Presse : l’anniversaire de l’attentat contre Heydrich ravive le débat sur l’esprit de résistance des Tchèques

La voiture d'Heydrich après de l’attentat

Cette nouvelle revue de presse revient sur l’attentat perpétré en mai 1942 contre le dignitaire nazi Reinhard Heydrich et, plus largement, sur plusieurs épisodes historiques où les Tchèques ont montré leur volonté de résister et de combattre. Egalement au sommaire : l’évolution des comportements sexuels en Tchéquie, la polémique suscitée par la rencontre des Allemands des Sudètes à Brno et les conséquences du réchauffement climatique sur le pays.

Jan Kubiš et Jozef Gabčík | Photo: VHÚ/Eduard Stehlík

« Les Tchèques ont prouvé à maintes reprises qu’il fallait résister à l’ennemi ». Voilà le titre d’un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny qui rappelle  l’opération Anthropoid du 27 mai 1942, lors de laquelle les parachutistes Josef Gabčík et Jan Kubiš ont attaqué le Reichsprotektor en Bohême-Moravie, Reinhard Heydrich, mort huit jours après, des suites de ses blessures. « Aucun membre de la résistance n’a réussi, pendant la guerre, à éliminer un dignitaire nazi aussi haut placé dans un pays occupé. Ces braves n’étaient pas seulement ces deux hommes, mais aussi quelque trente autres parachutistes envoyés depuis Londres, sans oublier les milliers de personnes qui se sont engagées dans la résistance au sein du Protectorat », écrit son auteur avant de poursuivre :

Photo: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

« Cet héroïsme contredit l’idée largement répandue selon laquelle, en tant que petite nation, nous ne devrions pas nous battre, mais seulement compter sur la protection d’une grande puissance, ou encore proclamer en masse notre désir de paix. Nos ancêtres ont pourtant montré à plusieurs reprises que le combat avait un sens et qu’ils étaient capables de le mener. Pour l’époque moderne, il faut rappeler le rôle des légionnaires, mais aussi les batailles victorieuses de l’armée tchécoslovaque pour la région de Cieszyn/Těšín et le tracé des nouvelles frontières du pays. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs dizaines de milliers de Tchécoslovaques ont rejoint les armées française, britannique et soviétique dans leur lutte contre l’Allemagne. Ils ont prouvé que nous étions une nation de bons soldats et de citoyens courageux. Les Tchèques ont également démontré leurs capacités militaires lors des missions menées à l’étranger après novembre 1989. »

L’éditorialiste de Hospodářské noviny estime que « l’attitude irresponsable de l’actuelle coalition gouvernementale sur la question de la défense de l’Etat bafoue ainsi l’héritage de ces soldats et citoyens courageux qui n’ont pas hésité à risquer leur vie dans la lutte pour la liberté ». Il est indispensable, selon lui, que l’armée et l’Etat tchèques tout entiers soient prêts à se défendre aux côtés de leurs alliés de l’OTAN. « Ce ne sont pas des déclarations qui arrêteront l’agresseur, mais uniquement une force dissuasive », souligne-t-il.

Le système de santé peu adapté à l’évolution des comportements sexuels

« En Tchéquie, les maladies sexuellement transmissibles atteignent des chiffres records », rapporte l’hebdomadaire Respekt qui donne quelques détails à ce sujet :

Photo: Marcello Casal JR/ABr,  Wikimedia Commons,  CC BY 3.0 BR

« Une vaste étude intitulée CzechSex révèle qu’en Tchéquie, les hommes et les femmes ont moins de relations sexuelles qu’auparavant, mais que les MST montent en flèche. Le nombre de cas de syphilis a augmenté de 60 % au cours des dix dernières années, celui de la gonorrhée de 85 %, tandis que les infections par le VIH ont atteint un niveau record l’année dernière, avec 293 cas recensés et une hausse de 9 %. Or, les hétérosexuels ne sont pas habitués à se faire dépister, car les infections sont souvent asymptomatiques, de sorte qu’elles sont souvent détectées par hasard. Chez les femmes, par exemple, elles le sont lors du dépistage obligatoire du VIH et de la syphilis pendant la grossesse. »

Comme les Tchèques ont une fréquence moindre des rapports sexuels qu’auparavant, la clé de l’augmentation des MST semble résider, d’après Respekt,  dans l’évolution des comportements sexuels :

