Alena Parthonnaud Krutová : « Dans le train Prague-Paris, je cachais mon passeport français dans mon chignon »

Alena Parthonnaud Krutová

« Je n’oublierai jamais les contrôles douaniers lors du trajet en train entre Prague et Paris », confie la musicologue Alena Parthonnaud Krutová dans le podcast Destins d’émigrées. Elle est issue d’une famille franco-tchèque : son père était Vladislav Kruta, éminent physiologiste tchèque persécuté pour avoir signé, en 1968, le fameux manifeste des Deux mille mots. Depuis 1957, sa mère française l’emmenait régulièrement en vacances chez sa grand-mère à Saumur. Alena est née à Prague, mais elle a passé toute sa jeunesse à Brno, où elle a également étudié la musicologie. En 1978, un séjour d’études lui permet finalement de s’installer à Paris, à l’instar de son frère aîné Venceslas Kruta, archéologue et grand spécialiste des Celtes, tandis que leurs parents restent en Tchécoslovaquie. Alena Parthonnaud Krutová se souvient de ses débuts en France, où malgré ses origines françaises, elle se sentait comme une émigrée. Tout a changé pour Alena dans les années 1980, lorsqu’elle s’est épanouie professionnellement au sein de la Médiathèque musicale Mahler.

Extraits :

Alena Parthonnaud Krutová | Photo: archives personnelles

« Mon frère Venceslas est né à Saumur. Il avait un ami d’enfance qui, dans les années 1960 notamment, venait nous voir assez régulièrement à Noël. Il nous apportait des cadeaux surprises – des choses introuvables en Tchécoslovaquie, par exemple des disques de Brel, d’Aznavour, de Reggiani… Je me souviens d’un disque en particulier, c’était la vie de Mozart racontée par Gérard Philippe. Je crois que cela a influencé mon orientation musicale. Par ailleurs, ma mère qui est restée très attachée à la France et moi-même, nous avons assisté à un spectacle de Gérard Philippe à Brno, dans les années 1950 ! »

« En France, je n’ai pas observé de différences culturelles par rapport à la Tchécoslovaquie, mais plutôt des différences sociales. À mon arrivée, une chose m’a surprise : lorsque je parlais de la situation en Tchécoslovaquie et du régime totalitaire en place, les gens ne me croyaient pas ou alors ils trouvaient que ce que je racontais était exagéré. (…) Ce qui m’a marquée, c’était l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981 : j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la campagne présidentielle, les débats, la soirée électorale… J’habitais rue de Rivoli et quand j’ai vu cette foule de gens qui se sont dirigés vers la Bastille pour fêter la victoire du nouveau président, j’étais impressionnée ! C’était très surprenant pour quelqu’un qui venait d’un pays totalitaire. »

« Quand on arrive dans un nouveau pays, il faut faire ses preuves. Les rencontres sont importantes… Pour se sentir véritablement intégré, il faut créer son univers : trouver un travail et fonder une famille. »

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