Presse : le conflit d’intérêt d’Andrej Babiš au cœur des débats sur le futur gouvernement tchèque

Andrej Babiš et Petr Pavel

Cette nouvelle revue de presse se penche sur les démarches ainsi que sur les obstacles entourant la formation du futur gouvernement tchèque. Elle aborde également deux autres thèmes : la tolérance des électeurs tchèques face aux scandales touchant leurs partis favoris et la persistance des disparités régionales. Enfin, un dernier volet s’intéresse à la percée des gardiens de but tchèques dans la NHL.

« Le gouvernement ne sera pas formé de sitôt », titre un article mis en ligne sur le site Seznam Zprávy, suite à la rencontre de mercredi entre le président de la République Petr Pavel et le chef du mouvement ANO Andrej Babiš. Une rencontre qui était attendue comme décisive :

« Plus d’un mois après les élections législatives, le transfert du pouvoir s’est accéléré à la Chambre des députés et on se demandait si son point principal, la nomination du Premier ministre, puis de son gouvernement, allait être abordée. Une réponse à laquelle il faut répondre par la négative, car la  réunion n’a abouti à rien. Andrej Babiš parle du conflit d’intérêts lié au holding Agrofert dont il est propriétaire avec autant de mystère et de désinvolture qu’au début, comme s’il s’agissait d’une question insignifiante. Petr Pavel, quant à lui, peaufine ses arguments pour expliquer pourquoi celui-ci devrait dire ce qu’il compte faire à ce sujet et pourquoi il devrait le faire avant d’être nommé Premier ministre. Et le dire publiquement. Mais tant qu’Andrej Babiš ne prendra pas clairement position sur son conflit d’intérêts, le piétinement sur place se transformera en un jeu où l’on suivra qui sera le premier à perdre son sang-froid. »

L’éditorialiste de Seznam Zprávy estime que cela peut prendre du temps. Voilà pourquoi l’attente d’un nouveau gouvernement pourrait se prolonger jusqu’à l’année prochaine.

« Les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement se sont heurtées à un obstacle de taille. Il s’agit, de manière assez inattendue pour beaucoup, du président Petr Pavel », estime pour sa part l’auteur d’un article publié sur le site de l’hebdomadaire Respekt :

« Andrej Babiš a essuyé un refus catégorique mercredi. Le président Pavel lui a clairement fait savoir qu’il exigeait une déclaration publique sur la manière dont il comptait, en tant que futur Premier ministre, résoudre son conflit d’intérêts. En outre, Petr Pavel a également critiqué le futur gouvernement sur certains points spécifiques de son programme. De même, il a souligné qu’en tant que président, il devait respecter son serment de préserver la Constitution, et qu’il souhaite donc que la manière dont Andrej Babiš s’acquittera de ses obligations constitutionnelles et légales soit claire. »

Selon Respekt, il s’agit d’un geste politique très fort. Probablement le plus fort que Pavel ait fait jusqu’à présent. En effet, l’enjeu n’est rien de moins que la nomination du chef de gouvernement.

Électeurs tchèques : une indulgence persistante envers les scandales partisans

« Jouer dans un film porno est-il un problème en politique tchèque ? » Voilà la question soulevée par le quotidien Hospodářské noviny en lien avec la découverte et la diffusion de vidéos sur des sites pornographique dont le protagoniste n’est autre que le nouveau député Jindřich Rajchl  de la formation antisystème PRO affiliée au parti d’extrême droite SPD de Tomio Okamura :

Jindřich Rajchl | Photo: Ondřej Deml,  ČTK

« Il semblerait que cette affaire puisse nuire considérablement au député concerné. Un homme qui a bâti sa carrière politique sur la prétendue défense des valeurs conservatrices et sur l’agressivité verbale envers les manifestations publiques de sexualité les plus diverses, qualifiant par exemple la Prague Pride de défilé d’obscénité, d’obscurantisme et de perversion, mais qui s’expose lui-même publiquement sur des sites pornographiques. »

Mais le plus probable, selon l’éditorialiste du journal économique, c’est que cette affaire fortement médiatisée n’aura aucune incidence sur l’avenir politique de Rajchl :

