Prague sous Charles IV : les transformations de la Vieille-Ville et du Château (I)

Le modèle de la construction du pont Charles, photo: Štěpánka Budková

Roi de Bohême et empereur du Saint-Empire, Charles IV, dont on fête en ce mois de mai le 700 e anniversaire de la naissance, a influencé le visage des pays tchèques comme aucun autre souverain. Ses projets de construction de grande envergure ont touché notamment Prague, sa ville natale et capitale du pays. Dans cette nouvelle série de rubriques touristiques, nous regarderons de plus près les transformations qui ont donné à la capitale tchèque son caractère exceptionnel. Commençons par les plus anciennes parties de Prague, la Vieille-Ville et le Château.

Avant l’arrivée de Charles IV, fils de Jean de Luxembourg et d’Elisabeth de Bohême ayant vécu entre 1316 et 1378, Prague n’était guère qu’une toute petite ville, composée de la Vieille-Ville, un quartier situé sur la rive droite de la Vltava (Moldau en allemand), du quartier de Malá Strana et du Château de Prague qui se dressait au-dessus de la cité. Ce « père de la patrie », baptisé Venceslas et qui a pris le nom de son oncle et parrain auprès duquel il a été éduqué, le roi de France Charles IV, va complètement transformer le visage de la ville, notamment grâce à la construction de la Nouvelle-Ville. Historienne de l’Association Otec vlasti Karel IV. (Charles IV, père de la patrie), Lucie Kodišová précise :

« Prague a immensément grandi à l’époque de Charles IV. Après qu’il a fondé la Nouvelle-Ville, Prague a été plus grande que Paris à l’époque. Avec une différence : à Paris, il y avait plus de surface occupée, tandis qu’à Prague, il y avait dans la ville encore des endroits, relativement grands, qui sont restés inoccupés. Charles IV a littéralement ‘modernisé’ la ville. Avant cela, Prague ressemblait à un grand village. »

Le Château de Prague

Ces changements ou « modernisations » concernent néanmoins également la cité déjà existante à l’époque, le Château de Prague et la Vieille-Ville.

Château de Prague dans le milieu du XIIIième siècle
Selon la Chronique de Zbraslav, une importante source historique de l’époque, le Château de Prague était depuis un incendie en 1303 dans un état délabré et presque inhabitable. C’est justement le margrave de Moravie et futur roi des Tchèques, Charles IV, qui lance de grands travaux en 1333, sur le modèle du Palais royal à Paris. Le château est ainsi largement agrandi, complété par une superstructure, par les salles représentatives ou par de meilleures fortifications. L’inspiration de Charles IV par l’architecture française se manifeste également dans l’église de Tous-les-Saints, datant de 1370 et conçue d’après la Saint-Chapelle à Paris. Mais c’est notamment la dominante du château construite à cette époque, la cathédrale Saint-Guy, qui a changé à jamais l’image du Château de Prague. Lucie Kodišová :

La cathédrale Saint-Guy, photo: Barbora Kmentová
« Nous savons que grâce aux négociations du père de Charles IV, Jean de Luxembourg, à Avignon, siège provisoire des papes, l’évêché de Prague a été transformé en archevêché en 1344. C’était donc encore sous le règne de Jean de Luxembourg mais Charles IV, qui aidait déjà à l’époque son père à gérer les pays tchèques, a participé, lui aussi, à la fondation de la cathédrale. L’édification d’une cathédrale était indispensable car il fallait avoir une église digne de l’archevêché. »

Lucie Kodišová poursuit en indiquant que les travaux de la cathédrale ont démarré presque immédiatement, en 1344, sous la direction des deux meilleurs architectes européens, Mathieu d’Arras et Peter Parler :

« La construction a commencé sous la direction de l’architecte français Mathieu d’Arras. Nous pouvons reconnaître la partie de la cathédrale qu’il a construite car dans la partie de derrière, par laquelle il a commencé, il y a des chapelles polygonales. Il est donc facile de trouver à quel endroit la construction a été reprise par Peter Parler, originaire de Gmünd en Souabe, qui a été convoqué par Charles IV en tant qu’architecte en chef après la mort de Mathieu d’Arras. Celui-ci a construit des chapelles rectangulaires. Il y a donc une différence visible entre les deux parties. Peter Parler a également fait voûter le chœur et il est ainsi le principal auteur de la partie gothique de la cathédrale dans la forme telle que nous la connaissons aujourd’hui. »

Peter Parléř, photo: Štěpánka Budková
Peter Parler, considéré comme l’un des plus grands bâtisseurs gothiques de l’Europe centrale et qui avait seulement 23 ans quand le roi l’a fait appeler, n’a pas néanmoins, lui non plus, réussi à achever la construction. La cathédrale, détruite à plusieurs reprises au cours des siècles, ne sera en effet terminée et inaugurée qu’au début du XXe siècle, en 1929, d’où lui vient son aspect néo-gothique.

