Réactions : François, un pape qui « manque déjà » aux Tchèques aussi
En Tchéquie aussi, l’annonce de la mort du pape François, lundi 21 avril, a suscité de multiples réactions. La grande majorité d’entre elles saluent l’action d’un homme qui, selon le président Petr Pavel, était un « leader spirituel respecté », « par tous » et « pour le monde entier ».
« François manque déjà, et pas seulement à l’Église. Il a été un pape qui a véritablement compris les défis de l’époque et qui n’a pas eu peur d’y réagir. » À l’image de ce que que l’on pouvait lire de la plume du prêtre et spécialiste de l’histoire de l’Église Tomáš Petráček, ce mardi matin, dans les pages du quotidien économique Hospodářské noviny, les commentaires ont été unanimes en Tchéquie pour saluer le départ du pape.
De gauche à droite, depuis le site Alarm.cz, par exemple, pour qui « un homme bon et un chrétien » mais aussi « un pape de tous les êtres et anticlérical est mort », jusqu’au très conservateur Echo24.cz, qui parle, lui, d’« un pape qui est allé à la rencontre du monde », la majorité des médias tchèques, comme le résume aussi l’hebdomadaire libéral Respekt, en évoquant « un pape de l’humilité et de la miséricorde », évoquent le décès de François avec d’abord la volonté de rappeler tout ce qui a été différencié ce dernier de ses prédécesseurs dans sa gouvernance de l’Église catholique.
Et si Respekt toujours, par exemple, n’omet pas non plus de rappeler que « François a ouvert beaucoup de choses (thèmes) sans les refermer », de manière générale, le souvenir que le successeur de Benoît XVI au Vatican laisse de lui est celui d’un pape « soucieux des autres et tolérant à l’égard des faiblesses humaines ».
Ce souvenir est aussi celui de l’archevêque de Prague Jan Graubner, comme il l’a confié sur les ondes de la Radio tchèque. Selon lui, François a contraint « une Europe un peu repliée sur elle-même » à s’ouvrir à un autre monde, celui dont venait lui-même le pape argentin, et à se préoccuper davantage des problèmes de celui-ci :
« Nous sommes habitués à des standards un peu différents en Europe, avec nos traditions, un certain niveau de vie, et l’accent mis par François sur les personnes en marge de la société, sur les pauvres, sur les exclus, et plus généralement sur tous ceux qui sont laissés pour compte, a été une surprise. Nous tendre ce miroir est quelque chose qui nous a fait beaucoup de bien. Le pape venait d’un continent pauvre et il été très influencé par ses origines. Nous vivons à une époque où l’Église se déplace de l’Europe vers d’autres continents, et je pense qu’il est très important qu’il nous ait fait partager une autre vision du monde, car cette ouverture d’esprit nous manque beaucoup. »
Figure de l’aile très conservatrice de l’Église catholique en Tchéquie, personnalité souvent critiquée ces dernières années pour certaines prises de position pour le moins controversées, sur des thèmes comme la migration ou l’homosexualité, notamment, le cardinal et ancien archevêque de Prague Dominik Duka n’en a pas moins salué, lui aussi, la volonté d’ouverture du pape :
« Je l'ai rencontré personnellement à de nombreuses reprises. François n’était pas quelqu'un qui appréciait les officialités, de sorte que, dans une certaine mesure, même les rencontres officielles ne l’étaient jamais tout à fait avec lui, car il avait l’art de savoir placer une anecdote ou une plaisanterie. Je pense que c’était là pour lui une manière de rappeler l'importance de relativiser les choses, car il insistait toujours sur la misère dans le monde, la nécessité d’aider ceux qui en ont le plus besoin. Ce besoin d’aide s’intensifie et je pense que c’est là ce que le pape a apporté de plus précieux dans l’histoire du monde. »
Théologien et philosophe, le prête Tomáš Halík, qui est une des figures les plus connues de l’Église catholique en Tchéquie, tout en soulignant son rôle dans le dialogue interreligieux, a, lui, rappelé combien le choix du nom de François avait été important et symbolique pour les douze années de pontificat du pape :
« Je n’ai rencontré le pape François que quatre ou cinq fois, et toujours très brièvement. Néanmoins, l’impression personnelle était fascinante, car c’était un homme qui dégageait un immense charisme. Sa spontanéité, son humanité, son sens de l’humour, sa simplicité... Tout cela était extrêmement important chez lui. ll est très facile lorsqu’une personne prêche et prend position publiquement, de reconnaître si ce qu’elle dit est quelque chose qu’elle a appris, si c’est un rôle qu’elle interprète, ou si cela vient de son cœur et si ses actes sont en phase avec ses paroles. »
« François a conjugué deux spiritualités - jésuite et fransiscaine -, et c’est ce qui explique sa grande sensibilité à la création et à la nature, et pourquoi il a placé, par exemple, les questions écologiques au centre de la morale catholique. Il a ainsi su toucher toutes les générations, y compris les jeunes, et je pense que la force de persuasion du pape François pour quiconque n’est pas aveugle spirituellement reposait justement dans la sincérité de ses propos et sur le fait que lui-même a toujours vécu en étant fidèle à ses principes. »
Pour honorer la mémoire d’une « personnalité qui a profondément marqué le monde », selon le président tchèque Petr Pavel, et alors que pour la première fois depuis 1963 la Tchéquie ne sera pas représentée pour l’élection du prochain souverain pontife, le cardinal Dominik Duka étant âgé de plus de 80 ans, une messe de requiem sera célébrée à la cathédrale Saint-Guy au Château de Prague, vendredi à 18 heures, quelques heures donc avant ses funérailles, samedi. Au même moment, les cloches de toutes les églises en Bohême et en Moravie devraient également résonner.









