Presse : la tentative d’assassinat contre Robert Fico à la Une

Robert Fico

Cette nouvelle revue de presse propose d’abord quelques réactions à l’attaque de mercredi contre le Premier ministre slovaque Robert Fico. Elle évoque ensuite les points forts de la présence de la musique de Bedřich Smetana dans son pays natal. Elle s’intéresse également au regard que la société tchèque porte sur les symboles des régimes nazis et communiste. Un mot enfin sur la façon dont l’obésité est perçue aujourd’hui.

Le journal Deník N a publié un commentaire du rédacteur en chef du quotidien slovaque éponyme selon lequel l’attaque contre Robert Fico représente un tournant :

« Il s’agit en effet de savoir si la Slovaquie fait encore partie des pays de l’Occident démocratique. Sa politique a souvent été vulgaire et agressive, mais c’était une bataille de mots et parfois d’idées. Aujourd’hui, le recours à une arme à feu marque une toute nouvelle histoire. C’est une tragédie. L’attentat est révoltant et inacceptable. Cette pratique appartient aux sociétés totalitaires. La Slovaquie n’a jamais connu une telle situation et nous devons faire tout notre possible pour que cela ne se reproduise pas. »

L’éditorialiste ajoute que ce n’est pourtant pas le premier attentat contre une personnalité publique en Slovaquie. « Déjà au moment du meurtre du journaliste Ján Kuciak, nous avions prévenu que lorsque les hommes politiques diffusent la haine, ils jouent avec le feu », écrit-il.

L’éditorialiste du site Seznam Zprávy constate à son tour que la tentative d’assassinat du Premier ministre slovaque est un événement tragique et répréhensible qui risque d’ouvrir une nouvelle plaie douloureuse dans la société. Il souligne également :

« Nous devons nous intéresser à ce qui s’est passé et aux motivations de l’agresseur. L’agressivité et les attaques meurtrières n’ont pas leur place dans une société normale. Les conflits et les désaccords ne devraient pas être traités de cette manière. Mais en dehors de la condamnation de cet acte, évitons tout autre commentaire. Un crime a été commis et c’est son auteur qui doit en être puni. Imputer la responsabilité de l’attentat à quelqu’un d’autre signifie exploiter la tragédie à des fins politiques. »

Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Respekt considère que la Slovaquie n’a encore jamais connu une situation aussi grave. L’éditorialiste du site aktualne.cz avertit également :

« Après cet acte brutal et violent, on ne peut qu’espérer un apaisement raisonnable de la situation en Slovaquie. Il est beaucoup plus probable qu’on assiste bientôt à une division plus profonde entre les politiciens du gouvernement et l’opposition, ainsi qu’au sein de la société. Certains analystes craignent même de nouvelles violences qui, cette fois-ci, pourraient être dirigées contre l’opposition et les journalistes indépendants. »

Plus de musique de Bedřich Smetana à l’étranger ?

Dimanche, la Philharmonie de Berlin a inauguré le traditionnel festival de musique du Printemps de Prague avec le cycle de poèmes symphoniques Ma Patrie de Bedřich Smetana, né il y a 200 ans. L’occasion pour le chroniqueur de Lidové noviny de constater que le génie de Smetana a survécu à toutes ses réutilisations par la nation, les politiciens et la population  :

Bedřich Smetana | Photo: Kristýna Maková,  Radio Prague Int.

« La musique de Smetana nous accompagne depuis des décennies. Son poème symphonique Vyšehrad a servi de jingle à la Radio tchécoslovaque ainsi que, plus tard, à la station culturelle Vltava. La fanfare présidentielle est empruntée à son opéra Libuše. Les retransmissions télévisées annuelles en direct de l’ouverture du festival du Printemps de Prague sont une constante pour la plupart des gens curieux de savoir ‘comment sera interprétée Ma patrie cette année’. Sous le régime communiste, l’opéra La Fiancée vendue était inséparable du programme télévisé de la Saint-Sylvestre, au même titre que des comédies populaires. Mais ce n’est pas tout : cette année, les participants au semi-marathon de Prague ont couru au son du poème symphonique le plus populaire, Vltava, ce dernier étant utilisé également pour accompagner divers jeux d’eau et de lumière à travers le pays. »

Le chroniqueur de Lidové noviny indique qu’à côté de La Fiancée vendue, l’œuvre lyrique la plus jouée du compositeur, le cycle Ma Patrie occupe une place à part dans l’œuvre de Smetana. S’agissant de sa popularité et de sa connaissance dans le pays, elle n’est probablement dépassée que par la Messe de Noël tchèque de Jan Jakub Ryba qui est bien sûr infiniment plus facile à interpréter.