Photo: amrothman,  Pixabay,  Pixabay License

« En Tchéquie, le nombre de célibataires augmente, mais cela ne veut pas dire  qu’ils ne sont pas sexuellement actifs. Ils peuvent donc avoir moins de rapports sexuels, mais avec un éventail plus large de partenaires. Les applications de rencontre jouent un rôle important à cet égard. D’après les données de l’étude CzechSex, les personnes qui se rencontrent en ligne ont davantage de partenaires sexuels, donc des relations plus risquées. Les applications permettent également de mettre en relation des personnes issues de milieux sociaux différents qui ne se seraient pas rencontrées autrement. »

En ce qui concerne le VIH, l’étude montre que la proportion de nouveaux cas détectés dans les populations homosexuelle et hétérosexuelle a commencé à s’équilibrer. L’une des raisons est la migration, notamment en provenance d’Ukraine, où l’infection est plus répandue dans la population. Et l’hebdomadaire Respekt de signaler : « Alors que le comportement de la population hétérosexuelle a changé ces dernières années, l’approche en matière de prévention et de santé sexuelle n’a pas suivi cette évolution. De même, le système de santé tchèque ne s’y est, pour l’instant, pas du tout adapté. »

Le congrès des Allemands des Sudètes à Brno face au tollé  du camp nationaliste

« Il n’est guère surprenant que la rencontre de l’Association des Allemands des Sudètes, organisée à la fin de la semaine dernière à Brno dans le cadre de l’initiative Meeting Brno placée sous le signe de la réconciliation, ait suscité des réactions et des commentaires aussi bien positifs que négatifs au sein de la société. Cet événement touche en effet, même indirectement, à certains des épisodes les plus douloureux de l’histoire millénaire des relations tchéco-allemandes » , peut-on lire dans un texte publié sur le site aktualne.cz qui explique :

Photo: Sabina Pavelková,  iROZHLAS.cz

« Dans un pays libre, un tel événement peut, et doit peut-être, susciter un débat aussi passionné que le dernier derby entre le Sparta et le Slavia. Pour une partie de la scène politique tchèque, notamment celle qui se complaît dans une rhétorique xénophobe et aux accents fascisants, ainsi que dans la nostalgie des symboles nazis, cette rencontre a naturellement servi de prétexte idéal pour souffler sur les braises du nationalisme, rouvrir de vieilles blessures et régler des comptes avec ses adversaires politiques. Aussi déplorable que cela soit, ce type de réaction s’inscrit désormais dans le climat social européen, nourri par les réseaux sociaux et les guerres culturelles. A l’inverse, il est tout aussi naturel qu’une partie du spectre politique et de la société civile, tournée vers un avenir européen commun, ait pris la défense de cette rencontre et de ses organisateurs. »

Ce qui est en revanche plus inhabituel, selon l’auteur de l’article, ce sont les efforts déployés avec frénésie par les partis de la coalition gouvernementale pour faire passer ce débat sur le terrain politique institutionnel. Il en veut pour preuve le fait que la Chambre des députés, en l’absence des élus de l’opposition, a adopté quelques jours avant la rencontre une résolution la condamnant. Pourtant, souligne-t-il, « la Tchéquie ne devrait pas aller à l’encontre des engagements internationaux qu’elle a pris en signant, en 1997, la Déclaration tchéco-allemande, qui concerne notamment directement les Allemands des Sudètes. »

La Tchéquie au temps du réchauffement climatique

Le rapport de cette année sur l’état du climat en Europe élaboré par le service européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale rappelle que le Vieux Continent est celui qui se réchauffe le plus rapidement. « Qu’en est-il de la Tchéquie ? », s’interroge un article publié sur le site Seznam Zprávy avant de donner quelques explications :

Photo illustrative: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Si, en Europe, c’est aux Svalbard que le réchauffement est le plus rapide et, inversement, c’est dans le sud-ouest du continent qu’il est le plus lent, la Tchéquie se situe quelque part entre un rythme moyen et supérieur à la moyenne. Si l’on examine le réchauffement depuis la période 1850-1900, elle affiche pratiquement la même valeur que la moyenne européenne. Cela signifie également que depuis le début de la révolution industrielle, le pays s’est réchauffé presque deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Et même si nous vivons sur un continent qui, avec l’Amérique du Nord, est le moins vulnérable aux effets du changement climatique, nous nous éloignons le plus rapidement de notre climat d’origine. »

En Tchéquie, on le ressent clairement ces dernières années, par exemple lors des vagues de chaleur estivales, des hivers chauds et peu enneigés ou encore avec l’arrivée précoce du printemps. » Toutefois, contrairement aux pays en développement, nous disposons de meilleures possibilités d’adaptation grâce à une économie plus avancée. De plus, la nature même du climat de la zone tempérée nous aide », conclut Seznam Zprávy d’un ton optimiste.