Pavel Banďouch, jésuite tchèque en France : « Le pape m’a appris à descendre de la tête au cœur »
Né à Prague en 1989, Pavel Banďouch a étudié l’histoire à l’Université Charles et à Bologne, avant de rejoindre la Compagnie de Jésus en 2017, puis de passer plusieurs années à Rome. Depuis un an, il poursuit sa formation théologique aux Facultés Loyola de Paris. Depuis Vanves, où est installée sa communauté, il a confié à Radio Prague Int. son souvenir de François, premier jésuite devenu pape, dont les obsèques se déroulent ce samedi au Vatican.
Pavel Banďouch, dans un article publié sur le site de la province tchèque de la Compagnie de Jésus, vous dites que le pontificat de François est lié à votre histoire personnelle. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?
« François a été élu à l’époque où j’étais encore étudiant à Prague et me préparais au baptême. Je me souviens avoir suivi son élection avec déjà beaucoup d’intérêt. Je trouvais intéressant d’observer ce qui distinguait François de son prédécesseur Benoît XVI, un pape que j’aimais beaucoup personnellement. Les textes et discours de ce grand théologien étaient d’un niveau intellectuel exceptionnel et, aujourd’hui, je me rends compte qu’à l’époque, la foi était pour moi, justement, quelque chose de très intellectuel. »
« Mais peu à peu, j’ai commencé à apprécier aussi le pape François. Sa simplicité et le fait qu’il agissait et se comportait sans ostentation me fascinaient de plus en plus. Il savait s’exprimer de manière compréhensible, même pour les personnes hors de l’Église. Il évoquait souvent la miséricorde de Dieu, sa tendresse, ainsi que la nécessité de dialoguer entre les religions. Il nous donnait des exemples tirés de sa riche expérience pastorale. Avec lui, j’ai appris à descendre, comme on dit, de la tête au cœur. Finalement, il ne s’agit pas tant de savoir quelque chose, mais plutôt de le vivre, d’agir en conséquence. Avec François, on voyait qu’il vivait ce en quoi il croyait, comme l’ont d’ailleurs confirmé les derniers jours de son pontificat : il est allé à la rencontre des gens, là aussi en toute simplicité, sans cacher sa faiblesse. C’étaient des moments forts pour moi. »
Avez-vous rencontré le pape François ?
« Je ne l’ai jamais rencontré en audience privée. Toutefois, j’ai un souvenir de lui qui restera gravé dans ma mémoire, qui remonte à ma participation, en 2023, aux Journées mondiales de la jeunesse au Portugal. Lorsqu’il s’est adressé en espagnol, qui était sa langue maternelle, aux centaines de milliers de jeunes présents à Lisbonne, le pape a déclaré : ‘Dans l’Église, il y a de la place pour tous.’ La foule s’est mise alors à scander : ‘Todos, todos, todos !’ C’était là aussi un moment très fort et presque intime que nous avons vécu avec lui. »
François a été le premier pape à la fois originaire d’Amérique du Sud et jésuite. Pour lui, c’était un choix de jeunesse puisqu’il s’est engagé dans la Compagnie de Jésus en 1958, à l’âge de 22 ans. Sait-on pourquoi ?
« Je ne connais pas tous les détails, mais il me semble qu’un moment a été déterminant dans son parcours. Un jour, il s’est arrêté, un peu par hasard, dans une église en Argentine pour s’y confesser. Et plus tard, il a expliqué avoir alors ressenti très fortement la miséricorde de Dieu. C’est probablement cette expérience qui lui a ouvert la voie pour devenir prêtre jésuite. Je trouve beau qu’il ait fait ce choix en raison de sa rencontre avec le Seigneur, et non pour se distinguer de quelque chose. Bien sûr, dans la vie, il faut se demander si l’on se sent attiré davantage par la vie de famille, le sacerdoce ou autre chose, mais l’essentiel est que nos choix soient enracinés dans l’expérience fondamentale que Dieu nous aime et qu’il se soucie de nous. »
Pourriez-vous nous parler, plus concrètement, de votre parcours ? Comment êtes-vous devenu jésuite ?
« Je me suis fait baptiser pendant mes études à l’université. Malgré cela, je continuais à ressentir que je n’étais pas tout à fait à ma place, qu’il me manquait quelque chose. Peu à peu, j’ai compris qu’il s’agissait peut-être d’un appel à la vie religieuse. C’est alors que j’ai découvert la spiritualité ignacienne, à travers les livres du jésuite tchèque Tomáš Špidlík. J’ai alors ressenti une invitation au mode de vie jésuite qu’il décrivait, de manière compréhensible, à la fois avec profondeur et humour. Ce qui était important pour moi, c’est que j’ai perçu cette décision comme un choix que je faisais librement. En fait, je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule vocation possible dans la vie et qu’il faille la découvrir. Une telle quête rendrait la vie malheureuse. Je considère ce choix comme la meilleure décision prise durant ma vie. Une décision que je ne regrette certainement pas. »
Pourquoi Pavel Banďouch a-t-il choisi de poursuivre sa formation en France ? Comment vit-on au sein de la communauté intergénérationnelle Pedro Arrupe qui, à Vanves, au sud de Paris, réunit les jésuites et les laïcs issus d’une quinzaine de pays ? Enfin, quel serait, selon Pavel Banďouch, le meilleur successeur du pape François ? Écoutez la suite de notre entretien.