« Bedřich Smetana occupe une place unique dans son pays, car sa musique y résonne plus que celle de tout autre compositeur tchèque », renchérit un chroniqueur de l’hebdomadaire Respekt. Mais une chose semble encore faire défaut :

« A l’étranger, Smetana n’est toujours pas l’un des compositeurs tchèques les plus joués, à l’exception peut-être de la Slovaquie. Sa musique n’y est pas appréciée à sa juste mesure. S’agissant de sa popularité, il est largement dépassé par nombre de ses compatriotes. Certes, on se réjouit de ce que Dvořák ou Janáček soient souvent présents sur de nombreuses scènes internationales. Mais le fait que Smetana y soit beaucoup moins joué a de quoi nous chagriner. »

Des perceptions différentes des symboles du nazisme et du communisme

Le journal en ligne Hlídacipes.org revient sur un incident survenu le 6 mai lorsqu’un convoi américain suivi de dizaines de voitures historiques, de jeeps, de voitures blindées et de camions militaires de la fin de la Deuxième guerre mondiale parcourait la ville de Plzeň. Pendant un bref moment, un petit drapeau avec une croix gammée a émergé de la fenêtre d’une voiture. L’occasion pour un éditorialiste du journal de réfléchir sur la perception des symboles des régimes nazis et communistes en Tchéquie. Il écrit :

Photo: Město Plzeň

« Evidemment, le couple qui a provoqué l’incident sera sanctionné. La législation tchèque prescrit que quiconque crée, soutient ou promeut un mouvement qui vise à supprimer les droits et libertés de l’homme ou qui prône la haine raciale, ethnique, nationale, religieuse ou de classe ou la haine à l’encontre d’un autre groupe de personnes, est passible d’une peine de prison d’un à cinq ans. Il est fort probable que finalement le verdict soit assez modéré. Toutefois, l’incident met en relief les différentes approches quant à la promotion des symboles des deux régimes totalitaires du XXe siècle, le nazisme et le communisme, qui persiste encore aujourd’hui. »

« Depuis longtemps, les forces de l’ordre sont plus indulgentes à l’égard des symboles du communisme, comme si les règles pertinentes ne les concernaient pas », explique l’éditorialiste avant d’en donner quelques exemples :

« Les communistes peuvent se promener avec les drapeaux symbolisant leur monstrueux régime totalitaire tout à fait ouvertement et en toute impunité. Tel était le cas, tout dernièrement, lors d’un défilé qui a traversé la ville de České Budějovice quelques jours après les célébrations de la libération de Plzeň, le 9 mai. Agiter des drapeaux avec le marteau et la faucille est devenu un droit courant, bien que leur symbole soit clair. On peut alors constater qu’il est interdit – à juste titre – de brandir la croix gammée, mais qu’il est permis de brandir la faucille et le marteau. Une pratique qui paraît dépourvue de toute logique. »

De la difficulté de parler aujourd’hui d’obésité

« Au nom du politiquement correct, nous nous habituons peu à peu à ne plus appeler les choses par leur vrai nom », constate le chroniqueur du journal en ligne forum24.cz. Selon lui, il est important de se pencher sur l’obésité qui est devenue l’un de ces nouveaux tabous :

 

Photo illustrative: Jade Destiny,  Unsplash

« Toute remarque concernant le caractère inesthétique et malsain de l’obésité suscite désormais une indignation générale. Dire que quelque chose ne va pas quand on est obèse disparaît de l’espace public. Ainsi, le surpoids pourra bientôt apparaître comme une chose parfaitement courante et normale dont il ne faut absolument pas s’inquiéter. Selon les prévisions du ministère de la Santé rendues publiques en mars dernier, plus d’un tiers de la population tchèque sera exposée au risque d’obésité d’ici 2030. Malgré ces chiffres alarmants, on n’en parle pas pour éviter un discours politiquement incorrect bien que l’obésité soit à l’origine de nombreuses maladies et même de la moitié des cancers. »

Evidemment, comme l’ajoute le chroniqueur du journal, il ne s’agit pas de se moquer des personnes en surpoids ou de les ridiculiser dans la rue : « Il suffit d’avoir le droit de dire, dans un débat sur la santé ou l’esthétique, que l’obésité est mauvaise. »