Pour les Centres tchèques, l’espace virtuel comme alternative aux rendez-vous culturels

Centre tchèque de Bruxelles, photo: Google Maps

Tous les domaines de la culture sont durement frappés par l’épidémie de coronavirus. Comment faire vivre la culture et l’art quand il est impossible d’assister à des concerts ou de se rendre au musée ? Pour certaines institutions, l’espace virtuel n’est pas seulement un pis-aller, c’est une manière d’assurer une continuité, même dans ces temps de crise sanitaire. C’est le cas notamment pour les Centre tchèques qui s’efforcent de réinventer leur offre culturelle. RPI s’est entretenu avec la directrice du Centre tchèque de Bruxelles, Jitka Pánek Jurková qui a d’abord rappelé en quelques mots comment ont été mises en place les mesures de confinement en Belgique.

Centre tchèque de Bruxelles, photo: Google Maps

« En Belgique, la chronologie des événements a été quasi similaire à celle en Tchéquie. Pendant le week-end suivant le 12 mars, les autorités ont exigé la fermeture des bars, des restaurants et quelques jours plus tard des commerces. Le week-end suivant le gouvernement a interdit tous les voyages non essentiels. Il y a quelques mesures plus strictes qu’en Tchéquie : par exemple le nombre de clients dans un magasin est strictement limité mais par contre, l’obligation du port de masques n’a pas été appliquée ici. »

Au Centre tchèque de Bruxelles, étiez-vous préparés à cette éventualité ou avez-vous dû réagir au jour le jour ?

Jitka Pánek Jurková, photo: Centre tchèque de Bruxelles
« Personne ne pouvait vraiment imaginer la vitesse des événements et l’intransigeance de la fermeture des frontières. Nous avons dû agir très vite, envoyer nos stagiaires en Tchéquie. Une de mes collègues a été obligée d’y rester, elle s’est retrouvée coincée par la fermeture des frontières. On a passé les jours suivant à annuler notre programmation du printemps et à recréer notre programmation future. Je crains que les conséquences de l’état actuel des choses, nous les ressentions encore dans les mois à venir. Nous essayons maintenant d’être innovants et créatifs, de concevoir la diplomatie culturelle tchèque de façon à ce qu’elle représente la Tchéquie de manière effective, aide les artistes qui en ont besoin et maintienne le dialogue international. »

La plupart des événements prévus dans votre programme ont été soit annulés, soit reportés à une date inconnue, comme pour la majeure partie des institutions culturelles des pays touchés. Mais vous proposez des rendez-vous en ligne. Lesquels ?

Photo: Centre tchèque de Bruxelles
« Tous les programmes créés pour les espaces culturels ne peuvent pas être adaptés à l’espace virtuel. La semaine passée on a proposer la suite de notre série de débats avec des scientifiques tchèques, Science Café. Nous avons utilisé la plate-forme en ligne Zoom afin de permettre au public d’interagir avec l’orateur. J’étais très contente du résultat. Le débat était très intéressant. Le sujet était le flux d’information en période de coronavirus. L’invité était Lukáš Tóth de la société Behavio Labs. Certains ont même intégré un verre de l’amitié à leur soirée devant l’ordinateur. Vous pourrez bientôt trouver cet enregistrement sur notre page Facebook. Nous avons aussi préparé une section spéciale de notre site web et une newsletter régulière avec des recommandations pour des contenus accessibles en ligne, qu’il s’agisse de concerts, des films, des expositions etc. »

Ce n’est que le début de ce confinement : qu’allez-vous organiser à l’horizon d’un ou deux mois ?

« Bonne question. Je crains que la vie culturelle et les mobilités internationales ne soient profondément touchées. Ce qui pourrait changer beaucoup d’aspects de la diplomatie culturelle de manière permanente. On se prépare actuellement à fonctionner le plus efficacement possible en ligne. On parle de campagnes éducatives, de films, de débats avec des artistes en ligne etc. On doit aussi se préparer à des événements culturels de capacité limitée. On veut essayer d’amener la culture au plus près des gens. Nous voulons comme toujours travailler le plus étroitement possible avec nos partenaires locaux afin de trouver les modalités de collaboration les plus utiles pour tout le monde. »

Comment se déroule la coopération avec les autres Centres tchèques dans le monde ?

Photo: Centre tchèque de Paris
« Il faut collaborer autant que possible avec notre centrale. On travaille sur quelques campagnes qui pourraient représenter la culture tchèque au niveau mondial. Mais je suis aussi en contact très fréquent avec les directeurs des autres centres tchèques à Paris, Rotterdam, Londres, New York et au-delà pour coordonner nos activités. Par exemple, le Centre tchèque de Paris a lancé un projet très sympa de librairie virtuelle de la littérature tchèque traduite en français. On est évidemment heureux d’en faire partie. Avec Rotterdam, nous préparons un projet autour de Karel Čapek, l’auteur de la pièce de théâtre toujours très actuelle, La Maladie blanche. Nous voulons aussi amener l’architecture moderniste tchèque dans les maisons de nos publics durant l’été. Avec tout le réseau des Centres tchèques, nous sommes en train d’organiser une exposition virtuelle des illustrateurs tchèques. »

Comment vivez-vous, vous et vos collègues, cette période de confinement et la fermeture des frontières ?

Bruxelles, photo: Varech, CC BY-SA 3.0
« Comme toutes les crises, celle-ci aussi met en avant le bon et le mauvais. Évidemment être séparée de ma famille pour une durée inconnue, n’est pas la situation la plus confortable. Il y a toutefois aussi de bons côtés : c’est pas mal d’avoir la possibilité de consacrer plus de temps à une réflexion plus conceptuelle, de revoir nos succès et nos échecs, de nous préparer pour de grands défis futurs comme la présidence de la Tchéquie au conseil de l’Union européenne en 2022 et de ralentir notre mode de vie. Heureusement les outils actuels de la communication en ligne nous permettent de travailler efficacement avec notre équipe. Je crois que la nécessité de découvrir plus profondément le potentiel de l’espace virtuel nous poussera vers une plus grande innovation et efficacité dans ce domaine. L’état présent nous offre beaucoup de possibilités de repenser nos vies et notre travail. Il ne faut pas les rater ! »