Presse : la communauté iranienne de Tchéquie face à la guerre au Moyen-Orient
Le premier sujet de cette nouvelle revue de presse : la vision du conflit au Moyen-Orient par la communauté iranienne en Tchéquie. A son menu également : l’appel à la création d’un nouveau parti de gauche, la position du président Petr Pavel à l’égard du budget de l’Etat, la hausse des prix des denrées alimentaires et le manque de places de stationnement.
En lien avec la guerre au Moyen Orient, les médias tchèques s’intéressent plus que jamais aux ressortissants iraniens qui sont établis ou qui étudient en Tchéquie. « Joie et effroi face à une guerre absurde », titre l’hebdomadaire Respekt qui s’intéresse à leur vision du conflit. Après avoir discuté avec une partie d’entre eux et suivi un rassemblement de partisans de la monarchie devant l’ambassade iranienne à Prague, il constate :
« La minorité iranienne locale est divisée, comme ailleurs en Occident. Le groupe des partisans de l’ancienne monarchie est très actif et bien organisé en Tchéquie, mais sa position ne reflète certainement pas l’opinion de l’ensemble de cette minorité, qui représente environ un millier de personnes en Tchéquie. Le pays compte également des Iraniens qui, bien que déplorant le régime, ne considèrent pas la guerre comme une solution et ne souhaitent pas non plus le retour de la dynastie Pahlavi. Cette contradiction traverse d’ailleurs toute la diaspora iranienne vivant en Occident. Mais ces jours-ci, les Iraniens en Tchéquie sont également unis par l’inquiétude pour leurs proches, le manque d’informations et l’incertitude quant à l’issue du conflit actuel. Entre le regard enthousiaste des monarchistes et le scepticisme des autres, il existe bien sûr toute une gamme d’autres opinions. »
Respekt rapporte en outre que les opinions exprimées lors du rassemblement devant l’ambassade apparaissent assez souvent dans les médias tchèques, car les partisans de Pahlavi organisent de nombreuses manifestations et sont également actifs sur les réseaux sociaux. De son côté, le chroniqueur du site Seznam Zprávy fait part de la présence de la communauté étudiante iranienne à la Faculté de pharmacie de Hradec Králové :
« Selon les statistiques du ministère de l’Éducation, 557 personnes de nationalité iranienne étudient dans les universités tchèques. Cela représente plus d’un tiers de tous les Iraniens résidant en Tchéquie et la plupart d’entre eux, soit 115, étudient à la Faculté de pharmacie de l’Université Charles à Hradec Králové. Contrairement aux facultés de médecine, seules les personnes originaires de pays où la pharmacie est très prisée et où les étudiants ne peuvent pas intégrer les établissements de leur pays s’inscrivent dans les facultés de pharmacie. L’Iran, où la profession de pharmacien jouit d’un prestige similaire à celui qu’elle a en Tchéquie, en fait partie. Par ailleurs, la faculté collabore étroitement avec une agence dirigée en Iran par un ancien diplômé de la faculté. »
La Corée, comme l’ajoute le chroniqueur, est le deuxième pays qui répond à ce critère, près de 40 % de tous les étudiants sud-coréens en Tchéquie faisant leurs études à la faculté de pharmacie de Hradec Králové.
