fichant

Née à Litomyšl d’un père pasteur proche, dans sa jeunesse, du président T. G. Masaryk, Věra Fichant n’avait pas le profil politique qui plaisait aux communistes. Refusée dans une école d’art, elle travaille comme couturière pour se réorienter enfin vers la géophysique. Sa jeunesse a été jalonnée de nombreux bouleversements. Après l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, Věra sombre dans la dépression et ses parents l’envoient en France, avant que les frontières ne se referment définitivement. À Paris, elle rencontre son futur mari, mais décide d’abord de rentrer dans son pays natal avant de prendre la décision finale de déménager en France. C’est dans la petite ville provençale de Meyrargues que Věra Fichant a trouvé sa mission : servir de lien entre Tchèques et Français, entre les deux pays et les deux cultures. Présidente de l’Association Amitié Franco-Tchèque, elle rassemble ses compatriotes autour de la « školička » (ou « petite école »), et d’autres activités créatives. Věra Fichant a par ailleurs fondé, il y a plus de trente ans, le Théâtre Divadlo, spécialisé dans les marionnettes et devenu un lieu incontournable de la vie culturelle marseillaise.

Dans l’entretien disponible en audio ci-dessus, Věra Fichant se souvient, entre autres, de l’éducation franco-tchèque de ses trois enfants à une époque où le bilinguisme était encore un domaine inexploré. Elle évoque sa vie dans la région de Marseille, où elle est installée depuis 1976, ainsi que les séjours de sa famille française à Brno, étroitement surveillés par la police communiste.

Extrait :

« Je suis partie en France suite à l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968. J’étais en Slovaquie à ce moment-là, pour faire un stage de fin d’études de géophysique. Presque tous les membres de ma famille étaient en vacances à l’étranger, profitant de l’ouverture des frontières à l’époque du Printemps de Prague. Il n’y avait que ma sœur qui n’était pas partie. Je me suis rendue chez elle, en autostop. J’ai croisé des chars soviétiques et j’ai vu des choses terribles. Suite à cela, je suis tombée en dépression. Mes parents m’ont poussée à partir en France, tant que les frontières étaient encore ouvertes. J’ai été accueillie par leurs amis à Montpelier. C’était une famille franco-tchèque de missionnaires qui avait vécu auparavant au Cameroun. Ils m’ont remonté le moral. Je gardais des enfants dans plusieurs familles et grâce à l’une d’entre-elles j’ai pris contact avec l’Institut de géophysique de Paris où j’ai finalement été embauchée et où j’ai rencontré Pierre. »

« Mais la situation politique en Tchécoslovaquie s’est détériorée et j’ai reçu, tout comme les autres Tchèques qui séjournaient légalement ou illégalement, un ultimatum de la part des autorités communistes : j’avais un mois pour rentrer, sinon, je ne pourrais plus revenir. »

aucun résultat trouvé