Prague à la lumière des lampes à gaz

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Dans la rubrique touristique de cette semaine, nous vous proposons de parler du gaz. Pourquoi ? Parce que la mairie de la capitale tchèque, Prague, a décidé d'installer de nouveau les lampes à gaz et les réverbères dans certaines rues de la ville. Nous ferons donc un petit tour dans l'histoire de l'éclairage à gaz à Prague et nous arrêterons dans le présent pour finir avec ce que nous réserve l'avenir.

Ceux qui sont venus à Prague ont certainement remarqué que dans les rues de la Ville aux cents tours, ont peut encore admirer les réverbères de style art nouveau, recouverts d'une épaisse couche de peinture du vert foncé classique. Par contre, ils ont certainement aussi remarqué que ces réverbères sont équipés de lampes fonctionnant à l'électricité. Pourtant, à l'origine, ils étaient surmontés de lampes à gaz. Ce fut le 15 septembre 1847 que l'éclairage à gaz fut sollennellement inauguré en 200 endroits de la capitale. Cet éclairage qui était un grand progrès, car les lampes à gaz venues remplacer les lampes à huile, éclairaient beaucoup mieux les rues des quartiers de la Ville- Nouvelle, sur la rive droite de la Vltava. Les lampes à gaz étaient alimentées par la centrale de Karlin. Un peu plus tard, on édifia une conduite de gaz qui passait par le Pont Charles. A partir de ce moment-là, l'un des plus beaux quartiers historiques fut éclairé au gaz. Les rues et ruelles de Mala Strana et du quartier du Château, Hradcany, offraient un magnifique panorama, à la tombée de la nuit. Après la construction d'une centrale à gaz dans le quartier de Zizkov, sur la rive droite de la Vltava aussi, l'éclairage à gaz de Prague se développa très rapidement. En 1871, on avait déjà installé 2 598 lampes à gaz. Les réverbères présentaient des formes différentes et leurs projets avaient été réalisés par les meilleurs artistes de l'époque. Au début, les lampes à gaz étaient allumées à l'aide d'un briquet à alcool fixé en haut d'une perche. Tous les soirs, un employé devait les allumer. Plus tard, on utilisa un petit brûleur permanent qui allumait les autres becs à gaz quand on ouvrait le robinet du réverbère. On tenta d'utiliser un système d'horloge mécannique qui ouvrait le robinet selon l'heure du coucher du soleil, mais cela se révéla trop cher...

Encore plus tard, ce fut le duel entre l'éclairage à gaz et l'électricité. On apporta une autre amélioration à l'allumage des lampes : on utilisait un système d'allumage basé sur un robinet qui réagissait à la pression du gaz. Grâce à lui, on pouvait allumer toutes les lampes de Prague en même temps. Ce système fut beaucoup utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, lors des bombardements. Pourtant, le gaz perdit la bataille avec l'électricité, surtout pour des raisons économiques. Les dernières lampes à gaz s'allumèrent en 1985, sur les gros réverbères à huit branches de la place du Château et de la place de la Lorette. Dans les années suivantes, les réverbères furent conservés, mais ils étaient équipés, et beaucoup le sont encore, de douilles et d'ampoules électriques.

A la fin du XXe siècle et au début du XXIe, les conseillers municipaux, peut-être inspirés par leurs voyages à Rome ou à Bruxelles, où l'éclairage à gaz ou à huille est restauré, ont décidé de remettre en service une partie de l'éclairage à gaz, dans certains quartiers de Prague. La mairie de Prague a commencé par une petite rue de la Vieille-Ville, la rue Michalska (Michel). Dans la soirée du 31 octobre 2002, on a remis en service 9 réverbères et leurs lampes à gaz dans cette rue très fréquentée par les touristes. A la fin de 2004, c'était de nouveau le gaz qui éclairait les rues qui se trouvent autour de la place de la Vieille-Ville, les rues Melantrich, Vejvodova et le Marché au charbon. Les réverbères sont des copies de ceux qui éclairaient les rues de Prague en 1867. Ils sont en fonte grise, tout comme les lampes. Les becs à gaz, au nombre de six, peuvent être allumés manuellement ou à distance, grâce à un système à impulsion électrique.

La mairie de Prague, après les expériences acquises dans quelques rues du centre historique, travaille sur le projet de restaurer l'éclairage au gaz dans un peu tous les endroits fréquentés par les touristes. En effet, la lumière fournie par le gaz est bien différente de celle que nous connaissons aujourd'hui, celle qui nous est fournie par l'électricité, sous ses formes diverses, classique ou néon. Elle crée une toute autre atmosphère dans les rues bordées de bâtiments historiques, elle rend la Ville aux cents tours encore plus mystérieuse, on y sent encore plus le génie de l'endroit. Dans les plans d'aménagement de la capitale tchèque, on trouve le projet d'éclairer ainsi tout ce qu'on appelle la Voie royale. Donc les rues qui parte de la Tour poudrière, au bout de la rue Na Prikope (dans le fossé), donc à la limite de la Vieille-Ville et de la Ville-Nouvelle, en passant par la rue Celetna (ancienne rue des pâtissiers), la Place de la Vieille-Ville, en traversant le Pont Charles et en montant par la rue Nerudova, dans le quartier de Mala Strana, vers le Château de Prague. Un projet qui a reçu la bénédiction unique de tout le monde : les représentants de la ville, ceux des institutions de protection du patrimoine, des Pragois et, non pas en dernier lieu, des touristes. Les frais engagés ? Le coût de l'éclairage à gaz qui est plus élevé que celui qui utilise l'électricité ? D'après le conseiller municipal chargé du projet, Pavel Klega, les investissements seront rentables, en raison du nombre de touristes qui arrivent à Prague chaque année, plus de cinq millions.

L'atmosphère du passé pourrait devenir encore plus présente. En effet, la mairie de Prague pense même utiliser les services d'un allumeur de réverbère pendant une partie de la saison estivale. D'un autre côté, dans certains endroits, les lampes à gaz ne seront pas restaurées, car pour les installer il faut l'accord du propriétaire du bâtiment le plus proche avec l'installation d'une conduite de gaz. Les deux dernières lampes de la rue Celetna, presque au coin de la Place de la Vieille-Ville, fonctionnent à l'électricité. Pourquoi ? Le propriétaire de la maison du coin n'a pas donné son accord pour installer la conduite en question... Un autre petit problème : les lampes à gaz doivent fournir un éclairage qui répond aux normes de l'Union européenne. Donc pas question des petites lueurs bleutées qui créaient l'atmosphère mystérieuse des rues et ruelles de Prague au début du siècle dernier. Un peu de cette atmosphère revient, pourtant, peu à peu dans les quartiers historiques. Bientôt, les réverbères à huit branches de la place du Château redonneront son génie enchanteur à l'un des lieux les plus touristiques de la « Belle sur la Vltava ». Le visiteur pourra admirer de la rive droite, le serpent lumineux des réverbères à gaz traversant la Vltava et montant vers le Château, car la lumière du gaz est vraiment différente de celle que nous donne l'électricité.