Presse : les jeunes, nouvelle cible des partis politiques tchèques avant les élections
Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord à quelques perspectives à l’approche des élections législatives. Autres thèmes : les réfugiés qui sont les bienvenus (ou pas) en Tchéquie, le regard mitigé des Tchèques sur le record de buts en NHL du hockeyeur russe Aleksandr Ovetchkine et la sécurité routière.
Lors de leurs campagnes pour les élections législatives, qui se dérouleront à l’automne prochain, les partis politiques miseront plus que jamais sur les jeunes électeurs, plus particulièrement encore sur ceux qui se rendront aux urnes pour la première fois. Et pour cause : ces derniers, au nombre de 400 000, incarnent autant de voix qui pourraient considérablement influencer les résultats du scrutin. C’est du moins le constat que dresse le quotidien Deník N :
« En analysant la situation sur le ‘marché des jeunes électeurs’, tant les partis de la coalition gouvernementale que ceux de l’opposition, en coopération avec leurs équipes marketing, ont mis sur pied différents plans pour séduire les plus jeunes d’entre eux. Pour certains d’entre eux, ce pouvoir de séduction pourrait même constituer un élément déterminant de leur réussite. Leurs stratégies sont toutefois différentes. Certains font appel, par exemple, à divers influenceurs ou aux figures les charismatiques qui se trouvent dans les rangs de leur parti pour faire bonne impression sur les médias sociaux. D’autres réalisent des vidéos bizarres sur TikTok, d’autres encore entendent parler des valeurs ou même des carburants. Seul point commun, peut-être : tous prétendent vouloir résoudre la crise du logement. »
Le journal libéral indique également que les données réunies par l’agence STEM démentent l’idée selon laquelle les jeunes électeurs soutiennent automatiquement le courant libéral :
« Les plus jeunes, issus d’écoles professionnelles et de centres d’apprentissage, sont enclins à voter pour le mouvement ANO d’Andrej Babiš ou les formations radicales. Ainsi, le parti (de tendance populiste) ‘Motoristé’ (‘Automobilistes’), qui a réalisé un beau score aux dernières élections européennes et dont les deux députés élus ont rejoint les rangs du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, bénéficie d’un important soutien parmi eux ».
De son côté, le site Seznam Zprávy se réfère à un sondage de l’agence Ipsos selon lequel près de la moitié des Tchèques considèrent inversement que les jeunes constituent un électorat moins attrayant pour les partis politiques que les personnes âgées.
L’éthos et l’héritage de la révolution de Velours sont-ils oubliés ?
Dans ce contexte, l’auteur d’un texte publié sur le site Aktualne.cz prévient ses lecteurs que pour la première fois depuis la chute du régime communiste en 1989, une coalition gouvernementale composée exclusivement de partis qui ne se réfèrent pas à l’éthos et au legs de la révolution de Velours pourrait être formée à l’issue des prochaines élections législatives. Il observe que « le changement de gouvernement ne sera pas le seul enjeu des élections de cette année, mais aussi un possible changement de régime ». Il illustre son propos avec la récente tenue d’une conférence intitulée « Points de départ et volonté de changement de régime » qui a réuni de nombreuses figures de la scène politique tchèque :
« Ses participants et intervenants peuvent être décrits comme les représentants de partis susceptibles de former la base du futur gouvernement. Il s’agit de groupes politiques qui, de diverses manières, affirment qu’il convient de transformer le système politique tchèque de fond en comble. Certes, ils n’entendent pas abolir ou réduire immédiatement les fondements démocratiques du pays pour orienter celui-ci vers un concept autoritaire. Néanmoins, ils s’inspirent davantage des exemples de la Slovaquie ou de la Hongrie que des pays situés à l’ouest de nos frontières. »
Depuis 2010, comme on peut encore lire sur le site, on assiste en Tchéquie à un réajustement des forces caractérisé par l’émergence et la montée en puissance de nouveaux partis contestataires et populistes. Les élections de cette année pourraient confirmer cette tendance. « Cela aurait des conséquences non seulement sur la politique intérieure tchèque, mais aussi, par exemple, sur nos relations avec l’Union européenne ou sur notre position vis-à-vis de l’agression russe en Ukraine », conclut-il.
