La « ligne des pruniers », un voyage en train au cœur du Massif central de Bohême

La ligne des pruniers traverse les paysages romantiques du Massif central de Bohême. En arrière-plan se dresse le château de Házmburk.

Entre Litoměřice et Most, dans le nord-ouest de la Tchéquie, une petite ligne de chemin de fer de 44 kilomètres serpente à travers les monts volcaniques du Massif central de Bohême. Joliment surnommée la Švestková dráha, soit la « ligne des pruniers », en référence aux nombreux vergers qui bordent la ligne de chemin de fer, elle est devenue une destination en soi. Le temps d’une journée, il est ainsi possible de découvrir une région à la croisée de la nature, du patrimoine et de l’innovation ferroviaire.

Litoměřice | Photo: Martina Schneibergová,  Radio Prague Int.

Pour arriver à sa destination finale qu’est la ville de Most, entièrement rasée puis remodelée à l’époque communiste, le voyageur partira de Litoměřice, l’une des plus belles villes historiques de Bohême à l’architecture préservée à travers les âges même les plus récents : située à une heure et quelque de route de Prague, elle a connu ses heures de gloire en étant une cité épiscopale, mais aussi grâce à la culture de la vigne locale, et globalement, par sa situation en plein cœur de la région qu’est le « verger de la Bohême » environnant.

Dès le top départ de cette cité à ne pas manquer, le paysage change. Les plaines fertiles laissent rapidement place à une succession de sortes de mamelons, vestiges d’une ancienne activité volcanique qui a façonné cette région il y a des millions d’années. Aujourd’hui protégés, ces reliefs sont un lieu idéal pour les randonneurs et les cyclistes, mais aussi pour les voyageurs qui préfèrent prendre leur temps et descendre du train au gré de leurs envies.

Le train historique sur la ligne reliant les collines de Raná et d'Oblík | Photo: Archives d’AŽD
Le château de Házmburk | Photo: Institut national du patrimoine,  NPÚ

Impossible de manquer le château de Házmburk, dont les deux tours blanches s’élèvent de leur colline et dominent l’horizon. Dressée sur un piton volcanique, cette forteresse du XIIIe siècle est l’un des symboles du Massif central de Bohême, visible d’à peu près partout où que vous soyez. Après une courte montée, la récompense est à la hauteur de l’effort : un panorama spectaculaire sur les vallées, les villages et les collines qui s’étendent jusqu’aux monts Métallifères (Krušné hory).

Třebenice | Photo: Miloš Hlávka,  Wikimedia Commons,  public domain

Quelques kilomètres plus loin, le train s’arrête à Třebenice. Cette petite ville abrite le Musée du grenat tchèque, consacré à cette pierre précieuse à la couleur rouge sombre qui fait la renommée de la Bohême depuis des temps immémoriaux, puisque les premières traces de son commerce remontent à la préhistoire, même si c’est au Moyen Age qu’il est devenu le symbole des pays tchèques. Portée à la surface de la terre par l’activité volcanique, il n’est donc pas étonnant que cette pierre soit liée à cette région : l’exposition retrace son extraction, son travail et son utilisation dans la joaillerie, encore très prisée aujourd’hui.

La vue depuis les ruines du château de Košťálov | Photo: Bohumil Šimčík,  Radio Prague Int.

Depuis Třebenice, il est possible de grimper au sommet de Košťálov ou d’Oltářík, deux collines couronnées de ruines médiévales qui semblent tout droit sorties d’un film de fantasy.

La petite commune de Třebívlice attire, quant à elle, les amateurs de vin, notamment lors des vendanges. Son château propose une exposition permanente dédiée à une de ses propriétaires de renom : Ulrike von Levetzow, la fameuse jeune fille dont Goethe tomba amoureux à 72 ans révolus, mais qui n’avait nulle envie de se marier, et encore moins à 17 ans avec un homme qui aurait pu être son grand-père. Devenue adulte et restée célibataire, elle a habité les lieux jusqu’à sa mort à l’âge de 95 ans.

Les Soleils de pierre | Photo: Stanislava Brádlová,  ČRo

La commune de Bělušice, elle, est un excellent point de départ pour les cyclistes en quête d’itinéraires paisibles, loin de la foule. Et puis il y a aussi ces lieux que l’on ne découvre souvent que grâce au train : les « Soleils de pierre », ces étonnantes formations géologiques datant du Tertiaire ou encore la réserve naturelle de Písečný vrch.

Le conducteur de train conduit des rames sur la ligne ferroviaire régionale la plus moderne et la plus sûre d'Europe | Photo: Petr Lukeš,  Radio Prague Int.

Mais la ligne de chemin de fer « des pruniers » ne se contente pas de faire remonter dans le passé grâce à la découverte du patrimoine local. Depuis plusieurs années, elle est aussi tournée vers l’avenir. Exploitée par l’entreprise tchèque AŽD, spécialisée dans les technologies ferroviaires, la ligne sert de laboratoire pour les systèmes de signalisation et de surveillance de nouvelle génération et pour des trains autonomes capables de circuler avec un minimum d’intervention humaine. Les essais réalisés ici pour le compte d’une vingtaine de pays pourraient contribuer à façonner le chemin de fer du futur.

Cinq sites à découvrir le long de la « ligne des pruniers »

Le château de Házmburk : une mystérieuse forteresse en ruine qui offre un panorama exceptionnel.
Le château de Třebívlice : avec le musée consacré à Ulrike von Levetzow, dernier amour de Goethe, et le Musée du grenat tchèque.
Le mont Lovoš : l’un des plus beaux sommets du Massif central de Bohême.
La vallée d’Opárno : un écrin de nature idéal pour la randonnée et le cyclisme.
Le lac de Most : un ancien site minier reconverti en destination prisée pour la baignade, les sports nautiques et la détente.