Le pont Charles

Le modèle de la construction du pont Charles, photo: Štěpánka Budková
L’une des plus importantes constructions pragoises datant de l’ère de Charles IV est le monument qui est très vite devenu le symbole et l’un des endroits les plus fréquentés de la ville, le pont Charles. Son fondateur, inspiré par le célèbre pont d’Avignon, s’est de nouveau adressé à son architecte favori, Peter Parler. La première pierre est posée à une date « magique », fixée par les astrologues au 9 juillet 1357, 5h 31 minutes. Lucie Kodišová explique néanmoins que même s’il s’agit actuellement du plus vieux pont en pierre conservé, il n’est pas le tout premier construit à Prague :

« Le pont Charles, appelé à l’époque le Pont en pierre, vu qu’il représentait pendant une longue période le seul pont en pierre qui traversait la Vltava à Prague, a remplacé l’ancien pont Judith. Celui-ci avait été détruit par une inondation en 1342. Il fallait donc construire un nouveau pont qui a été fondé en 1357. Mais Charles IV n’a pas vécu assez longtemps pour voir l’achèvement des travaux. »

Le modèle de la construction du pont Charles, photo: Štěpánka Budková
Terminé en 1402, le pont Charles, dont l’appellation est attribuée à un grand écrivain du XIXe siècle, Karel Havlíček Borovský, est, avec ses 516 mètres de long sur 9,5 mètres de large et reposant sur seize piliers, plus long, plus large et plus haut que son prédécesseur. De nombreuses légendes circulent autour de son édification. La principale raconte que le mortier a été à l’époque mélangé avec des œufs et du lait pour assurer ainsi une plus grande stabilité. C’est pour cette raison que Charles IV a ordonné de ramener des œufs de tous les coins des pays tchèques. Différentes villes ont ainsi envoyé des charrettes remplies de ces produits, y compris la ville de Velvary. Craignant de les briser en route, les habitants de cette petite ville située au nord-ouest de Prague, ont néanmoins décidé d’envoyer des œufs cuits, qui sont ainsi devenus inutilisables pour la construction. Lucie Kodišová, pour sa part, dément cette légende :

Le pont Charles, photo: Štěpánka Budková
« Auparavant, on disait que le mortier avait été mélangé avec des œufs et du lait. Mais lors des dernières recherches effectuées par l’Ecole supérieure de chimie et de technologie de Prague, on a découvert que les constructeurs avaient ajouté du vin dans le mortier. Cela n’a peut-être eu aucune influence sur la stabilité statique du pont, mais à l’époque, on croyait probablement que c’était le cas. »

Par le passé, le pont a été endommagé à plusieurs reprises, notamment en raison de grandes inondations, dont la plus importante a frappé en 1890 et a détruit deux piliers et trois arches. Actuellement, le pont est caractérisé notamment par les statues baroques qui le décorent. Celles-ci sont néanmoins plus jeunes que la construction même et leur datation s’échelonne sur une période allant du XVe au XIXe siècle.

Le pont Charles
Le pont Charles fait également partie de ce qui est plus tard devenu « la Route royale », une voie par laquelle sont passés tous les rois de Bohême lors de la cérémonie du couronnement, depuis l’arrivée au pouvoir d’Albert II du Saint-Empire en 1438. Il est borné de chaque côté par une tour, la tour de Malá Strana, construite sur la rive gauche en même temps que le pont Judith, et la tour de la Vieille-Ville, fruit aussi du travail de Peter Parler et située sur la rive droite.

Le pont Charles sur le site de Radio Prague

Le Mur de la faim

Le Mur de la faim au 17e siècle
Cependant, le pont Charles ne représente pas l’unique monument construit dans la vieille partie de la ville sous le règne de Charles IV. On peut mentionner par exemple l’église Notre-Dame du Týn, située sur la place de la Vieille-Ville, que l’empereur a, comme un bon nombre d’autres bâtiments, laissé reconstruire dans le style gothique.

Un autre monument à Prague est étroitement lié au règne de Charles IV, le Mur de la faim. Bâtie sur la colline de Petřín entre 1360 et 1362 à l’initiative du roi, cette construction était censée avoir assuré leur gagne-pain aux pauvres de la ville, en tout cas d’après les légendes.. A sa construction aurait participé également l’empereur Charles IV en personne, vêtu du sarrau d’un homme du peuple. Si l’on passe outre ces légendes, ce mur représentait une partie importante des fortifications de la ville et devait permettre de surveiller le quartier de Malá Strana et le Château de Prague. Tout le long du mur étaient édifiées à l’époque des tours servant de postes d’observation mais qui ne nous sont pas parvenues. Selon les historiens, ce monument a obtenu son nom de « Mur de la faim » par erreur, en relation avec la famine qui a fait souffrir les Pragois en 1361.

Le Mur de la faim, photo: ŠJů, CC BY-SA 3.0 Unported
Quand on dit Charles IV, on pense aussi à l’Université. Celui qui a été élu dans une récente enquête « le plus grand Tchèque de tous les temps » l’a fondée en 1348 afin de faire de la capitale tchèque le centre politique et commercial de l’Europe centrale. L’histoire de cette institution étant assez complexe, celle-ci mérite néanmoins d’être présentée prochainement dans une autre émission de Radio Prague.

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