En Tchéquie, le « non » quasi unanime au retour de la Russie aux Mondiaux de hockey sur glace

Rendue par le Tribunal arbitral du sport (TAS), le 30 octobre, la décision d’autoriser la Russie à participer de nouveau aux compétitions internationales de hockey sur glace a suscité de nombreuses réactions en République tchèque, y compris à l’échelle politique. Et, déjà, pose de nombreuses questions, alors qu’Ostrava accueillera le championnat du monde féminin des moins de 18 ans en janvier prochain.

« Choqué », alors que, selon lui, « la morale doit primer sur le sport ». C’est le premier adjectif qui, affirme-t-il dans un entretien accordé à la Radio tchèque, est venu à l’esprit du président de la Fédération tchèque de hockey sur glace (ČSLH), Alois Hadamczik, pour qualifier sa réaction à l’annonce du verdict rendu en fin de semaine dernière par le TAS. Un verdict qui a cassé une décision prise en janvier derier par la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), qui avait alors annoncé ne pas vouloir réintégrer la Russie pour la saison 2026-2027, et selon lequel les équipes de Russie, exclues de toutes les compétitions entre sélections nationales organisées depuis le début de l’invassion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, vont donc pouvoir réintégrer « immédiatement » les différents championats du monde.

Alois Hadamczik | Photo: František Tichý,  ČRo

Alors que les combats continuent de faire rage en Ukraine, et malgré les victimes quotidiennes, la célèbre Sborna (surnom de la sélection russe) s’apprête ainsi – en théorie encore pour l’heure - à faire son grand retour sur la scène internationale. Et en République tchèque, où le hockey, depuis l’écrasement du Printemps de Prague en 1968, a toujours été un peu plus qu’un simple sport, la décision a évidemment été largement commentée depuis sa publication.

« Le hockey tchèque maintient sa position, à savoir que les Russes ne devraient pas participer au (prochain) championnat du monde », a également déclaré Alois Hadamczik, pour qui les choses, vues de Prague, sont claires comme de l’eau de roche : « Tant que la guerre se poursuit et que cette question morale continue de se poser, celle-ci l’emporte sur toutes les considérations sportives ». Aux yeux du chef du hockey tchèque, ancien entraîneur de la Reprezentace, si la République tchèque se « doit [de] faire face à cette décision » et « seule ne pourra rien contre », il estime néanmoins qu’il pourrait en être autrement si « les Suédois, les Finlandais, les Norvégiens et les autres nations s’unissent ». « Nous aurions alors la force nécessaire », estime-t-il. Une chose semble acquise : la République tchèque entend mettre tous les moyens en œuvre pour empêcher un retour de la Russie.

Ainsi, dès vendredi, le ministre des Sports, de la Prévention et de la Santé, Boris Šťastný (Automobilistes), a adressé une réclamation officielle auprès du TAS suite à sa décision. Invité de la traditionnelle émission politique du dimanche midi de la Télévision publique tchèque, le ministre a expliqué qu’il entendait discuter de la question et des possibles conséquences d’une participation russe aux compétitions internationales non seulement avec les dirigeants de la ČSLH et le vice-président de l’IIHF, l’influent Tchèque Petr Bříza, mais aussi ses collègues des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

Boris Šťastný | Photo: Jakub Jirásek,  iROZHLAS.cz

Si selon Boris Šťastný, « le rôle de l’État n’est pas de donner des conseils aux fédérations sur la manière d’organiser les compétitions », il affirme néanmoins resté opposé au fait que « les athlètes russes participent à des compétitions internationales sous le drapeau russe, avec les symboles nationaux et en chantant l’hymne national russe, tant que dure l’agression russe en Ukraine ». Ajoutant qu’il ne disposait par ailleurs « d’aucun moyen législatif pour empêcher les sportifs tchèques de participer à des compétitions où ils pourraient affronter des Russes », le ministre a donc estimé que, concernant les hockeyeurs russes, « le minimum devrait être ce qui se fait aux Jeux olympiques : une participation uniquement sous un drapeau blanc et sans hymne national », a-t-il ajouté.

Et si, par exemple, Filip Turek, président d’honneur des Automobilistes, l’une des trois formations de la coalition gouvernementale dirigée par Andrej Babiš, a rappelé que la guerre en Ukraine ne constituait « pas le seul conflit armé actuel » dans le monde et que, par conséquent, « il n’est pas possible de punir un seul pays », tandis que Tomio Okamura, leader du parti d’extrême droite SPD, autre formation gouvernementale, a, lui, déclaré que « les sportifs ne devraient pas être sanctionnés pour les décisions politiques prises par les dirigeants de leur pays », la majorité des politiques tchèques ont clairement exprimé leur rejet de l’idée d’un retour des hockeyeurs russes.

Pas de visas pour les hockeyeuses russes à Ostrava en janvier prochain ?

Pour les autorités tchèques, la question se pose désormais de savoir dans quel cadre les joueuses et l’encadrement russes pourront – ou devront – être accueillies – ou pas - à Ostrava en janvier prochain dans le cadre du championnat du monde féminin des moins de 18 ans. Concrètement : faut-il leur accorder ou leur refuser les visas qui leur permettraient de séjourner en République tchèque le temps de la compétition ? Une décision qui appartient au ministère de l’Intérieur, mais d’ores et déjà le ministre des Sports a fait savoir que s’était sollicité sur cette question, sa réponse serait « négative ». « Il est possible que ces sportives n’obtiennent effectivement pas de visa », a-t-il indiqué.

Dominik Hašek | Photo: Jana Přinosilová,  ČRo

Légende du jeu en République tchèque, avec laquelle il a notamment remporté la médaille d’or aux Jeux olympiques de Nagano en 1998, l’ancien gardien de but Dominik Hašek, qui a effectué l’essentiel de sa longue carrière dans la prestigieuse ligue nord-américaine NHL mais a également passé une saison en Russie sous le maillot du Spartak Moscou au début des années 2010, est, lui, le défenseur d’une ligne plus intransigeante encore. Estimant que la tenue d’« un championnat du monde avec la Russie [serait] une publicité pour la guerre » tout en souligant que « les lois d’un pays [primaient] sur les règlements sportifs », Dominik Hašek a appelé les politiques à prendre leurs responsabilités. « Le gouvernement devrait faire en sorte que les sportifs russes ne puissent pas se produire en public sur notre territoire », a-t-il ainsi formulé le vœu.

Un vœu qui est aussi celui de la majorité des supporters tchèques, alors que la puissante société de paris sportifs Tipsport, sponsor principal de l’Extraliga tchèque (le championnat national d’élite dont il porte le nom), a, elle, fait savoir, ce lundi, qu’elle considérait la décision du TAS comme « scandaleuse » et que, dans l’état actuel des choses, elle « ne [pouvait] imaginer que ses publicités apparaissent sur la glace ou lors des retransmissions télévisées des matchs de la Russie lors du championnat du monde », soit l’événement sportif qui, chaque année, rassemble le plus important public devant les écrans et génère donc le plus de revenus en République tchèque.