Mois de la lecture d'auteurs : « Le public de Brno est extraordinaire »
Mois de la lecture d'auteurs - Měsíc autorského čtení est le nom du festival de littérature créé en 2000 à Brno par la maison d'édition Větrné mlýny. En un quart de siècle, l'événement a pris une ampleur internationale, avec une très impressionnante liste d'auteurs originaires de plusieurs continents invités en Moravie. Cette année le thème principal est l'exil. Des écrivains viennent lire chaque soir de ce mois de juillet un extrait de leur création à Brno et à Ostrava, puis poursuivent vers la Slovaquie et même jusqu’à Lviv, en Ukraine. Pavel Drábek est le programmateur-dramaturge du Mois de la lecture des auteurs. Il a répondu aux questions de Radio Prague International.
Pavel Drábek : « Le festival est adulte maintenant. Il existe depuis l’an 2000 et, chaque année, j’ai l’impression que son importance grandit. L’an passé, nous avons accueilli 31 auteurs de Taïwan. Cette année, nous avons décidé de recevoir des écrivains qui n’ont pas de patrie fixe. Cela signifie que nous accueillons des auteurs venus de 26 pays, sur quatre continents. C’est un programme étonnant, même pour nous. Nous sommes impressionnés par son ampleur, par son importance… et aussi par sa production. »
Et cette production, logistiquement, est une lourde tâche. Financièrement, comment vous y prenez-vous ?
« Les subventions sont exclusivement publiques. Cette année, la situation financière est particulièrement difficile, car il n’y a pas de pays hôte spécifique qui pourrait participer davantage au financement… Nous travaillons avec le ministère tchèque de la Culture, mais aussi avec la ville de Brno, la région, et des institutions internationales comme l’Institut Cervantes. Il y a aussi une organisation, ICORN, qui soutient les artistes réfugiés. Mais sur le plan financier, c’est un peu difficile, parfois frustrant. »
D’après ce que vous avez vécu jusqu’à maintenant, on est à la mi-juillet… Quelle a été votre meilleure interaction avec le public ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
« Le public de Brno est extraordinaire, et ce depuis longtemps. Chaque jour, entre cinquante et cent personnes reviennent pour écouter. Elles veulent apprendre, comprendre, découvrir des auteurs qui sont nouveaux ici, pas encore connus. Les interactions les plus fortes sont peut-être aussi les plus surprenantes. Mardi, par exemple, Mohamedou Ould Slahi, écrivain mauritanien, a captivé l’audience. Il y a aussi Hamid Ismailov, écrivain ouzbek qui a vécu à Prague pendant cinq ans. Et puis l’auteur non-binaire Aaiún Nin, d’Angola… Tous ces univers se rencontrent ici, à Brno, à Ostrava, à Prešov, à Trenčín, à Bratislava. Ce sont des mondes inconnus qui s’ouvrent à nous et au public. »
Vous l’avez évoqué, Lviv fait partie du programme cette année. J’imagine que c’est important pour l’organisation du festival. Et puis, dans le très beau théâtre Divadlo Husa na provázku, on voit aussi une pancarte « Ambassade de la culture biélorusse indépendante ». Cela montre que, dans le contexte régional, ce festival a une portée particulière…
« Nous avons collaboré avec l’Ukraine depuis longtemps. Le Mois de la lecture des auteurs a des programmes en Tchéquie, en Slovaquie, et aussi en Ukraine. Mais cette année, le programme international consacré à l’exil se déroule uniquement en Tchéquie et en Slovaquie. Ce serait un peu étrange de venir avec un auteur en exil dans un pays qui lui-même est dans une situation de guerre… Donc, la ligne internationale pour l’Ukraine est différente cette année. »
« C’est par ailleus très important que le festival ne se déroule pas dans la capitale, à Prague, mais dans les régions. Il est très facile d’organiser un événement dans une métropole. Mais les gens, le public, sont tout aussi intéressants ailleurs. Nous croyons qu’il est essentiel d’offrir un programme aussi riche et complet que possible dans toute la région, et pas seulement à Prague. »
Cela peut créer des complications, notamment pour les visas. Comme l’aéroport le plus proche est à Vienne, il faut parfois un visa non seulement pour la Tchéquie, mais aussi pour l’Autriche…
« Oui, les visas posent un problème particulièrement difficile. Un poète égyptien, par exemple, pourrait ne pas pouvoir venir, parce que les autorités tchèques pensent que s’il vient à Prague mais retourne ensuite par Paris, cela pourrait être suspect... »
« Nous avons eu plusieurs problèmes d’accès. Certains auteurs ne peuvent pas venir parce qu’ils ont officiellement demandé l’asile en Belgique, en Pologne, ou ailleurs. Cela les empêche souvent de visiter un autre pays. La question des visas est donc un problème très complexe. »
Le programme du festival qui se poursuit jusqu'à la fin du mois est à retrouver ici. Dans notre émission de samedi vous pourrez écouter un entretien exclusif réalisé avec l'écrivain mauritanien Mohamedou Ould Slahi, enfermé pendant quatorze ans par l'armée américaine à Guantanamo.






