Presse : Charlie Kirk, un nouveau martyr pour une partie des catholiques et conservateurs tchèques ?
Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse aux multiples réactions tchèques qui ont suivi le meurtre du politicien conservateur américain Charlie Kirk. Autres sujets traités : les barrières érigées entre les partis à l’approche des élections législatives, la contribution des initiatives civiques dans le cadre de la à la rénovation du Pont ferroviaire de Vyšehrad à Prague. Et puis, dernière question, peut-être bien la plus importante : les Tchèques sont-ils élégants ?
« L’assassinat de Charlie Kirk est effrayant, tout à fait inacceptable et condamnable. Nous devons rejeter catégoriquement la violence politique et la combattre. Mais pourquoi les catholiques tchèques, ou, plus précisément, une partie des catholiques, cherchent-ils à encenser ce politicien concrètement ? Était-il nécessaire de célébrer une messe pour ce jeune politicien assassiné qui attisait la haine dans la société et appelait à la violence ? »
Telles sont les questions soulevées par le journal en ligne Forum24.cz suite à la la messe funéraire célébrée en l’honneur de Charlie Kirk par le cardinal Dominik Duka, mardi dernier, à l’église Notre-Dame du Týn à Prague :
« Le personnage de Charlie Kirk, militant MAGA, trumpiste et protestant assassiné, dont beaucoup de positions pourraient être qualifiées de non chrétiennes et même d’anti-chrétiennes, a été exploité en Tchéquie, grâce notamment à la contribution exclusive du cardinal Dominik Duka. Une façon d’en faire l’icône d’un conservatisme tchèque étrangement révolutionnaire qui ne veut rien savoir de la joie et de l’espoir évangéliques, et qui, partout, voit le désastre, répand la peur et se réfugie dans diverses formes d’autoritarisme, de xénophobie et d’isolationnisme. »
« La messe funéraire pour Charlie Kirk a réuni catholiques, conservateurs, chrétiens-démocrates et dirigeants du parti d’extrême droite SPD », remarque également l’hebdomadaire Respekt.
« On dirait que l’aile conservatrice de l’Église catholique tchèque a trouvé un nouveau martyr : Charlie Kirk. Et qu’elle souhaite s’en servir comme d’un instrument pour transposer les guerres culturelles américaines dans le contexte tchèque », renchérit à ce même propos le journal de gauche Alarm2.cz, qui ajoute encore :
« Peu après son meurtre, qui est sans aucun doute condamnable, une vague non seulement de condoléances, mais aussi de louanges et de glorifications a déferlé dans l’univers catholique tchèque. Heureusement, comme le montrent les réactions sur les réseaux sociaux, la communauté catholique a, elle, réagi en protestant vigoureusement. »
« Le meurtre de Charlie Kirk, militant conservateur américain, a contribué à exacerber la guerre culturelle non seulement aux États-Unis, mais dans tout le monde occidental. » C’est ce dont fait part le quotidien économique Hospodářské noviny, selon lequel cette observation concerne bien sûr aussi la Tchéquie, et ce, d’autant plus à la veille des élections législatives :
« À première vue, on aurait pu penser que l’impact de cet événement tragique serait nul, car les guerres culturelles ne font pas partie des principales préoccupations des électeurs tchèques. Mais les apparences peuvent être trompeuses, puisque les sondages révèlent que pour respectivement 7 et 11 % d’entre eux, la prévention de la propagation des tendances progressistes de gauche et la solution de la question migratoire font partie des trois grandes priorités. On peut donc formuler l’hypothèse que suite au meurtre de Kirk, les conservaters purs et durs en Tchéquie se mobilisent en plus grand nombre que d’habitude pour les élections. »
Élections législatives : quand les barrières l’emportent sur les alliances
À désormais trois semaines de la tenue des élections législatives, les politiciens passent beaucoup de temps à ériger des barrières, déclarant notamment avec qui ils n’entendent s’allier en aucun cas pour former une coalition gouvermentale après les élections. De l’avis d’un chroniqueur du site Aktualne.cz, il s’agit là d’une erreur :
« C’est plutôt du contraire dont les Tchèques auraient besoin, c’est à dire d’une volonté de coopérer entre les grands partis. La Tchéquie est un pays plutôt petit avec un nombre relativement important de partis politiques. À l’échelle nationale, sa scène politique a tendance à engendrer régulièrement des situations proches de l’impasse, voire même carrément bloquées. Les gouvernements issus des élections s’appuient régulièrement sur de faibles majorités ou comptent sur des députés transfuges pour faire passer leurs projets de lois. Cette situation profite aux extrémistes, car leur poids dans les négociations augmente, devenant ainsi un facteur décisif. De la sorte, les courants extrémistes prospèrent au sein des petits partis. »
Certes, les fossés entre la coalition de centre-droit Spolu ou le parti libéral STAN et le movement populiste ANO, le grand favori des élections, sont profonds, mais des convergences pragmatiques existent aussi. Et ce, d’autant plus que diverses coalitions entre ces différentes formations fonctionnent au niveau communal et régional. « Même si une telle majorité aurait probablement du mal à négocier, elle aurait au moins le mérite de mettre les extrémistes hors jeu », estime l’auteur du commentaire.