L’évolution de la situation en Ukraine influence d’ailleurs fortement, d’après l’éditorialiste de Seznam Zprávy, les préférences politiques des Tchèques :
« Il n’est pas étonnant que ceux qui considèrent qu’il est important d’aider les réfugiés et un pays occupé votent davantage pour les partis du gouvernement. Sur ce point, le soutien des groupes d’opposition, comme celui de leurs sympathisants, est plus modéré. Ils préfèrent négocier la paix, ne sont pas favorables à l’initiative tchèque pour la fourniture de munitions à l’armée ukrainienne et estiment qu’il est préférable de se concentrer sur les intérêts de la Tchéquie. »
Les Tchèques ne veulent pas de migrants, sauf s’ils sont ukrainiens
« La présence de nombreux réfugiés ukrainiens n’a pas modifié la position négative des politiciens et de l’opinion publique tchèques sur la question de la migration », constate le journal en ligne Deník Referendum. Ainsi, les migrants victimes d’un conflit proche de chez eux et que les Tchèques sont en mesure de comprendre restent les seuls, ou presque, à être accueillis. « La vie des autres a-t-elle moins de valeur à nos yeux ? », s’interroge du coup l’auteur:
« Le thème de la migration revient régulièrement sur la table, même si la Tchéquie n’est plus un pays cible pour les migrants depuis déjà 2015. S’agissant des réfugiés de guerre, nous ne connaissons que ceux victimes du conflit en Ukraine. Le nombre de ceux arrivant d’autres pays eux aussi en guerre est presque nul. Le système d’asile tchèque étant l’un des plus stricts de l’UE, personne ou presque, à l’exception donc des Ukrainiens, ne se rend en Tchéquie dans l’idée de s’y installer. »
La question mérite d’être posée : comment une société aussi intolérante a-t-elle pu accepter plusieurs centaines de milliers de réfugiés ukrainiens sans que cela ne provoque de tensions majeures ? La réponse, selon le journal, est simple : « Les tchèques connaissent les Ukrainiens, nombre d’entre eux en connaissaient personnellement deux ou trois avant même le début de la guerre. De plus, les Ukrainiens parlent une langue similaire, se disent souvent chrétiens et sont en quelque sorte un peu comme nos voisins. »
La Tchéquie n’applaudit pas à l’unisson le record du hockeyeur russe Ovetchkine
La glorification du joueur russe Aleksandr Ovetchkine, qui a récemment battu le record historique de buts inscrits en NHL, la prestigieuse ligue nord-américaine de hockey sur glace, qui appartenait jusqu’alors au Canadien Wayne Gretzky, ne plaît pas en Tchéquie à tout le monde. Le site Novinky.cz explique pourquoi :
« Certes, ce record est un événement sportif majeur et c’est ce qu’il serait resté si justement Ovetchkine n’en était pas l’auteur. Sa personnalité lui a immédiatement et naturellement donné une toute autre dimension, car son record fait désormais partie de la guerre que la Russie mène contre le monde libre. Comme on le sait, Ovetchkine est le chouchou et un soutien de Poutine, une vitrine volontaire du Kremlin. C’est lui qui, en l’honneur du président, a fondé le mouvement ‘Team Poutine’ en Russie. Bref, le hockeyeur est un instrument de propagande qui, en tant que tel, contribue à la gloire de Poutine et du monde russe. »
Dans ce contexte, Novinky.cz salue alors la position ferme et critique exprimée, tant sur les réseaux sociaux qu’à la télévision, par le légendaire gardien tchèque Dominik Hašek, héros des Jeux olympiques de Nagano en 1998.
Avril, le mois de la sécurité routière
Comme le veut la tradition, avril est en Tchéquie le mois de la sécurité routière. La surveillance est symbolisée par la campagne appelée ‘Marathon de la vitesse’ durant laquelle la police renforce sur un certain nombre de lieux importants les controles de vitesse. « Mais cela n’a pas vraiment d’importance, car aucune prévention ou campagne de harcèlement n’a d’effet sur les conducteurs tchèques », estime le site Info.cz, qui développe sa vision des choses :
« Avril ou pas, les Tchèques conduisent mal tout au long de l’année. Les autorités peuvent faire ce qu’elles veulent, elles ne réussiront pas à faire des Tchèques, qui se classent régulièrement parmi les pires d’Europe, de meilleurs conducteurs. Certes, la prévention visible est une bonne chose, mais elle n’améliorera pas les statistiques des accidents et ne satisfaira pas les conduteurs qui se comportent bien sur les routes. »
Et l’auteur de conclure :
« Pendant la période de vacances, les routes du sud de l’Europe, pourtant si souvent critiquées chez nous, seront un véritable baume pour l’âme, comparées à la jungle que sont les autoroutes et les routes tchèques. »






