À 53 ans, le « philosophe » Jaromír Jágr n’en a toujours pas assez du hockey

Jaromír Jágr

En participant aux deux derniers matchs de son club, Kladno, dans l’Extraliga, le championnat d’élite tchèque de hockey sur glace, Jaromír Jágr a entamé, à 53 ans, une 38e saison comme joueur professionnel. Mardi soir, à Prague, un des plus grands sportifs tchèques de l’histoire a également présenté une nouvelle biographie « JÁ68 » (« MOI68 ») qui, selon lui, est « plus qu’un simple livre de sport ».

« Jágr ? C’est une légende ! Une légende mondiale, tout le monde le connaît, à lui seul il remplit les patinoires partout dans le pays. De par sa carrière, son expérience, vraiment c’est quelqu’un qui a marqué le hockey mondial, et il continue de le marquer à travers sa longévité. Il joue toujours... Franchement, c’est beau ce qu’il fait, chapeau ! »

Cet hommage au meilleur hockeyeur tchèque de l’histoire, c’est Jordann Perret, l’attaquant international français de Hradec Králové, club de Bohême de l’Est dont il défend toujours les couleurs, qui l’avait rendu... au début de la saison 2023-2024.

Une saison dont on pensait alors, à tort comme souvent, qu’il s’agirait de la dernière d’une longue carrière entamée en 1988, à l’âge de 16 ans, dans un championnat qui était encore celui de la Tchécoslovaquie, avec son club formateur de Kladno.

Mais, trente-sept ans plus tard, l’inusable Jaromír Jágr est toujours bel et bien là, fidèle au poste, et, surtout, toujours aussi amoureux du plus rapide des sports collectifs. Et dimanche dernier, après la victoire de Hradec Králové aux dépens précisément de Kladno (4-1), Jordann Perret aurait probablement prononcé des mots identiques s’il lui avait fallu rendre un nouvel hommage à celui que beaucoup considèrent, après le coureur à pied Emil Zátopek, comme le deuxième plus grand sportif tchèque de l’histoire.

Jaromír Jágr devant la cage de Vítkovice | Photo: Michal Beránek,  CNC/Profimedia

C’est toutefois deux jours plus tôt, vendredi dernier, donc, devant quelque 3 000 supporters de Kladno, à l’occasion d’une victoire (3-1) contre Vítkovice, le club de Moravie-Silésie où évolue un autre Français, le défenseur Yohann Auvit, que l’ancien champion olympique de Nagano en 1998, double champion du monde aussi avec la Tchéquie ou encore double vainqueur de la coupe Stanley, trophée remis à l’équipe championne de la NHL, la prestigieuse ligue nord-américaine, a effectué son grand retour à la compétition. Et, ainsi, entamé, à 53 ans, sa 38e saison professionnelle.

Une saison que l’on se gardera évidemment bien, cette fois, de présenter comme sa dernière. Mardi, lors de la présentation à Prague d’une nouvelle biographie intitulée « JÁ68 » (« MOI68 ») - le numéro qu’il a porté tout au long de sa carrière en hommage à l’opposition de sa famille à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie lors de l’écrasement du Printemps de Prague en 1968 -, Jaromír Jágr a expliqué que si sa « retraite sportive » approchait inexorablement, il n’entendait cependant pas encore raccrocher les patins :

Jaromír Jágr | Photo: Kateřina Šulová,  ČTK

« Le plus difficile est de s’adapter à l’évolution du jeu. Je dis toujours que si vous voulez réussir et persévérer longtemps dans une activité, quelle qu’elle soit, vous devez vous comporter comme un caméléon. Comme le monde dans lequel nous vivons, le hockey aussi change très vite. Le jeu pratiqué aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a dix ans. Même si j’aime toujours autant m’entraîner, le plus grand défi pour moi est donc de rester capable de m’adapter à ce style moderne. Les buts que je marquais dans les années 1990, je ne les marquerais plus aujourd’hui, car les gardiens ont tiré les leçons de leurs erreurs et se sont améliorés, donc moi aussi je dois encore m’améliorer et m’adapter à eux. »

Jaromír Jágr a entamé,  à 53 ans,  sa 38e saison professionnelle | Photo: Michal Kamaryt,  ČTK

Conscient d’être une source d’inspiration pour de nombreux Tchèques, et pas seulement dans le domaine du sport, l’attaquant « philosophe » aux multiples records affirme prendre ce que le jeu et la vie continuent de lui offrir, « jour après jour » sans trop se poser de questions. Converti au christiannisme orthodoxe lors des trois saisons qu’il a passées à Osmk, dans le sud de la Sibérie, au début des années 2000, Jágr, par ailleurs peu bavard et très discret dans les médias, estime que cette nouvelle biographie, dont la publication marque l’aboutissement de treize années de travail, est bien plus qu’un ouvrage retraçant l’ensemble de sa carrière :

Jaromír Jágr | Photo: Pavel Mazáč,  CNC/Profimedia

« Ce livre ne traite pas uniquement de sport. Je pense même qu’il montre qu’il y a des choses bien plus importantes dans la vie que le sport. Et bien sûr, me concernant, il y a aussi ce lien entre la foi et le sport. Si vous voulez rester au sommet le plus longtemps possible, vous devez essayer de trouver différentes voies, des atouts que personne d’autre n’a trouvés. Cette foi m’a aidé et accompagné tout au long de ma carrière. »

Et après avoir vendu, en janvier dernier, 80 % des parts du club des Chevaliers de Kladno, dont il était propriétaire depuis plusieurs années, Jaromír Jágr affirme avoir désormais l’esprit plus libre peut-être que jamais, prêt à donner ce qu’il lui reste de santé et d’énergie à ce jeu, le hockey, qui lui a tant donné à lui aussi.