Presse : à Prague, une ségrégation résidentielle moins forte qu’ailleurs mais en progression

Prague

Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse d’abord à la structure de la population de Prague ou encore à la discorde que soulève la participation, ou non, du président Petr Pavel au prochain sommet de l’OTAN à Ankara. Autres sujets au menu : l’importance des élections législatives en Hongrie pour l’ensemble de l’Europe centrale et l’intérêt modéré des médias tchèques pour la mission Artemis II.

Prague reste une ville sans véritables ghettos, car les différentes classes sociales continuent de s’y mélanger. Une nouvelle analyse de l’Institut de planification et de développement de la ville de Prague (IPR), qui suit l’évolution de la capitale tchèque depuis 2001, montre toutefois que plusieurs localités où se concentrent les plus riches se forment progressivement. Le site Seznam Zprávy précise à ce propos :

« Prague est un cas à part en Europe. Des personnes aux revenus et de professions variés y cohabitent sans former de quartiers séparés, comme c’est souvent le cas dans de nombreuses métropoles d’Europe occidentale, et se côtoient naturellement dans la vie quotidienne. Le taux de ségrégation résidentielle de Prague est l’un des plus bas en Europe. Et si certaines catégories de la population se rassemblent désormais dans des quartiers spécifiques de la ville, il ne s’agit néanmoins pas de celles qui sont socialement défavorisées, mais des catégories les plus riches qui s’installent notamment dans des quartiers résidentiels qui ont été construits récemment. Les familles jeunes y sont majoritaires, leurs habitants ont un niveau d’éducation supérieur à la moyenne, le chômage y est très faible et la propriété privée prédomine. Ces localités attirent également les ressortissants étrangers qui possèdent un statut socio-économique élevé. »

Bien que les catégories socialement défavorisées se concentrent dans certaines zones, on n’assiste pas à la formation de ghettos fermés. S’agissant de la classe moyenne supérieure, elle constitue, toujours selon Seznam Zprávy, une part importante de la population pragoise et se concentre dans des quartiers traditionnellement attractifs de Dejvice, Letná ou encore Vinohrady, dans le grand centre de la capitale. Autant de zones qui possèdent des équipements collectifs de qualité, une bonne accessibilité et une forte densité de population. Le logement locatif y prédomine.

Avant le sommet de l’OTAN, une guerre de position(s) à Prague

Le Premier ministre, Andrej Babiš, a annoncé que le président de la République, Petr Pavel, ne se rendrait pas au sommet de l’OTAN qui se tiendra en juillet prochain à Ankara. Le chef du gouvernement sera accompagné pour l’occasion du chef de la diplomatie, Petr Macinka, et du ministre de la Défense, Jaromír Zůna. Malgré cela, le chef de l’État tient à participer à cette réunion particulièrement importante dans le contexte international actuel. Le site Novinky.cz rappelle :

Petr Pavel | Photo: Tomáš Tkáčik,  ČTK

« Lors des sommets de l’OTAN précédents, ce sont les chefs de l’État et du gouvernement qui représentaient la République tchèque. Václav Havel et Petr Pavel sont les deux présidents qui ont toujours participé à ces rassemblements importants. C’est tout à fait logique. Václav Havel a contribué à ce que la République tchèque devienne membre de l’Alliance atlantique. Quant à Petr Pavel, il a lié la partie la plus importante de sa carrière à l’OTAN puisqu’il a été le chef du Comité militaire de l’Alliance. Petr Pavel est celui qui, parmi tous les habitants du pays, en sait le plus sur les ambitions de la Russie vis-à-vis des autres pays, y compris le sien. On ne peut pas non plus remettre en cause ses connaissances sur le fonctionnement de l’Alliance atlantique. Dans la situation internationale actuelle, ce président est donc le plus grand atout de la République tchèque. »

Par ailleurs, le chroniqueur de Novinky.cz ajoute que le sommet de cette année sera d’autant plus important que Donald Trump ne cache pas plus son aversion pour l’OTAN que son admiration pour Vladimir Poutine. Pour sa part, le journal en ligne Lidovky.cz constate que « la guerre de position entre le Château de Prague (le siège présidentiel) et le gouvernement se poursuit » avant de rappeler que Petr Pavel a participé à tous les sommets de l’OTAN qui se sont tenus depuis son prise de fonction : à Vilnius en 2023, à Washington en 2024, puis à La Haye en 2025. « Malgré cela, le Premier ministre estime qu’il s’agissait à l’époque davantage d’une simple formalité et qu’il n’y avait rien de très important à débattre lors de ces sommets », écrit le journal, avant de préciser :

