« Pour moi, Brno ce n'est pas Milan Kundera »
Adéla Polaková s'appelle Adéla Polka quand elle signe des des articles culturels et quand elle chante avec son groupe, les Plum dumplings, dans sa ville de Brno. Elle travaille pour l’Alliance française en tant que directrice de la programmation du festival Bonjour Brno - depuis cinq ans - et traduit aussi du français et de l’anglais.
Que représente la langue française pour vous ?
« J’adore parler français, même si je fais des fautes en ce moment, parce que je ne suis pas en contact quotidien. Mais ça me fait toujours plaisir. Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’étais étudiante, j’aimais le français plus que l’anglais. L’anglais, c’est une nécessité, il faut le comprendre, l’utiliser, mais le français, c’est quelque chose de plus. J’aimais aussi la culture française, c’est sûr. J’ai fait un stage Erasmus en France, j’ai aussi travaillé comme assistante auprès de personnes handicapées, c’était une très bonne expérience. J’ai appris le français principalement avec ces personnes, c’était vraiment quelque chose de spécial. Et je ne sais pas pourquoi, mais le français me semble plus naturel pour moi que l’anglais, même si j’aime les deux. »
Festival Bonjour Brno
Vous avez organisé, vous en parliez, ce festival Bonjour Brno, il y a quelques semaines seulement, comment ça s'est passé ?
« Je crois que le festival s’est très bien passé cette année. On a fêté les 60 ans du partenariat entre Brno et la ville française de Rennes, ce qui n’est pas rien. On m’a dit que c’est le plus ancien partenariat en République tchèque. On a organisé un Festnoz, et c’était le plus grand événement depuis le Covid. Avec le directeur de l’Alliance Française, on a été très surpris de voir autant de monde, avec autant d’énergie pour chanter, danser les danses bretonnes... On était vraiment étonnés. Donc je dirais que c’est un énorme succès. Le festival n’est pas très grand, mais certains événements fonctionnent très bien depuis longtemps, et on est toujours contents de voir qu’il y a un public intéressé par la culture française. Ça nous fait toujours plaisir. »
L'organisation de ce festival, je suppose, vous permet de voir un peu ce qui se passe dans la communauté francophone. Est-ce que ça représente beaucoup de monde à Brno ?
« Je dirais qu’il n’y a pas une très grande communauté française à Brno, mais il y a quand même une petite communauté. Certains passent ici pour deux ou trois ans, pour le travail, puis ils partent. Ce sont aussi des stagiaires parfois. Mais même ces petits échanges, ces petites rencontres, ça nous enrichit. »
« Il y a certaines communautés, et aussi des gens qui apprennent le français, qui aiment venir voir ce qu’on propose. C’est dommage qu’on n’ait pas un plus grand budget pour inviter des choses vraiment actuelles de France. Mon rêve serait de faire venir un plus grand groupe de musique, mais c’est très difficile à produire. On essaie donc de trouver des projets qui, même s’ils sont encore jeunes, ont un potentiel de devenir plus grands. On se dira plus tard qu’ils sont passés par Bonjour Brno. »
Et vous faites partie du groupe qui s'appelle les Plum Dumplings. Quel style de musique faites-vous ?
« C’est du rock alternatif, de l’indie rock. Au début, je chantais en français, parce que j’étais tout juste rentrée de mon Erasmus, donc c’était naturel pour moi. Je ne voulais pas chanter en anglais, comme tout le monde. On a fait un album, L’épitaphe des papillons, entièrement en français. Ensuite, on est passés au tchèque, mais on chante encore quelques chansons en français. »
« Je n'aime pas trop ce mythe autour de Milan Kundera »
Vous parliez de ce partenariat, 60 ans entre Brno et Rennes. Alors évidemment, quand on pense à ce partenariat, à Brno, il y a un personnage qui revient souvent dans les relations franco-tchèques ici, c'est Milan Kundera, qui s’est d’abord installé à Rennes en arrivant en France. Est-ce qu'on arrive à se sortir de ce mythe, et puis aussi de la polémique, en quelque sorte, qui accompagne à chaque fois les événements autour de Kundera ?