«  Ces dernières années, nous observons un drôle de phénomène que l’on pourrait qualifier d’indifférence des électeurs face aux scandales impliquant des acteurs importants de la vie publique. Ce sont principalement les personnalités politiques les plus faibles qui paient le prix de leurs scandales. Le cas de la députée ANO Margita Balaštíková, dont la carrière politique a pris fin après qu’elle a commandité la mise à mort d’un chien appartenant à la petite amie de son ex-partenaire, en est un exemple marquant. Oui, il y a aussi des démissions importantes comme celles des ministres Gazdík et Blažek. Mais en réalité, les poids lourds de la politique, au niveau des chefs de parti, s’en sortent généralement sans encombre. Andrej Babiš et Tomio Okamura sont poursuivis en justice, mais cela n’a aucune incidence sur leur popularité. Petr Fiala a échappé à la justice avec l’affaire Kampelička, pendant que l’affaire Dozimetr n’a eu aucun impact sur les résultats électoraux du parti STAN. Alors pourquoi Rajchl ne s’en sortirait-il pas avec cette affaire de film porno ? »

« Les électeurs tchèques des deux côtés du spectre politique sont tout simplement tellement figés dans leurs préférences qu’ils pardonnent tout à leurs  représentants car, quels qu’ils soient, ceux-ci les protègent contre les autres, qui sont sans aucun doute des criminels dangereux », résume l’éditorialiste de Hospodářské noviny.

A quand la diminution des disparités régionales ?

En Tchéquie, il y a des endroits où la vie est nettement meilleure qu’ailleurs. Tandis que Prague, Brno et leurs environs prospèrent, le reste du pays est à la traîne. Le journal en ligne Forum24.cz explique que les différences sont liées au niveau d’éducation, à la fragmentation de l’administration municipale et à la rigidité du marché du travail. « Si les politiciens veulent que ce pays progresse, ils doivent s’efforcer de réduire les disparités régionales », souligne-t-il. Et de constater que le gouvernement démissionnaire de Petr Fiala ne les a pas réduites :

Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

« Certes, il a dû faire face à d’autres problèmes : la guerre en Ukraine a éclaté, le cabinet a hérité d’une inflation galopante, les prix de l’énergie ont grimpé en flèche. Mais tout cela a eu des répercussions beaucoup plus graves dans les régions pauvres. Si on y ajoute des soins de santé de moins en moins accessibles et de plus en plus coûteux, on comprend pourquoi Fiala a perdu. Les gens, comme on le sait, se soucient beaucoup moins de la politique étrangère que de leur vie personnelle, de leurs revenus et de ce qu’ils peuvent s’acheter, de leur logement, de leurs chances et de celles de leurs enfants. Autant de choses dont ils font l’expérience au quotidien et de manière très personnelle. »

« La situation va-t-elle changer avec Andrej Babiš ? », s’interroge le journal avant de rappeler que lorsque le chef du mouvement ANO était précédemment au pouvoir et se présentait alors comme un homme politique de gauche, il n’a rien fait pour les régions pauvres :

« Babiš a aidé les retraités, mais n’a pas contribué au développement des régions défavorisées. En cela, il ne diffère pas de Petr Fiala. On ne peut alors s’attendre à des démarches pertinentes de sa part. Rempli de promesses, le programme proposé par le gouvernement naissant ne donne pas beaucoup d’espoir. La situation va probablement se répéter, les différences régionales et micro-régionales vont continuer à s’accentuer. »

Ces gardiens de but de hockey tchèques qui brillent dans la NHL

« Le nombre de gardiens de but tchèques dans la NHL (Ligue nationale de hockey), est historiquement le plus élevé », rapporte le journal Deník N qui s’intéressée à ce boom jamais vu auparavant :

Le gardien de but des Canadiens de Montréal,  Jakub Dobeš | Photo: Yuki Iwamura,  ČTK/AP

« Au début de la saison actuelle, ils y étaient sept et, l’année dernière, ils étaient même neuf, ce qui est un nombre record. La forte tradition du patinage et l’approche de la Commission des gardiens de but de la Fédération tchèque de hockey jouent un rôle important dans cette évolution. Celle-ci s’efforce avant tout de former de bons entraîneurs, puis des gardiens de but. Et tout porte à croire que cette stratégie porte ses fruits. Le hockey tchèque ne cherche pas à ce que tous les gardiens jouent de la même manière, mais encourage au contraire le développement d’un style propre à chacun d’entre eux et, par conséquent, l’approche individuelle des entraîneurs. Grâce à cela, les gardiens tchèques sont variés, créatifs et adaptables, ce qui constitue l’un des principaux atouts de l’école tchèque de gardiens de but. Actuellement, seuls les Canadiens, les Américains et les Russes forment des gardiens plus performants. »

En revanche, comme l’indique le journal, le nombre de patineurs tchèques dans la NHL diminue progressivement. Cette saison, seuls treize d’entre eux y ont pris part, soit le nombre le plus faible depuis la naissance de la République tchèque.