« Aujourd’hui, la situation a radicalement changé, car la délégation tchèque sera confrontée à la mission difficile de justifier le faible montant des dépenses militaires qui ne dépasseront probablement pas 2 % du PIB cette année, très loin donc des 5 % que l’Etat tchèque est censé consacrer à moyen terme au domaine de la défense. »

En attendant les résultats des élections législatives en Hongrie

Toute l’Union européenne attend avec impatience les résultats des élections législatives qui se tiendront en Hongrie ce dimanche 12 avril, car l’enjeu est considérable pour plusieurs autres pays également. Du point de vue de l’Europe de l’Est, du moins si l’on s’en tient à l’analyse de l’hebdomadaire libéral Respekt, il s’agit, ni plus ni moins, du scrutin le plus important de ces trente-cinq dernières années. L’occasion pour l’auteur de cette analyse de se poser la question de savoir ce qui se passera si Viktor Orbán l’emporte à nouveau, pour la sixième fois consécutive :

Viktor Orbán | Photo: Denes Erdos,  ČTK/AP

« La probabilité que l’espace tchéco-slovaque poursuive sa trajectoire vers un revirement politique anti-occidental augmentera. Un revirement encore inimaginable il y a peu mais dont les conséquences pourraient être, sans exagération, fatales. Une nouvelle victoire de Viktor Orbán, qui incarne parfaitement la façon dont notre espace a changé au cours des quinze dernières années, renforcerait également la politique de ses admirateurs en Tchéquie et en Slovaquie. Orbán constitue une source d’inspiration évidente pour un certain nombre de politiques tchèques et slovaques. Qu’il s’agisse de la répression des médias, du harcèlement des ONG, de son traitement de la justice ou de la corruption dans la gestion des fonds européens, le Premier ministre hongrois est pour eux un modèle. »

Respekt prévoit également qu’en cas de nouveau succès dans les urnes de Viktor Orban, l’Europe centrale apparaîtra aux yeux de Moscou comme un partenaire fiable et l’ingérence de la Russie dans notre politique se poursuivra. De même, la probabilité de voir Robert Fico remporter à nouveau les élections qui se tiendront en Slovaquie l’année prochaine augmentera, et ce, pendant que la Tchéquie continuera à marcher sur les pas de la Slovaquie. Bien que plus personne n’ait envie d’entendre parler d’élections qualifiées de plus importantes de ces dernières années, ce scrutin en Hongrie est bel et bien crucial », conclut l’auteur.

L’intérêt modéré des médias tchèques pour la mission Artemis II

« La répétition d’un grand pas pour l’humanité approche », peut-on lire en titre d’un texte sur la mission Artemis II publié sur le site Novinky.cz. « Des humains n’ont plus été aussi près de la Lune depuis plus d’un demi-siècle et ont pu observer dans le détail sa face cachée, ainsi qu’assister depuis leur vaisseau à une éclipse solaire provoquée par la Lune, au cours de laquelle la Terre n’était encore jamais apparue aussi brillante », s’exclame d’abord l’auteur, avant de déplorer que l’événement n’ait pas suscité en Tchéquie l’intérêt qu’il aurait mérité :

La mission Artemis II | Photo: NASA

« La nouvelle est passée quelque peu inaperçue, car c’était Pâques et il faisait beau. Du coup, les gens n’ont pas passé beaucoup de temps devant leurs écrans et ont moins suivi l’actualité. Ce n’était pas non plus la seule actualité, car la Russie poursuit ses frappes aériennes sur les villes ukrainiennes et, surtout, la guerre faisait rage dans le golfe Persique. Malgré tout cela, c’est bien la nouvelle du tour de la Lune qui est la plus importante. L’humanité repart à la conquête de l’espace, qui ne doit pas s’arrêter à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes avec la mise en orbite de divers satellites. La deuxième course à la Lune ne fait que commencer. »

Le chroniqueur de Novinky.cz souligne que ce survol représente un moment important malgré le fait qu’Artemis II ne constitue qu’une étape dans un programme qui, jusqu’à présent, ne fait que réitérer ce qui a déjà été accompli. Et même si Artémis II n’a pas suscité le même enthousiasme que la mission Apollo 8, il s’agissait de l’un des événements les plus importants de cette année pour l’avenir. Dommage, par conséquent, que les médias publics tchèques ne lui aient pas consacré une plus grande attention :

« Les images d’Artemis pouvaient être suivies sur le site de la NASA, mais les médias du service public, y compris la Radio tchèque, auraient dû consacrer davantage de temps à cette mission, quitte à sacrifier certaines discussions politisées. C’est précisément aux médias publics qu’il appartient de susciter l’intérêt du public pour la science, soit là un aspect de leur mission qu’elles ont fatalement négligé à un moment où elles se battent pourtant pour leur statut. C’est une belle occasion manquée de montrer toute leur importance. »