Coupe Davis : à Prague, comme aux plus belles heures du tennis tchèque, Menšík et Lehečka ont fait rugir le public de plaisir

Jiří Lehečka

Au terme d’un magnifique week-end de tennis à Prague, dans une ambiance digne des plus belles heures de la compétition dans son ancien format, la République tchèque de Jakub Menšík et Jiří Lehečka a éliminé les États-Unis de Ben Shelton (3-2) au deuxième tour de la Coupe Davis et s’est ainsi qualifiée pour le tournoi final. En novembre prochain, c’est avec l’ambition légitime de soulever le Saladier d’argent pour la première fois depuis 2013 que l’équipe entraînée par Tomáš Berdych se rendra à Bologne.

Cela faisait treize ans que l’O2 Arena à Prague n’avait plus accueilli une rencontre de Coupe Davis. À l’époque, la prestigieuse compétition par pays se disputait encore dans son ancien format, sur trois jours et avec des matchs au meilleur des cinq sets, Tomáš Berdych comptait parmi les dix meilleurs joueurs mondiaux, et lui et Radek Štěpáněk avaient éliminé l’Argentine en demi-finales avant, deux mois plus tard, de dominer la Serbie de Novak Djokovic à Belgrade et de soulever leur deuxième Saladier d’argent consécutif, après un premier sacre un an plus tôt aux dépens de l’Espagne à Prague dans une ambiance de feu. Le tennis masculin tchèque vivait alors quelques-unes de ses plus belles heures de gloire.

Toutefois, depuis la refonte de sa formule il y a quelques années, avec désormais des matchs disputés au meilleur des trois sets qui ne sont plus étalés que sur deux jours, les vendredi et samedi, lors des deux premiers tours, avant une phase finale concentrée, elle, sur une semaine et un seul lieu qui réunit huit pays en fin de saison, la Coupe Davis a perdu beaucoup de son charme aux yeux de nombreux amateurs de tennis. La réception à Prague des États-Unis, avec dans leurs rangs notamment Ben Shelton, récent finaliste de l’US Open, constituait donc une belle occasion de remettre les petits plats dans les grands et d’inviter le public tchèque, traditionnellement très attaché à la compétition, à revivre toutes ces émotions.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le week-end passé aura été une franche réussite, tant sur le plan sportif, forcément, puisque la République tchèque a finalement décroché sa qualification pour le Final 8, que de l’organisation avec 15 000 spectateurs  qui ont rempli la plus grande salle de Prague vendredi comme samedi.

Jiří Lehečka | Photo: Michal Kamaryt,  ČTK

« Sur le plan émotionnel, c’était sans doute l’un des matchs les plus difficiles que j’ai disputés depuis le début de ma carrière, mais gagner dans cette O2 Arena pleine et dans cette ambiance est aussi l’un des plus beaux moments que j’ai vécus », a d’ailleurs confié Jiří Lehečka, samedi soir, quelques minutes après qu’il a battu Learner Tien (6-3, 7-5) dans le cinquième match décisif, alors que les deux équipes étaient à égalité deux points partout, offrant ainsi la victoire finale et la qualification à son équipe.

Déjà vainqueur de Ben Shelton vendredi (6-4, 6-4), après la défaite de Jakub Menšík contre Tien lors du premier simple (2-6, 4-6), Lehečka aura été l’un des grands artisans de cette qualification obtenue au forceps et au bout du suspense :

Jakub Menšík | Photo: Michal Růžička,  MFDNES,  LN/Profimedia

« Nous (la République tchèque) n’avons encore jamais perdu une rencontre de Coupe Davis dans cette salle. J’étais donc bien conscient de la nécessité de donner le maximum de moi-même. Mais même si ces deux victoires sont extrêmement importantes d’un point de vue personnel, elles ont d’autant plus de saveur que le succès en Coupe Davis repose sur le travail de toute une équipe. C’est pourquoi cette compétition est si particulière et toutes ces émotions, le soutien fantastique du public, c’est précisément la raison pour laquelle nous voulions jouer cette rencontre ici. Je n’aurais pas eu la chance de disputer ce cinquième match décisif sans ce travail et si Jakub (Menšík) ne s’était pas imposé lui aussi juste avant moi (contre Shelton, 5-7, 6-4, 6-3) », a-t-il ainsi rappelé, alors que les Tchèques apparaissaient bien mal embarqués, samedi en début d’après-midi, après la défaite dans le double d’Adam Pavlásek et de Patrikem Rikl – malgré quatre balles de match – (7-5, 3-6, 6-7) qui avait permis à la sélection US de repasser devant au score (2-1).

Berdych : « Les garçons peuvent se fixer les objectifs les plus ambitieux »

Face à une équipe américaine composée des 4e et 13e meilleurs joueurs mondiaux de simple actuels (Shelton, donc, et Thien), mais aussi du 4e meilleur joueur de double au monde (Christian Harrison), et qu’ils ont dominée pour la deuxième année consécutive, c’est donc une performance de choix qu’ont signée les Tchèques.

« Je suis déçu du résultat, bien évidemment, mais aussi extrêmement fier de mes gars. Cette rencontre s’est jouée dans une ambiance formidable. Chaude mais fair-play, exactement ce qu’elle devrait toujours être en Coupe Davis. J’ai aussi vu l’un des meilleurs matchs de double en Coupe Davis de ces dernières années. Mais je dois aussi tirer mon chapeau à Menšík et Lehečka pour le tennis fanstastique qu’ils ont pratiqué. C’est dommage que nos deux équipes aient dû s’affronter dès le deuxième tour, car je pense qu’elles font partie des quatre meilleures au monde. Mais cela n’enlève rien au fait que Tchèques ont mérité leur qualification », a reconnu le capitaine américain, Bob Bryan.

Photo: Michal Růžička,  MFDNES,  LN/Profimedia

Un an après avoir été battus par l’Espagne en quarts de finale (2-1), c’est désormais avec l’ambition légitime de faire mieux encore que ces derniers aborderont la phase finale en novembre prochain à Bologne (le Canada, l’Autriche, la Corée du Sud, l’Espagne, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie, triple tenante du titre et pays organisateur, son les sept autres nations qualifiées).

Tomáš Berdych | Photo: Michal Růžička,  MFDNES,  LN/Profimedia

« Nous sommes déjà impatients d’y être, car les garçons sont vraiment allés chercher cette qualification au plus profond d’eux-mêmes. Nous avons déjà vécu cela (le Final 8) l’année dernière et c’était quelque chose de nouveau pour nous tous. Je suis convaincu que nous saurons tirer des leçons de cette expérience, et que cela jouera en notre faveur. Les garçons ont de bonnes bases sur lesquelles s’appuyer pour, cette fois, faire un peu mieux », s’est pour sa part félicité Tomáš Berdych, capitaine de cette séduisante et jeune équipe de République tchèque depuis désormais deux ans.

Et aux yeux de l’ancien double vainqueur de l’épreuve ou finaliste de Wimbledon, « faire un peu mieux » signifie même un peu plus que cela : « Les garçons sont jeunes (respectivement 21 et 25 ans pour Menšík et Lehečka)  et font d’énormes progrès chaque année. C'est un atout considérable pour nous en vue du tournoi final, et il n’y a aucun mal à se fixer les objectifs les plus ambitieux. C’est de toute façon la seule manière de les atteindre... »

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