Génocide de Srebrenica : plus de 30 ans après, les Tchèques examinent les objets personnels des victimes

À qui appartenaient les montres arrêtées, les boîtes à tabac, les portefeuilles et des centaines d’autres objets encore, parfois endommagés par des balles, qui ont été retrouvés à Srebrenica ? Une équipe d’archéologues de l’Université de Bohême occidentale à Plzeň (ZČU) essaie de trouver la réponse : en examinant ces vestiges de ce qui était alors le pire massacre de civils commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

Du 11 au 16 juillet 1995, plus de 8 000 hommes et garçons musulmans bosniaques de Srebrenica ont été tués par les combattants serbes qui venaient de s’emparer de cette ville de l’est de la Bosnie-Herzégovine.

Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)

« Des objets personnels avaient déjà été découverts par des anthropologues légistes dans des fosses communes à Srebrenica, et on en trouve encore aujourd’hui dans les forêts environnantes, par lesquelles des milliers de personnes ont tenté de fuir la mort », a expliqué Andrea Čandová, porte-parole de l’Université de Plzeň. Les archéologues de la Faculté des lettres viennent de rentrer de Bosnie.

Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)

En collaboration avec le Mémorial du génocide de Srebrenica à Potočari, dont les collections comptent des milliers d’objets personnels des victimes, ils procèdent à des analyses détaillées des vêtements, des chaussures, des documents, des articles d’hygiène et de divers petits objets encore retrouvés sur les lieux.

« Dans de nombreux cas, il est possible de relier ces objets à des personnes concrètes », a expliqué Pavel Vařeka, responsable des fouilles archéologiques.

Pavel Vařeka | Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)

« Nous nous sommes également intéressés à la vie quotidienne dans la ville assiégée de Srebrenica entre 1992 et 1995. Ces objets montrent eux aussi comment les gens ont survécu dans des conditions que la plupart des Européens ont aujourd’hui du mal à imaginer », a encore expliqué Pavel Vařeka.

Les archéologues de Plzeň documentent ces objets à l’aide de méthodes modernes, notamment par la numérisation en trois dimensions. L’objectif est non seulement de les analyser et de les préserver, mais aussi de les rendre prochainement accessibles au grand public. Les Tchèques travaillent donc, avec leurs collègues du Mémorial du génocide de Srebrenica, sur le projet d’un musée virtuel, dont les collections pourront être consultées par des personnes du monde entier. Les auteurs du projet affirment que grâce aux objets exposés, il sera également possible d’identifier les victimes encore anonymes.

Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)
Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)

Les recherches menées par les archéologues tchèques à Srebrenica s’inscrivent dans le cadre d’un projet à long terme intitulé « Zdivočelá země » (Terre sauvage). À partir des objets retrouvés, ce projet explore la manière dont les populations ont affronté les guerres, la violence et les répressions de masse tout au long du XXe siècle.

Auparavant, les chercheurs de l’Université de Bohême occidentale avaient déjà mis au jour, par exemple, un hôpital militaire de l’armée américaine qui a libéré Plzeň en mai 1945, ainsi que les vestiges de la collectivisation forcée des nomades par les Soviétiques au Kirghizistan et des goulags au Kazakhstan.

Photo: Université de Bohême occidentale à Plzeň  (ZČU)