Il y a 720 ans, l’assassinat de Venceslas III mettait fin à la première dynastie royale tchèque
Le 7 août 1306, le roi Venceslas III était assassiné à Olomouc. Il avait alors 17 ans et était le dernier descendant masculin de la famille des Přemyslides. Ainsi sa mort marque l’extinction de la dynastie qui avait régné pendant plus de 5 siècles, pendant lesquels les Přemyslides avaient donné naissance au royaume de Bohême, en avaient consolidé le pouvoir et posé les fondements des institutions qui ont façonné l’Europe centrale. Cette fin tragique a profondément bouleversé le cours de l’histoire tchèque.
Les Přemyslides forment la toute première dynastie royale tchèque, et ses origines remontent au début du Moyen Age. D’après la légende, elle aurait alors été fondée par Přemysl le laboureur, un villageois appelé sur le trône. Au cours des siècles, les Přemyslides donnent à la Bohême un noyau solide, font de Prague un centre politique, fondent des villes, contribuent au développement du commerce et étendent progressivement leur territoire.
C’est le règne de Venceslas II (1271-1305) qui marque l’apogée de la puissance de la dynastie. En effet, celui-ci réussit à unir les royaumes tchèque et polonais. Ainsi naît en Europe centrale un vaste ensemble d’Etats peuplé majoritairement de slaves.
Venceslas III : un jeune roi dans une Europe agitée
Après Venceslas II, c’est son fils Venceslas III qui monte sur le trône, et ce alors qu’il n’a que 15 ans. Il hérite non seulement d’un large territoire, mais aussi de dettes, de tensions politiques et de bon nombre d’ennemis. Pour régner, Venceslas III s’appuie sur des conseillers expérimentés, parmi lesquels non seulement des nobles, mais aussi des bourgeois et des abbés cisterciens. Son mariage avec Viola Elisabeth, fille d’un duc de Silésie, est une décision stratégique visant à renforcer l’influence des Přemyslides dans la région qui correspond aujourd’hui au sud de la Pologne.
La campagne de Pologne et la noblesse réticente
Pendant l’été 1306, Venceslas III convoque les gardes mobiles régionales de Bohême et de Moravie à Olomouc. De là, il était prévu qu’elles partent pour la Pologne, pour y rétablir la suprématie des Přemyslides, menacée par Ladislas le Bref, rival de longue date de la dynastie.
Mais la campagne se complique dès le début. La noblesse se rassemble lentement et à contrecœur.
Et ce pour une raison toute simple : la garde mobile est coûteuse. Les nobles devaient financer leurs troupes armées par leurs propres moyens, ce qu’ils faisaient volontiers lorsqu’il s’agissait de défendre le pays ou lorsqu’ils pouvaient espérer un butin. Mais dans ce cas, c’est en Pologne qu’ils doivent combattre, et aucun butin important n’est à prévoir. La campagne sert donc avant tout les intérêts politiques du souverain, ce qui ne séduit guère les seigneurs tchèques.
La tension monte entre le roi et la noblesse. Venceslas III tient à ce que les nobles prennent eux-mêmes en charge les dépenses, ce qui leur plaît d’autant moins qu’ils ont connu la prospérité sous Venceslas II. A Olomouc, l’ambiance est donc tendue, empreinte de méfiance et de conflits tacites.
Un assassinat et la fin du règne d’une dynastie
Le 4 août 1306, Venceslas III est assassiné à Olomouci. On ignore toujours qui était à l’origine de cet assassinat. Les théories sont nombreuses, impliquant des rivaux politiques, des puissances étrangères ou encore des intrigues au sein de la noblesse tchèque. Une seule chose est sûre : avec Venceslas III, la lignée masculine des Přemyslides s’éteint.
Le roi de 17 ans est enterré dans la cathédrale Saint-Venceslas d’Olomouc. Plus tard, sa dépouille sera transférée au monastère de Zbraslav, non loin de Prague. Venceslas III n’ayant qu’une fille née hors mariage, c’est le mari de sa sœur Anna, Henri de Goritz, qui lui succède.
La fin de la lignée masculine des Přemyslides est donc synonyme de fin de la première dynastie royale tchèque. La famille qui avait fondé l'Etat, consolidé son pouvoir et mis en place des institutions solides, disparaît brutalement de la tête du pays. Le royaume de Bohême traverse ensuite une période d’incertitude qui ouvre la voie à l’avènement de la maison de Luxembourg puis au règne de Charles IV, l’un des souverains européens les plus importants.
« Přemyslovci » : une exposition sur les Přemyslides au Musée national
En ce moment, et jusqu’à la mi-octobre 2026, le Musée national propose une exposition sur les Přemyslides. Dans la bâtiment historique du musée, les visiteurs peuvent découvrir la première dynastie royale tchèque et son époque sous un angle nouveau : non pas comme une simple liste de noms de souverains et de dates, mais comme le récit vivant d’une famille où se mêlent ambitions de pouvoir, guerres, vie de cour et évolutions de la vie spirituelle au Moyen Age.
Parmi les pièces exposées, on citera des découvertes archéologiques rares, des armes et des bijoux, ainsi que des objets liés à la vie quotidienne à la cour royale.




