Face à la pénurie chronique de main-d’œuvre, des travailleurs philippins toujours plus nombreux en Tchéquie
Parmi les ressortissants de pays tiers de l’Union européenne, les Philippins font partie, ces dernières années, des travailleurs étrangers les plus recherchés en République tchèque. Une tendance que confirme l’évolution des chiffres, et ce, malgré l’investissement relativement important que représente leur embauche pour les entreprises.
La volonté déclarée, depuis déjà quelque temps, des autorités tchèques tend à se réaliser : le nombre de ressortissants philippins travaillant en République tchèque augmente régulièrement. À la fin du mois de mars, selon les données de l’agence nationale pour l’emploi, leur nombre s’élevait à près de 15 000. Soit une augmentation de 42 % en glissement annuel et un total qui a plus que doublé en l’espace d’un peu moins de deux ans.
Cette tendance devrait continuer à se renforcer, le ministre du Travail, Aleš Juchelka, ayant fait savoir qu’il avait discuté avec l’ambassadeur des Philippines à Prague du renforcement d’une coopération qu’il a qualifiée d’« excellente ».
Pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre à laquelle restent confrontées de nombreuses entreprises et secteurs d’activité, la République tchèque souhaite attirer du personnel non seulement dans les domaines de l’industrie, du bâtiment, de la logistique, mais aussi notamment de la santé et des services sociaux.
Pour les employeurs tchèques, embaucher des ressortissants philippins représente pourtant à la fois un investissement et un risque. Selon la réglementation très stricte de l’État philippin, sensible au départ de cette main-d’œuvre très demandée partout dans le monde en raison de sa discipline, de sa capacité d’adaptation ou encore de sa pratique de l’anglais, c’est en effet aux entreprises les accueillant qu’il appartient de prendre en charge le billet d’avion, le logement ainsi que les différents autres frais découlant du séjour de ces travailleurs migrants. De même, ces travailleurs Philippins peuvent facilement changer d’emploi. Selon, cette fois, la réglementation européenne, ils ne sont tenus de rester que six mois chez leur premier employeur en Europe.
« Nous avons des exemples de ce cas de figure : chez un employeur, par exemple, 100 personnes sont parties », expliquait ainsi, dans un entretien accordé récemment à la Radio tchèque, Jana Míčková Sladká, de GrapeCare, une société qui met en relation des entreprises tchèques avec des employés philippins depuis plus de dix ans. Majoritairement toutefois, toujours selon elle, les Philippins partent en bien plus petit nombre. Selon une analyse réalisée l’année dernière par le ministère du Travail, environ 10 % d’entre eux changent d’emploi peu après leur arrivée en République tchèque, le plus souvent en raison de meilleures conditions financières qui leur sont proposées ailleurs.
« Ce comportement s’explique aussi souvent par le fait que les travailleurs Philippins viennent en République tchèque pour occuper des emplois qui ne sont pas très attractifs en termes de salaire ou qui sont physiquement exigeants. Mais une fois qu’ils ont pris leurs repères dans leur pays d’accueil, ils se rendent compte qu’ils peuvent trouver de meilleures conditions ou exercer un métier moins pénible dans une autre entreprise », précise Martin Jánský, de l’Association des professionnels des ressources humaines.
Par ailleurs, toujours plus nombreux sont ceux à venir en République tchèque grâce dans le cadre du programme « Employé qualifié » du ministère de l’Industrie et du Commerce. Selon ce dernier, près de 4 800 Philippins sont ainsi arrivés en 2025, suivis de 4 000 autres entre janvier et juin cette année.
Pour les entreprises intéressées elles aussi par ce programme, la démarche suppose de coopérer avec les centres de soutien à l’intégration des étrangers et de respecter le critère selon lequel le montant des salaires versés doit correspondre à au moins 120 % du salaire minimun, soit donc actuellement un peu plus 27 000 couronnes (environ 1 100 euros).
Au total, l’agence nationale pour l’emploi recensait un peu plus de 842 000 travailleurs étrangers dans le pays en mars dernier. Une main-d’œuvre dont les ressortissants philippins, très loin derrière les Ukrainiens (38 %) ou les Slovaques (24 %), ne représentent, certes, encore qu’un peu moins de 2 %, et ce, même s’ils sont désormais 46 fois plus nombreux qu’il y a dix ans.




