Le patrimoine thermal de Kyselka dans l’attente d’une renaissance

Lázně Kyselka en 2024

Joyau de l’architecture thermale niché au creux de la vallée de la rivière Ohře (Eger, en allemand), Kyselka est une petite cité en déshérence depuis des décennies, et son patrimoine architectural exceptionnel dans un état de délabrement avancé. Pourtant, ce n’est pas faute d’efforts de réhabilitation qui ont été effectivement menés. Aujourd’hui, leurs principaux artisans veulent mettre un coup d’accélérateur.

En 2012, les anciennes cures thermales de Kyselka, près de Karlovy Vary, semblaient condamnées. Dans un reportage datant de l’été de cette même année pour Radio Prague Int., nous avions décrit les toitures éventrées, les bâtiments envahis par l’humidité et la végétation, les éléments décoratifs menacés de disparition.

Après la fin de l’activité thermale dans les années 1990, le site avait été privatisé, découpé pour être vendu par morceaux. Moins connue que ses illustres voisines du triangle thermal de Bohême de l’Ouest, les très chics et prisées Karlovy Vary et Marianské Lázně, Kyselka a connu au fil des décennies une lente descente aux oubliettes, avant de se retrouver, au début des années 2010, dans un état de délabrement alarmant. La responsabilité de sa dégradation faisait à l’époque de notre reportage l’objet d’une bataille particulièrement virulente entre les propriétaires, les défenseurs du patrimoine, mais aussi les élus locaux et régionaux.

Villa Mattoni à Lázně Kyselka en 2012 | Photo: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

Au cœur des critiques se trouvaient notamment l’entreprise Karlovarské minerální vody, le producteur de l’eau Mattoni, qui possédait certains des bâtiments. Ses détracteurs l’accusaient d’avoir laissé se dégrader ce patrimoine historique unique, pourtant associé à sa propre marque. Le propriétaire de Mattonni rejetait ces accusations, tandis que les militants et certains élus réclamaient une intervention beaucoup plus énergique des pouvoirs publics.

Lázně Kyselka en 2024 | Photo: Naďa Krásná,  ČRo

Un premier tournant est survenu à la fin de cette même année. Les différents protagonistes ont finalement accepté de créer une structure commune chargée de sauver le site : c’est ainsi qu’est née la société d’utilité publique Lázně Kyselka. Elle a officiellement été créée en février 2013. Parmi ses fondateurs figurent l’entreprise Karlovarské minerální vody, la société RIS (qui possédait alors la majorité des bâtiments), la commune de Kyselka, la ville de Karlovy Vary et Vladimír Lažanský, propriétaire du château de Chyše et engagé depuis longtemps dans la sauvegarde du patrimoine.

Lázně Kyselka en 2024 | Photo: Naďa Krásná,  ČRo

En mars 2013, la société RIS a transféré à la nouvelle entité juridique la majorité des bâtiments et des terrains en sa possession. La situation a donc changé à ce moment-là : au lieu de plusieurs propriétaires et d’un conflit sur leurs responsabilités respectives, une grande partie du complexe s’est retrouvé entre les mains d’un organisme chargé précisément de sa sauvegarde et capable, surtout, de par son statut, de faire des demandes de subventions à différentes sources telles que les régions ou des programmes spéciaux.

Lázně Kyselka en 2015 | Photo: Pavel Halla,  ČRo

La création de cette société n’a pas effacé les anciennes querelles du jour au lendemain, mais progressivement, une forme de coopération s’est installée avec l’entreprise Karlovarské minerální vody qui est devenu un des principaux soutiens financiers de la société, tandis que la ville, la commune, la région mais aussi l’Etat ont mis la main au portefeuille, eux aussi, pour financer à des degrés divers les travaux nécessaires.

Au tout début, la priorité a très vite été établie : hors de question de penser à redonner aux thermes leur lustre d’antan, il fallait d’abord parer au plus urgent c’est-à-dire simplement empêcher les bâtiments de s’effondrer. Ainsi les travaux ont essentiellement porté sur les toitures, les structures porteuses, les murs endommagés par l’humidité, le déblaiement des bâtiments et la restauration d’éléments architecturaux menacés. Au fil des années, certaines parties du complexe ont effectivement été sauvées.

Lázně Kyselka en 2020 | Photo: Naďa Krásná,  ČRo

Selon la société Lázně Kyselka, 70 à 80 millions de couronnes ont été investis depuis 2013 dans les bâtiments dont elle a la charge, tandis que l’entreprise Karlovarské minerální vody lui apporte aujourd’hui environ 5 millions de couronnes par an, auxquels il faut ajouter des subventions publiques. En 13 ans donc, Kyselka n’a pas disparu et l’état des bâtiments les plus menacés a été stabilisé.

Le directeur de la société Lázně Kyselka Miroslav Perout montre une partie du toit rénové de la maison Vilemína en 2018 | Photo: Zdeněk Trnka,  ČRo

Stabilisation ne signifie toutefois pas réhabilitation : or, comme le souligne un article de Novinky.cz, le constat amer aujourd’hui est que « la restauration est plus lente que le délabrement ». Selon le directeur de la société Lázně Kyselka Miroslav Perout, l’objectif est d’aller plus loin, avec un projet visant à restaurer un ensemble cohérent et à lui redonner une fonction. Il prévoit notamment de rendre le complexe largement autonome sur le plan énergétique, grâce à la géothermie, aux pompes à chaleur ou au photovoltaïque, tout en préservant son architecture historique.

Lázně Kyselka en 2024 | Photo: Naďa Krásná,  ČRo

Reste la question cruciale du financement : la restauration complète de trois bâtiments est désormais estimée à plus d’un milliard de couronnes. Dans l’immédiat, la société Lázně Kyselka cherche à financer les études nécessaires à l’obtention du permis de construire et espère, à plus long terme, faire inscrire le projet parmi les projets à même de bénéficier du Fonds pour une transition juste pour 2029-2034, un instrument essentiel de l’Union européenne destiné aux régions pour lesquelles la transition vers la neutralité climatique est la plus compliquée au niveau économique et social.

Lázně Kyselka | Photo: Regionální stavební sdružení Karlovy Vary