Le rôle des initiatives civiques dans « la bataille pour le pont »
Cette semaine, l’État a finalement décidé que l’emblématique Pont ferroviaire (Železniční most) qui se trouve au pied du quartier de Vyšehrad à Prague, resterait en place. « Mieux vaut tard que jamais », constate le chroniqueur du site Seznam Zprávy, selon lequel il s’agit d’une bonne décision. Et de rappeler que jusqu’à tout récemment encore, cet édifice classé au patrimoine était menacé de disparition pure et simple pour laisser place à un nouveau pont, plus moderne :
« En 2018, l’Administration ferroviaire avait déclaré que le pont était irréparable et avait demandé à ce qu’il perde son statut de monument historique. Au début, il était question de reconstruire un nouveau pont à l’identique, une copie en quelque sorte. Cinq ans plus tard, des visualisations du nouveau pont circulaient déjà et on prenait pour acquis le fait que l’ancien pont, désormais sans voies ferrées, serait déplacé de quelques kilomètres en amont de la Vltava. Le verdict des ingénieurs des transports était très clair : le pont doit remplir sa fonction initiale et l’ancien ne le permettait plus, il n’y avait donc pas d’autre solution. Autrement dit, l’ancien pont devait céder la place à un nouveau, point final. »
Malgré l’avis des experts, il s’est avéré que tout cela ne serait pas si simple. Le chroniqueur de Seznam Zprávy revient sur l’évolution de cette affaire :
« Des objections ont été formulées dès le début qui ressemblaient alors néanmoins davantage à l’expression des regrets d’un certain nombre de conservateurs et de nostalgiques qu’à des arguments susceptibles d’empêcher la fin inévitable du pont. Ce n’est que lorsqu’une initiative citoyenne persévérente s’est organisée, que plusieurs entrepreneurs influents se sont prononcés en faveur de la sauvegarde du pont. Des études et des expertises étrangères ont alors été menées, histoire de contredire l’avis officiel et de voir naître une véritable polémique. Au bout du compte, le résultat est que la voie sera rénovée avec une nouvelle durée de vie de 100 ans. »
La fin heureuse de cette « bataille pour le pont », comme cette affaire est également appelée et comme l’indique encore le chroniqueur, rappelle également que des centaines d’autres bâtiments industriels moins connus en Tchéquie ont, eux, été plus ou moins discrètement démolis, sans que cela soit forcément nécessaire.
Pas élégants, les Tchèques ?
Les Tchèques ont-ils donc renoncé à l’élégance ? Telle est la question que pose avec un brin de nostalgie l’auteur d’une note publiée dans le journal en ligne Echo24.cz après une visite au Musée des arts décoratifs de Prague, où venait de s’achever l’exposition intitulée « Où sont passées toutes ces fleurs ? ». Elle retraçait l’histoire des tissus, « ces voiles colorés, riches en ornements, motifs, formes variées, et en fleurs, avec lesquels les gens, surtout les femmes, se couvraient non seulement pour ne pas être nus et ne pas avoir froid, mais aussi pour être élégants ». Selon lui, l’exposition invite ses visiteurs à se demander où sont passées toutes ces fleurs et où ont-elles bien pu disparaître :
« Les temps changent, chaque époque a ses propres vêtements, aujourd’hui, nous nous habillons simplement différemment. En Tchéquie, la plupart des gens portent des tee-shirts et un sweat-shirt, les femmes des leggings (colants sans pied), les hommes des bermudas. Il faut surtout que ce soit confortable et facile à enfiler. Pourquoi pas ? Mais on ne peut s’empêcher de penser à ce qui est arrivé aux gens pour qu’ils renoncent à l’idée que les vêtements peuvent aussi leur apporter quelque chose de spécial, les embellir et, ainsi, embellir aussi leur environnement. Comment se fait-il que les gens aient oublié l’élégance et qu’ils ne se sentent peut-être même pas à l’aise dans des tissus élégants ? Désormais, c’est le principe selon lequel on peut tout porter, partout et tout le temps, qui s’est imposé. »