Appel à la création d’un nouveau parti de gauche
L’ancien Premier ministre et ancien commissaire européen, Vladimír Špidla, appelle à la création d’un nouveau parti politique qui incarnerait de véritables idées de gauche. Selon le journal en ligne Forum24.cz, l’idée est certes intéressante, mais reste à savoir si elle parviendra à trouver des électeurs :
« Depuis 2010, le Parti social-démocrate, dont Špidla a été le leader pendant plusieurs années, s’affaiblit progressivement. En 2013, il a remporté de justesse les élections. Cependant, sa participation au premier gouvernement Babiš entre 2017 et 2021 a affaibli considérablement la cote de ce parti de gauche traditionnel. Une tentative désespérée lors des dernières élections législatives, qui devait permettre aux sociaux-démocrates (SOCDEM) d’entrer à la Chambre des députés, sous la bannière d’un groupe obscur, Stačilo ! (Assez !) dominé par les communistes, a achevé de le faire chuter. »
Deux questions fondamentales sont liées, selon le journal, à cette nouvelle initiative. Celles de savoir si la création d’un nouveau parti de gauche a un sens aujourd’hui et si un parti de gauche classique a encore sa place sur l’échiquier politique aujourd’hui. De toute façon, « la gauche traditionnelle fait défaut sur la scène politique actuelle. »
Pas de veto présidentiel à un budget de l’Etat controversé
La ministre des Finances Alena Schillerová (ANO) a fait savoir que le président Petr Pavel n’entendait pas opposer son veto au projet de budget de l’État pour cette année ni retarder sa signature. Selon l’éditorialiste du journal Hospodářské noviny, « le président s’est comporté comme un homme politique, et non comme un homme d’État ». Il explique pourquoi :
« Malgré des menaces sécuritaires croissantes, le gouvernement Babiš a réduit les dépenses militaires à seulement 1,7 % du PIB. Petr Pavel aurait pu s’y opposer fermement. C’est lui qui représente la République tchèque lors des sommets de l’OTAN et qui connaît ses besoins. C’est lui qui est le commandant en chef des armées. C’est lui aussi qui souligne la nécessité de préparer la défense du pays et de respecter les engagements alliés. Pourtant, il ne l’a pas fait. Sur le plan politique, la décision de Petr Pavel est compréhensible. Il n’a jamais renvoyé le budget au précédent gouvernement Fiala. S’il le faisait aujourd’hui avec le gouvernement Babiš, beaucoup se mettraient à affirmer qu’il est le président de l’opposition. De plus, il serait critiqué pour prolonger inutilement la période pendant laquelle le pays fonctionnerait avec un budget provisoire. »
Mais il y a des moments, comme le souligne l’éditorialiste, où il faut se demander s’il est plus important de tirer un avantage politique ou de défendre des principes. D’autant plus, lorsque le président considère réellement la défense comme sa priorité absolue.
A quand la baisse des prix des denrées alimentaires ?
« Finis les rêves de baisse des prix des denrées alimentaires. ». Voilà le titre d’un texte publié dans le magazine Reflex qui indique qu’au début de ce mois encore, tout semblait indiquer qu’au moins au cours du premier semestre de cette année, les prix des denrées alimentaires en Tchéquie n’augmenteraient pratiquement pas et qu’ils resteraient plutôt stables. On pouvait même s’attendre à ce que certains baissent légèrement de manière temporaire. Mais la guerre au Moyen-Orient va les rendre plus chères encore :
« Pour l’instant, il est impossible de dire quelle sera l’ampleur de la hausse des prix pour les consommateurs tchèques. Il est toutefois évident que les coûts de production des matières premières agricoles et des denrées alimentaires vont probablement augmenter de manière significative, ce qui dépendra bien sûr de la durée du conflit. L’augmentation des prix des carburants, de l’énergie et notamment du gaz, ainsi que celui des engrais azotés industriels, qui sont importés en quantités non négligeables dans l’UE, autant de facteurs qui toucheront les agriculteurs et les usines de transformation alimentaires. »
Le chroniqueur du magazine ajoute qu’outre la guerre au Moyen-Orient, l’évolution météorologique imprévisible n’incite pas elle non plus à l’optimisme pour les agriculteurs.
Ce qui préoccupe les Tchèques dans la vie au quotidien
Pour les Tchèques, le manque de places de stationnement représente un problème bien plus grave que les coûts élevés et l’absence de logements. C’est du moins ce que révèle une enquête effectuée par l’agence Ipsos à l’approche des élections municipales. Le site Seznam Zprávy précise à ce propos:
« Cela concerne surtout les grandes villes et les centres régionaux. Le stationnement est un problème majeur pour pratiquement toutes les tranches d’âge, sauf les jeunes générations, celles des 18-26 ans, qui considèrent comme le plus gros problème la crise du logement. Dans les petites communes de moins de mille habitants, la perception des problèmes est pourtant quelque peu différente. Près d’une personne sur quatre déplore le manque de centres commerciaux, de médecins ou la mauvaise accessibilité des soinsmédicaux, ou encore l’inaccessibilité des transports en commun. »