« Honnêtement, je n’aime pas trop ce mythe autour de Milan Kundera, parce que je trouve qu’il s’est pas mal fermé à la République tchèque. Quant à ce qu’il a fait ou n’a pas fait pendant l’époque communiste, je reste prudente. J’aime certaines de ses œuvres, mais je pense que ses meilleures œuvres sont celles influencées par son expérience du communisme. Pour moi, Brno, ce n’est pas Milan Kundera. Même s’il a écrit des choses très fortes, je n’aime pas trop la misogynie dans ses textes. Alors oui, il y a toujours quelqu’un pour vouloir évoquer Milan Kundera, mais je dis : c’est du passé. Il est mort, et bon, s’il y a un événement, on le fera. Bien sûr, on le fera à la nouvelle bibliothèque Milan Kundera de Brno. C’est l’endroit approprié pour organiser les événements autour de lui. C’est suffisant, à mon avis. Il y a d’autres écrivains vivants, alors profitons-en pour les inviter. Voilà, c’est mon avis. Il était un bon écrivain, mais pour moi, ce n’est pas un personnage qu’il faut idolâtrer éternellement. »
On est ici sur la place centrale, Zelný trh, magnifique en cette belle journée du mois de juillet, avec le marché devant nous. Derrière nous, le musée avec la très, très célèbre Vénus de Vestonice, qu'il faut absolument aller voir. Juste à côté, le théâtre Husa na provazku, avec tout le mois, un festival de littérature impressionnant. La fameuse phrase tirée d'un film tchèque, Nuda v Brně, L'ennui à Brno, ne se vérifie pas vraiment dans la réalité. Il y a de la vie, il y a de la vie culturelle…
« Oui, il y a plein de projets. Malheureusement, je n’ai pas le temps de tout visiter. Mais ce festival littéraire du Mois de lecture d’auteurs, je l’apprécie beaucoup, même si je n’ai pas le temps d’y aller tous les soirs. C’est quelque chose d’exceptionnel, je trouve. Il y a beaucoup de monde, les gens sont habitués à y aller, donc je pense que ça marche. On lit toujours, on s’intéresse à la littérature, même étrangère. C’est bien qu’il y ait des traductions. Je connais la situation des traducteurs, c’est mal payé. Ce genre d’événement donne de l’importance à cette profession, donc j’en suis très heureuse. »
Villa Tugendhat et parc Lužánky, les inmanquables
Qu’est-ce qu’un visiteur ne doit pas rater s’il passe à Brno selon vous ?
« Je pense qu’il faut absolument réserver une visite de la Villa Tugendhat, c’est vraiment quelque chose d’exceptionnel. Si vous n’avez pas de réservation, parce qu’il y a beaucoup de monde, vous pouvez au moins traverser le jardin. Ensuite, vous pouvez traverser le parc Lužánky, qui est très agréable. Sinon, il faut simplement marcher à travers Brno, découvrir les petits cafés, observer l’architecture, il y a des petits endroits qui peuvent surprendre. Le soir, il y a toujours des petits coins avec de la musique. Devant l’Académie de musique, en été, je crois qu’il y a un concert gratuit chaque soir. Donc oui, il suffit de marcher, vous verrez. »
« Le parc Lužánky, c’est très bien. Quand il fait chaud, il y a les piscines, comme celle de Kraví Hora. De là, vous avez aussi une belle vue sur la ville, c’est exceptionnel. Il y a aussi la Riviera de Pisárky, qui est très agréable. »
« Il y a aussi un lac de barrage. C’est bien, mais à mon avis, il y a trop de monde. Mais bon, si quelqu’un aime nager, qu’il y aille, bien sûr ! »







